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browsky rentra dans l'Apennin, par Vezzano et Castel-Novo-di-Monte, et Montrichard remplaça sur le Crostolo les divisions Watrin et Lacroix qui filèrent vers Modène. A leur approche, les Impériaux évacuèrent la ville ; les Français prirent poste derrière la Secchia. La brigade Calvin marcha à Sassuolo, et la réserve, sur Formigine, envoyant un fort détachement à Maranello. La division Montrichard vint occuper le pont de Rubiera.

A peine les troupes étaient-elles en position, que la tête de colonne du général Ott, renforcée du corps de Klénau, attaqua toute la ligne, en dirigeant son principal effort contre Sassuolo, en vue de s'emparer de la Pistoya. La brigade Calvin ne fit qu'une ombre de résistance, et gagna les montagnes. Heureusement Macdonald, prévenu à temps de cet accident, envoya sur ce point la réserve ; et l'adjudant général Lacroix, par sa fermeté et ses bonnes dispositions, non-seulement reprit le poste, mais força 600 Autrichiens à mettre bas les armes. Ce petit engagement fut le dernier. L'armée de Naples continua désormais sa retraite, sans être inquiétée, dans les positions qu'elle occupait avant de marcher sur Plaisance; Montrichard seul, fut détaché à Bologne.

Cependant Moreau, après avoir réuni son armée aux environs de Gênes, en exécution du plan concerté avec Macdonald, marcha, le 16 juin, à Gavi, d'où il déboucha le lendemain dans la plaine sur deux colonnes. Celle de gauche, composée des brigades Colli et Garreau, forte de 4,500 hommes, sous les ordres de Grouchy, s'avança vers Novi par la grande route. Celle de droite, formée des brigades Quesnel, Gardanne et Partouneaux, forte de 9,500 combattants et commandée par Grenier, prit le chemin de traverse de Serravalle, rallia la garnison de ce fort, et, après avoir passé la Scrivia, côtoya le pied des montagnes dans la direction de Tortone. Pérignon conserva la garde des débouchés de la Ligurie avec 3 bataillons venus de l'intérieur, et la division Laboissière.

Moreau, n'ayant que 13 à 14,000 hommes, et seulement 15 pièces de canon, s'avançait lentement en s'appuyant aux montagnes. Son projet était de porter sa droite à Bobbio, où il comptait trouver la gauche de Macdonald. Toutefois, soit circonspection, soit qu'il se flattât que Suwarow n'oserait

le laisser sur ses derrières, il mit trop de lenteur dans son mouvement ; car, le 18, il n'avait pas encore dépassé Novi et Serravalle; et ce jour-là l'armée de Naples était battue sur la Trebbia. Le comte de Bellegarde, chargé du commandement supérieur aux environs de Tortone et d'Alexandrie, se hâta de concentrer ses forces. Ses instructions portaient de disputer le terrain pied à pied; de se retirer successivement derrière la Bormida et le Tanaro, puis dans Valence. Mais, n'estimant pas qu'avec 4 brigades il pût arrêter les Français dans la plaine de Tortone, il préféra prendre une bonne position entre cette place et Alexandrie, convaincu que Moreau serait trop prudent pour passer outre, et le laisser sur son flanc. En conséquence, le 17 juin, il retira son infanterie de Pozzolo-Formigaro, de Novi et de Capriata, n'y laissant que des postes d'observation, qui eurent ordre de fuir devant les républicains; luimême vint camper à Spinetti, avec la brigade qu'il avait amenée des Grisons. Le général Seckendorf réunit ses troupes à Castignolo-del-Lenze, et Wukassowich à Nizza. Alcaini restajusqu'au lendemain devant Tortone. Le 19, Moreau se porta sur cette place avec la division Grenier ; le blocus en avait été levé, et les brigades Quesnel et Partouneaux prirent position sur la rive droite de la Scrivia. L'avant-garde, commandée par Gardanne, poussa jusqu'à PonteCurone, et lança dans la direction de Voghera les coureurs, qui furent ramenés par la cavalerie alliée. Grouchy passa également la Scrivia à Rivalta, et campa en avant de Bettole-di-Villa, s'étendant jusqu'à Torre-di-Garofoldo. C'est à Tortone seulement que Moreau eut connaissance de la marche rapide de Suwarow, et du rassemblement du corps de Bellegarde. Il était indispensable de battre ce dernier, avant d'aller plus loin. Cependant, Grenier reçut l'ordre de mettre le lendemain matin sa division en mouvement, en laissant à Castel-Novo la brigade Partouneaux. Grouchy fut chargé d'attaquer les Autrichiens. Ses instructions portaient de les déloger de Pozzolo et de Torre-di-Garofoldo, puis, s'il réussissait, de les repousser au delà de San-Giuliano où il attendrait de nouveaux ordres. Si cette opération

était achevée à midi, la brigade laissée à CastelNovo eût rejoint Grenier à Voghera, d'où ce dernier aurait continué sa marche vers la Trebbia, tandis que Grouchy eût tenu Bellegarde en échec sur la Bormida jusqu'à la nuit du 21 au 22, qu'il eût rejoint le gros de l'armée à marches forcées. Mais, pendant que Moreau arrêtait ces dispositions, Bellegarde avait réuni 7 à 8,000 hommes dans le camp de Spinetti, et déjà ses avant-postes bordaient la rive gauche de la Scrivia. D'un autre côté, Wukassowich, avec environ 6,000 combattants, était à Cantalupo derrière la Bormida. Grouchy passa la Scrivia avant le jour, et s'avança en trois colonnes. Celle de gauche, commandée par Garreau, avait l'ordre de se diriger sur Cassina-Grossa, après avoir délogé l'ennemi de Pozzolo.Au centre, l'adjudant-général Serras devait suivre le chemin de traverse qui aboutit à gauche de San-Giuliano, pendant que la brigade Colli forcerait Garofoldo, et attaquerait ensuite de front le village de San-Giuliano. Garreau culbuta les Autrichiens à Pozzolo et à Quatro-Cassine; mais au lieu de suivre le chemin qui conduit à Cassina-Grossa, il appnya trop à droite, et prit celui par où venait de passer la colonne de Serras. Sur ces entrefaites, Grouchy ayant enlevé Garofoldo, se porta en toute diligence devant San-Giuliano, où il arriva avant dix heures avec la brigade Colli. Aussitôt que l'adjudant général Serras parut, ce village fut attaqué et pris, et l'on poussa l'ennemi dans la direction de Cassina-Grossa, que l'on croyait occupé par Garreau. L'arrivée de celui-ci à San-Giuliano détrompa Grouchy. Mais, sans perte de temps, les trois colonnes réunies marchèrent sur ce village, refusant un peu la droite pour ne pas être tournées par 1,200 chevaux que Bellegarde avait portés sur ce point. Pendant que Colli contenait cette cavalerie, les troupes de Garreau et de Serras entraient dans Cassina-Grossa ; déjà même la gauche se lançait à la poursuite de l'ennemi. Ce succès ne fut pas de longue durée : 4 bataillons débouchant du camp de Spinetti rétablirent le combat, et chassèrent les Français du village; ceux-ci s'opiniâtraient à le reprendre, mais les chances commençaient à tourner contre eux, quand les premières troupes de Grenier entrèrent en ligne.

Moreau, averti que Grouchy était engagé avec tout le corps autrichien, arrêta la marche de la brigade Quesnel sur Voghera, et la fit filer à la hâte à San-Giuliano. Partouneaux reçut également l'ordre d'évacuer Castel-Novo, et de ne laisser qu'un détachement pour observer les routes du Pô à Tortone, Grenier arriva à quatre heures, au moment où les troupes de Grouchy, accablées par le nombre, commençaient à plier de toutes parts. ll forme aussitôt les 17° légère et 106° de ligne en colonnnes serrées, et enfonce avec elles le centre des Impériaux. Les Français reprennent alors l'of fensive, et les ramènent à leur tour. Bellegarde ayant étendu sa droite pour envelopper la brigade Garreau, ce détachement fut coupé d'Alexandrie par une charge de la brigade Quesnel. Il gagnait la route de Novi, quand Partouneaux, arrivant par la chaussée de Tortone, se porta en trois colonnes sur lui; et, appuyé par la réserve de Grenier, l'en

fonce, et fait mettre bas les armes à tout ce qui n'est pas détruit. Ce dernier succès décida la journée. Bellegarde, affaibli de 2,500 hommes hors de combat ou prisonniers, opéra néanmoins sa retraite en bon ordre derrière la Bormida , sur la rive droite de laquelle les Français s'établirent, la division Grouchy à Marengo et à Spinetti, la brigade Quesnel à Cassina-Grossa, et celle du général Partouneaux à cheval sur la route d'Alexandrie. L'avant-garde de Gardanne resta à Voghera. Cette affaire brillante valut à l'armée française 1,500 prisonniers et 5 pièces de canon : sa perte fut d'environ 1,000 hommes. Moreau se disposait à marcher sur Plaisance, et Bellegarde allait se réfugier dans Valence, lorsqu'ils furent instruits l'un et l'autre de la victoire de Suwarow, et de la prise de la citadelle de Turin. Cette place, si célèbre depuis le mémorable siége qu'elle soutint en 1706, contre Marsin et le duc d'Orléans, l'est plus encore par la sanglante catastrophe qui frappa les assiégeants dans leurs lignes. Sa citadelle est un pentagone régulier, couvert de contre-gardes, de demi-lunes avec réduits, de flèches devant les capitales des trois bastions tournés vers la campagne ; et enfin d'un double chemin couvert et de mines ; mais du côté de la ville, les maisons établies jusqu'à 200 pas de la contrescarpe facilitaient les approches, les revêtements sont à moitié découverts, et il n'y a ni ouvrages extérieurs ni contre-mines. Les approvisionnements de toute espèce et le personnel d'artillerie piémontaise trouvé à Turin permirent aux alliés d'en combiner facilement l'attaque. Un train de 100 bouches à feu fut organisé à cet effet, et la tranchée ouverte dans la nuit du 10 au 11 juin, sous la direction du général Chasteler. Dès le 19, la seconde parallèle étant prête, on l'arma de 40 mortiers à la Cohorn, qui foudroyèrent la place sans relâche : la proximité et l'immensité des ressources qu'on avait en munitions dispensait de tout ménagement, et la garnison ébranlée par la perte que lui occasionnait un tel feu, capitula dès le lendemain, sans avoir opposé la résistance dont son poste était susceptible. Les vainqueurs y trouvèrent un surcroît de richesses, il n'y avait pas moins de 618 bouches à feu, 40,000 fusils et 50,000 quintaux de poudre ! Trophées immenses qui ne leur coûtèrent pas 50 hommes. La nouvelle de cette capture, et celle plus importante de la victoire de la Trebbia, rassurant le général Bellegarde, l'engagèrent à rester sur la Bormida, et à y attendre l'arrivée du maréchal. Moreau, de son côté, perdant l'espoir de rejoindre Macdonald, crut essentiel d'attirer l'attention de Suwarow sur le Piémont, pour dégager l'armée de Naples. Toute la division Grenier se réunit entre Tortone et Alexandrie, à celle de Grouchy : de forts détachements occupèrent Castel-Novo, Sale et Castel-Ceriolo, et l'on affecta de vouloir se porter vers la Bormida, pour faire croire à un projet de passage. La citadelle de Tortone fut ravitaillée, et la garnison fut y reprendre son poste. Effectivement. le généralissime, craignant les suites de la victoire de Cassina-Grossa, et convaincu qu'il trouverait toujours le temps d'accabler Macdonald dans la Toscane, s'il parvenait à chasser Moreau au delà des Alpes, s'avançait à marches forcées au secours de Bellegarde. L'armée, partie le 23 des bords de la Larda, prit position le 25 à Castel-Novo. Mais Moreau, prévenu de son approche, avait évacué dans la nuit la plaine de Tortone, et s'était posté sur les hauteurs de Gavi et de Novi, d'où il regagna ensuite les postes qu'il occupait avant son expédition. Suwarow poussa la cavalerie

à sa poursuite, et prit, le 27, un camp de repos sur l'Orba. L'avant-garde, sous Karaczay, renforcée par la division Bagration, alla prendre poste à Novi. Le général Tschubarow, avec deux bataillons et un régiment de Cosaques, bloqua de nouveau le fort de Tortone. Telle fut l'issue de l'opération hardie tentée par les généraux français, et qui devait, en quelques jours, réparer selon eux tous les malheurs de la campagne. L'armée de Moreau souffrit peu ; mais celle de Naples perdit 15,000 hommes, et fut mise, pour longtemps, hors d'état de paraître devant l'ennemi. Le Directoire s'en prit au général en chef, d'un désastre dont il était lui-même la cause première ; et tout en reconnaissant le courage héroïque dont Macdonald avait fait preuve, on lui contesta les talents qu'on lui avait jusqu'alors supposés. Schérer, disait-on, l'avait prévenu, dès le 8 avril, de rassembler ses forces et de se préparer à venir lejoindre. S'il eût été bien pénétré de l'idée que le salut de son armée et peut-être celui de la France dépendait de la vivacité de ses résolutions et de la rapidité de sa marche, il aurait pu arriver vers la fin de mai dans les plaines de Plaisance. Alors Bellegarde débouchant encore de la Valteline, lajonction avec Moreau eût été immanquable entre Tortone et laTrebbia; et Suwarow, appelé quinzejours plus tôt de ces côtés, loin de songer à s'emparer de Turin, n'aurait eu que le temps de se concentrer vers Stradella poury lutter contre 50,000hommes bien disposés et brûlant de réparer les échecs de la campagne. Pour apprécier de telles observations, il serait indispensable d'avoir sous les yeux la correspondance particulière des généraux, et d'établir le calcul du temps nécessaire pour réunir les détachements. Mais si le reproche d'être resté trop longtemps à Naples, n'était pas fondé, on lui en adresserait un plus difficile à détruire ; celui d'avoir débouché trop lentement de la Toscane.Au lieu de marcher serré, il tint ses divisions tellement éloignées les unes des autres, que la tête de l'armée était déjà sur la Trebbia, quand la queue passait à peine le Taro : système fatal, auquel il faut imputer l'échec sur le Tidone, et qu'on ne saurait expliquer autrement que par la difficulté de se procurer des vivres. Les fautes dans la bataille même appartiennent plus immédiatement au général en chef : dans les journées du 18 et du 19, il devait porter ses principales forces du côté des montagnes et refuser sa droite, loin de chercher à tourner la gauche de son adversaire. Peut-être même aurait-il mieux fait de refuser le combat et de s'adosser à l'Apennin, en étendant de suite sa gauche vers Bobbio. En tout cas, il ne devait pas l'accepter dans la plaine de Plaisance, où son infériorité en cavalerie et en artillerie lui donnait trop de désavantage. Enfin, au lieu d'embrasser l'ennemi par les deux ailes, il aurait dû, à l'exemple de Charles VIII dans les champs de Fornoue, se serrer en masse et forcer avec les deux tiers de son armée la droite de Suwarow. Le roi de France, attaqué à quelques lieues de la Trebbia par 30,000 hommes, leur passa sur le corps, quoiqu'il n'en eût que 8,000; à la vérité, il n'avait pas affaire aux braves de Suwarow, mais toutefois il saisit mieux que Macdonald, l'unique moyen qui pût lui procurer la victoire. Moreau, de son côté, déboucha un peu tard de Gavi. On ignore s'il eût pu le faire avec plus de célérité; mais il est certain que troisjours plus tôt, il eût arrêté la marche de Suwarow; au lieu que la victoire de Cassina-Grossa n'eut aucune influence sur la suite des opérations. Quoi qu'il en soit, les militaires français ont adressé d'autres reproches à Moreau. Son commandement s'étendait sur les deux armées, il devait, aussitôt que celle de Naples fut arrivée en Toscane, laisser la direction de celle d'Italie à Grenier ou à Grouchy, et venir prendre lui-même la conduite de la plus forte, de celle qui avait la tâche la plus délicate à remplir, et que nul n'était capable de mieux diriger que lui. Ce reproche, au surplus, loin d'attaquer la capacité de ce général, honore son caractère. Il est probable que sa conduite ne fut dictée que par la crainte de témoigner de la méfiance à un ancien camarade, et par les ménagements qu'il se crut obligé de garder envers lui. Ainsi, dans cette circonstance, le salut de l'armée française fut sacrifié à des affections particulières, si souvent nuisibles à l'homme public. Dans cette bataille, l'une des plus sanglantes de la révolution, la perte des alliés fut proportionnée à celle des Français (sauf les prisonniers faits sur

la Nura et à Plaisance). Mais le maréchal russe y montra plus de vigueur et de génie militaire que Macdonald ; par une marche rapide, il se plaça habilement entre les deux armées françaises, et fit preuve d'un coup d'œil sûr, en renforçant sa droite qu'il dirigea en personne. Quelques hommes de guerre lui ont reproché de ne s'être présenté qu'avec 34 à 35,000 hommes sur le champ de bataille: tandis que le séjour intempestif de Macdonald en Toscane, lui donnait la faculté de rassembler des forces plus considérables. Ces critiques ignoraient sans doute que Suwarow avait donné à Kray l'ordre précis de ne laisser devant Mantoue que le tiers de son corps pour contenir la garnison, et de le rejoindre à Plaisance avec 12,000 hommes d'infanterie et 2,000 chevaux, ce qui eût porté son armée à 50,000 combattants. Mais le général autrichien venait de recevoir un ordre autographe de l'Empereur, qui le rendait indépendant du maréchal, tant qu'il n'aurait pas réduit Mantoue. Trompé par les démonstrations de Montrichard, Kray prit donc une position défensive sur la rive gauche du bas Pô, se bornant à envoyer vers Plaisance 3 bataillons et 6 escadrons, puis à faire passer le fleuve aux généraux Klénau et Hohenzollern, qui agirent sans ensemble et sans concert avec Ott.

La jonction des deux armées françaises n'ayant pu s'opérer par la plaine du Pô, il était urgent qu'elle s'effectuât par le chemin de la Corniche, afin de réunir dans la rivière de Gênes une masse qui pût arrêter Suwarow, s'il tentait de franchir l'Apennin On ne pouvait guère espérer que l'ennemi endormi sur ses lauriers souffrît paisiblement une opération qu'il dépendait de lui d'empêcher. Mais à tout événement il fallait bien tenter la fortune, en essayant le seul mouvement que la position des affaires rendît possible. En conséquence la division Montrichard, qui de Bologne avait couvert la retraite de l'armée de Naples, eut ordre de se replier sur Florence et de là sur Gênes, ainsi que celle de Victor qui occupait les pas de Pontremoli et du val Taro. Macdonald lui-même se mit en route pour Pistoya et Lucques, où il conduisit les divisions Watrin et Dombrowsky. Dans les premiers jours de juillet, ses parcs furent dirigés par Florence sur Lerici, port situé près de Sarzane où finissait alors tout chemin praticable. Moreau pour les sauver expédia de Gênes le capitaine de vaisseau Sybille avec les bâtiments qu'on put mettre en mer; cet officier favorisé par le départ des Anglais qui couraient à la poursuite de l'escadre de Bruix, rentra heureusement dans le port avec un matériel précieux. Le 17 juillet, le quartier général de Macdonald fut transféré près de Gênes. Pendant cette longue et pénible retraite, l'armée d'Italie avait couvert l'Apennin; la droite, dont le général Saint-Cyr venait de prendre le commandement, garda la Bocchetta et Torriglia ; Pérignon avec la gauche fut chargé de masquer les avenues de Savone. Nonobstant la bonne contenance de Moreau et de ses deux habiles lieutenants, malgré les pertes sensibles qui accompagnèrent cette retraite, on dut encore se féliciter d'un retour inespéré qu'il ne tenait qu'à l'ennemi de rendre impossible. L'inaction de Suwarow sur l'Orba parut incompréhensible à la foule des censeurs qui n'en connaissaient pas la cause : le blâme tout entier en appartient au conseil aulique qui s'opposait à toute entreprise ultérieure, et qui estimait bien plus convenable aux intérêts particuliers de l'Autriche de réduire Mantoue et Alexandrie, que de voler à la conquête de Gênes. Moreau profita de ce répit pour assurer sa jonction, et préparer ensuite les moyens de défendre les positions importantes de la Ligurie, au moyen desquelles les Français pouvaient encore se flatter de déboucher sur Plaisance en deux ou trois marches. Mais une pénurie horrible attendait la réunion de tant de forces sur l'Apennin; les conséquences en devenaient d'autant plus graves que le prompt retour des Anglais dans les eaux de Gênes ne laissait aucun espoir d'y remédier par le cabotage. Secondé par les généraux Dessoles et Debelle, Moreau donna les plus grands soins à cette partie disficile de ses devoirs, et s'appliqua de mème à recompléter les approvisionnements d'artillerie et ses munitions. Les troupes de l'armée de Naples arrivèrent dans un état déplorable. Les soldats, presque nus et sans chaussure, ressemblaient à des spectres; la moitié des armes était hors de service, les chevaux

( 1) Voyez le chapitre LXXXVIlI.

ToME III.

de la cavalerie et du train ruinés, se soutenaient à peine. L'on reconnut enfin qu'en mettant toute l'activité possible à réorganiser les débris de cette armée naguère encore si florissante, il fallait un mois avant qu'ils pussent de nouveau rentrer en campagne. En attendant, elles formèrent l'aile droite, et vinrent camper à Torriglia et à Buzatto, aux sources de laTrebbia et de laScrivia, se liant par la droite au général Miollis, et par la gauche au corps de SaintCyr qui occupait Campo-Freddo et la Bocchetta. Macdonald avait laissé à Livourne et dans le reste de la Toscane, un corps composé d'environ 3,000 hommes. Moreau ne jugea pas prudent de laisser ces troupes ainsi isolées, surtout depuis que le départ de l'escadre de Bruix (1) rendait les Anglais maîtres de la mer; il ordonna à Miollis de remettre ses postes aux officiers du grand duc de Toscane, de revenir prendre position à la Spezzia, et d'en couvrir les débouchés. L'armée reçut alors une organisation nouvelle : le général Lemoine qui arrivait de France avec une division de 12 bataillons frais (2), forma la gauche sur les hauteurs de Savone ; Macdonald rappelé par le Directoire céda le commandement de l'aile droite à Saint-Cyr ; Pérignon prit celui du centre. Montrichard sur lequel on rejeta la défaite du 18 juin, et Lapoype auquel on reprochait de n'avoir pas descendu à temps sur la Trebbia furent également disgraciés. Nous verrons, dans les chapitres suivants, si cette sévérité produisit quelque bien, et si les armées françaises furent plus heureuses, au moment où l'on reprit l'offensive.

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