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va rejoindre Osman-Bey. Friant, après cet avantage, continua à nettoyer la rive droite du Nil, et arriva à Girgeh le 23 février. Le quartier général de Desaix descendit à Kous. Cependant Mourad, qui attendait avec impatience l'occasion de rentrer en Égypte, saisit celle que Mohammed-el-Elfi, un de ses lieutenants , lui offrit d'y reparaître avec éclat. Ce dernier s'était retiré dans l'Oasis d'Ackmin, après la journée du 23 janvier : mais, lorsqu'il vit les Français enfoncés dans le haut Saïd, il traversa le désert, et vint s'établir à Siout, et s'empressa d'en donner avis à son chef. Celui-ci, réunissant 7 à 800 chevaux, évita le général Belliard, et traversa le Nil au-dessous d'Esneh. Son projet était de rejoindre Mohammed; mais Desaix ne lui en donna pas le temps; il donna l'ordre à Belliard de descendre le fleuve pour contenir les Mecquains dans la vallée de Keneh, et partit pour Siout avec les troupes du général Friant. L'avant-garde rencontra au village de Souhama les fellahs que le bey avait insurgés. Elle les attaqua sur-le-champ, et en culbuta un millier dans le Nil. le reste prit la suite dans la direction de Siout. Pendant ee court engagement, Friant s'était étendu dans la plaine qui sépare les eaux du désert, de manière à empêcher la jonction des deux chefs de mameluks. Mohammed passa le Nil pour regagner l'Oasis d'Ackmin, plusieurs beys le suivirent; d'au· tres se dispersèrent dans le désert, et Mourad, avec 150chevaux seulement, fut trop heureux de pouvoir chercher un asile dans la grande Oasis. Néanmoins, ce dernier succès coûta cher à Desaix; pour accélérer sa marche, il avait laissé derrière lui la flottille qui portait les malades, les blessés et les munitions; contrariée par les vents, elle n'avait pu encore dépasser Benouth. Le schérifdes Mecquains qui venait de recevoir de Kosseïr un renfort de 1,500 hommes, en fut informé, et marcha aussitôt sur le Nil pour s'en emparer. Bravant le feu de la flottille, les Arabes se jetèrent à l'eau, s'emparèrent de plusieurs barques de transport, et s'en servirent pour aborder la djerme l'Italie. L'officier qui la commandait, se voyant alors sans ressource, mit le feu aux poudres , et fit sauter le bâtiment. Ce succès facile augmenta l'audace du schérif,

• - - qu Osman Bey venait de rejoindre avec ses mame

luks ; il se crut assez fort pour tenir la campagne, et s'avança contre la colonne du général Belliard, qu'il rencontra à peu de distance de Benouth. Les Français, formés en carré avaient déjà poussé l'ennemi jusqu'au village, lorsqu'ils furent arrêtés par les pièces de la flottille, que le schérif avait mises en batterie derrière un canal profond. Belliard ordonna la charge ; et, malgré les efforts des mameluks, l'artillerie fut enlevée et dirigée contre les Arabes, retranchés dans les maisons de Benouth ; ils opposèrent la plus vigoureuse résistance, et pour en venir à bout, il fallut mettre le feu au village : tout ce qu'on prit les armes à la main, fut massacré. Le corps du schérif fut trouvé parmi les morts; mais Osman-Bey se sauva sur la Knita avec ses mameluks. Ce poste, situé à dix lieues du Nil, sur la route de Kosseïr à Keneh, est le point de relâche entre ces deux villes.Trois vallées y aboutissent, et communiquent avec les bords du fleuve, par Redisi, Nagadi, et Bihr-el-Bahr. En s'emparant de ces débouchés, Desaix bloquait les beys, et se flattait de les atteindre. Il donna en conséquence à Belliard l'ordre de se rendre à Nagadi, et vint lui-même à Bihrel-Bahr. Ce mouvement, dont Osman-Bey devina le motif, lui inspira le projet de se réunir aux Mecquains, qui commençaient à se rallier à Abou-Menah; il quitta à cet effet la Knita, et rencontra, le 2 avril, l'avant-garde de Desaix, commandée par Davoust. Celui-ci chargea vivement les mameluks, et les rejeta dans le désert. Mais, craignant d'y être cernés, ils prirent sur-le-champ la vallée de Redisi, , que les Français n'avaient osé occuper à cause de leur petit nombre, et gagnèrent Syeune, d'où Belliard ne tarda pas à les chasser. Il ne restait plus dans la haute Égypte que Mourad, qui se tenait caché dans la grande Oasis, et quelques bandes éparses d'Arabes d'Yambo, qui exerçaient toutes sortes de brigandages. Desaix organisa contre eux plusieurs colonnes mobiles, qui les battirent successivement à Barvis, à Girgeh et à Cahemeh. Davoust leur porta le dernier coup à Benyhady, où ils avaient été renforcés par des Maugrabins et des habitants de Darfour. Plus de 2,000 restèrent sur le champ de bataille; ceux qui survécurent se dispersèrent, ou demeurèrent dès lors confondus dans la population.

C'est à cette époque que l'ange El-Madhy parut dans le Delta. Comme ce fanatique avait poussé quelques partis du côté des Pyramides pour se lier à Mourad-Bey, Davoust reçut l'ordre de quitter la · province de Benisouef où il venait d'étouffer l'insurrection, pour couvrir la capitale. Belliard avait repoussé Osman au delà des Cataractes, et Desaix se disposait à expulser Mourad de la grande Oasis, lorsqu'il apprit que les Anglais croisaient devant Kosseïr : il y envoya sur-le-champ les généraux Belliard et Donzelot avec 400 hommes, et fit tracer à Keneh un fort pour fermer la vallée. Cette expédition réussit à merveille. La colonne française prit possession de Kosseïr, et les schérifs du pays sollicitèrent l'amitié de Desaix, qui put désormais s'occuper de l'organisation civile du Saïd. Le commerce avec l'Arabie reprit bientôt son ancienne activité : un système d'impôt régulier fut établi, et ce général commençait à recueillir les fruits de son heureuse administration, lorsque les intrigues des Anglais ranimèrent la guerre dans la basse Égypte. L'état menaçant de l'Inde dont nous avons tracé une légère esquisse au chapitre LXXIX, fait juger que le gouvernement anglais n'avait pas vu sans inquiétude l'établissement des Français dans l'Égypte. C'était bien moins les avantages que ceuxci se promettaient du rétablissement du commerce par Suez et Alexandrie, que la possibilité de porter avec le temps un corps de troupes jusque sur l'Indus, pour y soutenir Tippo, qui faisait trembler le cabinet de Saint-James. Déjà Bonaparte avait écrit au sultan, par la voie de Mascate, pour l'instruire de ses vastes projets, mais sans déterminer l'époque de leur exécution; il comptait, pour établir une communication directe avec l'Inde, sur la division de frégates stationnée à l'île de France, à laquelle on avait donné malheureusement un peu tard l'ordre de se porter à l'entrée de la mer Rouge. | Ce retard fut d'autant plus funeste, que le bruit de l'expédition d'Égypte avait donné à TippoSaheb une grande idée de la puissance des Français; et qu'il avait, de son côté, cherché inutilement à correspondre avec Bonaparte : l'agent qu'il lui députa arriva à Suez dans le mois de décembre, mais après avoir perdu ses dépêches. Dès lors les évé

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Quoique ces appréhensions fussent prématurées, elles n'étaient pas du reste tout à fait sans fondement. Depuis longtemps il entrait dans la politique de la France d'envoyer dans l'Inde une foule d'hommes adroits. La haine de Tippo, n'était point un mystère, et tout porte à croire que le gouverneur général de l'Inde était parfaitement instruit de ses relations avec les différentes nations qui l'entouraient. L'influence de Raymond sur le Nizam, et de Peyron sur Scindiah, tenaient le cabinet de Londres en garde contre une alliance dont la compagnie n'aurait pu maîtriser les efforts.

Le marquis de Wellesley (1) venait de remplacer Cornwallis, comme gouverneur général : il avait amené avec lui son frère, devenu depuis si célèbre, sous le nom de Wellington. Pénétré du danger de sa position, il eut recours à la politique pour écarter l'orage prêt à fondre sur lui. Il commença par entrer en pourparlers avec le Nisam, et lui proposa de renouveler l'alliance offensive et défensive qui existait anciennement.Cette négociation semblait difficile; car peu auparavant les Anglais avaient abandonné ce souverain, dans sa guerre contre les Marattes.Cependant, ils parvinrent à corrompre Azim-el-Omrah, son principal ministre, et ce prince indigne ne voyant que par les yeux de ce traître, signa contre ses véritables intérêts le traité du 1" septembre 1798. Une des principales clauses de cette convention était le licenciement du corps européen, qui avait coûté tant de peines et de soins à organiser, et qui faisait toute sa force.

(1) Aujourd'hui lord Mornington.

Son chef Raymond, mort, dit-on, empoisonné, venait d'être remplacé par un nommé Piron (1). Cette petite armée, honteuse de l'infamie d'un pareil traité, refusait d'y souscrire, et il ne manquait à la perfidie du ministre que de se concerter avec les Anglais pour arriver au moyen de l'y contraindre. Wellesley, d'accord avec lui et avec Piron, fit marcher ses troupes, entoura les cantonnements, désarma les soldats, et s'empara sans coup férir de l'artillerie et des munitions. Six bataillons anglais à la solde du Nizam, remplacèrent le corps qui venait d'être dissous; et le peu de

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troupes nationales qui restait à ce prince, fut placé sous le commandement d'ofhciers de la compagnie. Ce coup hardi, en augmentant les forces du gouverneur général, diminuait celles sur lesquelles Tippo-Saheb avait peut-être compté ; mais il restait encore le Peishwah et Scindiah, bien plus disposés en faveur de la France que de la compagnie anglaise. Aussi ces chefs de l'empire maratte, rejetaient-ils obstinément toutes les propositions de Wellesley : cependant, le gouverneur anglais réussit par ses intrigues à les empêcher de rien conclure avec Tippo. Scindiah d'ailleurs n'était pas encore en mesure, et ses meilleures troupes, commandées par le général Peyron, se trouvaient dispersées dans l'intérieur du Mogol. Immédiatement après que la flotte de Bonaparte eut quitté Toulon, le ministre anglais Dundas avait fait partir pour les mers de l'Inde le contre-amiral Blanket. Son escadre, chargée de troupes prises à Lisbonne, à Gibraltar et au cap de Bonne Espérance, arriva dans les derniers jours de l'année sur les côtes de Coromandel, et y débarqua ces renforts. Lord Mornington, se voyant alors en état d'accabler le sultan, donna l'ordre aux généraux Harris et Stuart, gouverneurs de Madras et de Bombay, de se préparer à entrer en campagne. Il n'y avait pas de temps à perdre pour devancer la saison des pluies, qui expose ce pays à des débordements considérables, et entrave beaucoup les opérations. Le rassemblement des troupes fut opéré dans le

(1) Il ne faut pas le confondre avec Peyron , qui commandait l'armée de Scindiah.

mois de février 1799 : le contingent du Nizam, fort de 12,000 hommes, joignit à la même époque l'armée de Madras; et, le 9 mars, le lieutenant général Harris entra sur le territoire de Mysore. Stuart, de son côté, y pénétra avec le corps de Bombay.

Quel que soit le projet attribué à Tippo, il n'é

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tait point préparé à cette brusque agression; il comptait ne se déclarer qu'après s'être assuré de l'appui de la France ; et le seul secours qu'il en reçut, se borna à une centaine d'hommes de la garnison de l'île de France, dont l'assemblée coloniale voulait se débarrasser. Scindiah, méconnaissant ses véritables intérêts, au lieu de s'allier franchement au sultan dont la cause devait être la sienne, l'amusa de promesses jusqu'au dernier moment. On a dit que sa bonne volonté fut paralysée par la rapidité des opérations des Anglais, ou plutôt par l'appât naturel à tous les Marattes de chasser de l'Indostan un prince de race musulmane. Dans tous les cas, s'il y mit de la perfidie, il la paya plus tard par la perte de sa puissance. Tippo, réduit à ses propres ressources, se hâta de réunir ses troupes, et dans l'espoir de prévenir ses ennemis, se jeta d'abord sur l'avant-garde de l'armée de Bombay, que le général Stuart avait poussée à Sedesear. Ce corps fut enveloppé, et allait être obligé de mettre bas les armes, lorsque Stuart, accourant avec la brigade Hartley, le dégagea et battit le sultan. Celui-ci, qui avait espéré écraser les divisions anglaises avant leur réunion, leva son camp de Perinpatnam, et fut tenter le sort des armes à Malaveli , contre la colonne du général Harris qui venait de passer la frontière. Douze mille hommes de cavalerie, braves peut-être, mais sans ordre ni expérience, ne pouvaient rien contre le courage impassible et l'admirable discipline de l'infanterie britannique. Après quelques charges furieuses, cette multitude criblée par la mitraille et le feu de mousqueterie, reprit la route de son camp. Vainement Tippo imagina donner plus de consistance à cette cohue, en faisant monter quelques milliers de fantassins en croupe, ils ne firent que gêner les cavaliers sans rendre aucun service, et le désordre fut bientôt à son comble. Tippo, trahi de nouveau par la fortune, se replia sur sa capitale, où il ne tarda pas à être investi par les deux corps anglais. L'armée de Harris,

après avoir passé la Covery, culbuta les partis qui tenaient encore la campagne, et ouvrit la tranchée, le 7 avril, devant Seringapatnam. Défendue par des soldats plus capables de combattre derrière leurs remparts qu'en rase campagne, cette place, malgré l'irrégularité de ses fortifications, semblait devoir faire une longue résistance,

car elle était parfaitement armée et fournie de vi

vres et de munitions en abondance. L'attaque fut dirigée vers l'angle aigu formé par le front de l'ouest; le lit de la Covery, très-large sur ce point, était guéable, sa direction permettait d'embrasser concentriquement ce saillant, et d'enfiler une courtine immense qui longeait le rivage du nord. Les batteries avaient commencé à jouer le 12 avril, et celle de brèche le 21. Le 3 mai, la brèche étant praticable, le général Harris ordonna l'assaut, que la brigade Bayrd, soutenue du reste de l'armée, exécuta avec autant d'intelligence que de bravoure. Tippo n'en déploya pas moins que ses adversaires; quoique l'ennemi fût déjà dans la place, il se défendit encore longtemps aux portes de son palais, et tomba enfin sur des monceaux de ruines et de cadavres. S'il faut en croire les Anglais, 8,000 Indiens ou musulmans périrent dans cet assaut, où la valeur britannique brilla dans tout son éclat. Cependant cette gloire ne fut guère disputée, puisque toute la campagne ne leur coûta pas 800 hommes hors de combat. On est d'autant plus étonné de la modicité de cette perte, que la double tentative de Tippo, décèle du coup d'œil, et que sa mort prouve du courage. Parmi les trophées de la prise de Seringapatnam, on ne comptait pas moins de 920 pièces de canon, dont 360 en bronze. Maté

riel immense dont un meilleur emploi aurait dû faire payer plus chèrement une conquête qui décida du sort de l'Inde. La mort de Tippo, fut le signal de la dissolution de son empire. Les Anglais, pour donner un vernis de justice à leur usurpation, rétablirent sur le trône de Mysore, l'héritier de l'ancien Rajah, dépossédé par Hyder-Ali : mais cette générosité ne fut qu'illusoire, car ils s'emparèrent du port de Mangalor, de l'île et de la forteresse de Seringapatnam, et récompensèrent le Nisam, aux dépens du nouveau souverain. Ils avaient offert quelques provinces aux Marattes, pour acheter leur amitié; mais le Peishwa rejeta, dit-on, leurs propositions, avec un dédain qu'il paya chèrement deux ans après. Cette campagne, courte mais décisive, calma en Angleterre les vives inquiétudes qu'avaient fait naître les succès de Bonaparte en Égypte. Indépendamment de la prise d'immenses trésors et d'un accroissement de territoire qui en furent le résultat , elle acheva d'anéantir l'influence des Français dans l'Inde, où les Anglais restèrent sans rivaux. Ils purent dès lors prêter un appui plus efficace à la Porte, et deux puissances qui disposaient d'une marine immense et de toute la population de l'Orient, ne devaient pas tarder à écraser une poignée de braves, abandonnée sur les rivages où des armées innombrables de chrétiens n'avaient pu se maintenir du temps des croisades. Chacun prévoyant dès lors l'issue d'une expédition téméraire, put sonder l'abîme que le Directoire avait creusé sous ses pas, en prétendant se frayer le chemin de l'Inde, à travers l'empire des

Osmanlis.

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