Pagina-afbeeldingen
PDF

les avantages qu'offre cette excellente position ; autrement, il y aurait eu de la témérité à accepter un engagement général, vu la grande disproportion qui existait entre les forces respectives. La vallée du Rhin est coupée transversalement en cet endroit, au sud de Muhlheim, par un groupe de hauteurs escarpées qui s'étendent depuis la montagne de Hohenblau jusqu'au fleuve. Cette espèce de contre-fort du massif de Hohenblau, est d'un accès difficile de trois côtés : à gauche, il est couvert par le Rhin, à droite, par le ruisseau de Kander, lequel sort de cette montagne, et après avoir coulé parallèlement au fleuve, dans une direction inverse, vient s'y jeter en tournant tout à coup à l'ouest : enfin, son revers septentrional est baigné par le ruisseau de Schliengen, qui jaillit au pied du Hohenblau, et va se perdre dans le Rhin près de Steinstadt. C'est sur ces hauteurs formidables que Moreau attendit l'archiduc; sa gauche appuyée au Rhin vers Steinstadt, son centre vers Liel et Eckenheim, sa droite depuis le défilé de Kandern jusqu'auprès de Sizenkirch. La ligne avait trois lieues de développement, étendue un peu trop considérable pour la force de l'armée. L'archiduc vint camper vers Neubourg et Muhlheim : il renforça de 6 bataillons et 12 escadrons le corps de blocus de Kehl; ce qui doit paraître extraordinaire au moment où il méditait de livrer bataille. La journée du 23 se passa en dispositions préparatoires , et l'attaque de la position fut fixée au 24, à la pointe du jour. Le plan du prince Charles était sage ; il reposait sur un effort par sa gauche, contre la droite des Français vers Kandern, clef de toute la ligne. En effet, si les Autrichiens obtenaient le moindre succès sur cette direction, ils menaçaient la dernière communication de l'armée française par Maudach. Car la position, quoique fortifiée par la nature, avait un grand désavantage, attendu que la droite se prolongeant en arrière le long de la vallée de la Kander, l'ennemi se trouvait plus près de la chassée d'Huningue que les divisions de Saint-Cyr, placées dans un coude le long du Rhin, où il eût été dangereux de recevoir le combat. L'archiduc aurait obtenu les résultats les plus glorieux, s'il avait eu la précaution de renforcer

son aile gauche, de manière à lui assurer une supériorité décidée sur les Français ; ce qui était aisé, en laissant au corps de Furstemberg le soin d'observer Saint-Cyr à Schliengen et à Liel, et portant tout le centre sur Sizenkirch, au lieu de laisser tant de forces sur des points si peu essentiels. L'armée impériale fut divisée en quatre colonnes principales. La première de droite était composée du corps du prince de Condé, renforcé d'un millier de chevaux ; la seconde, forte de 9 bataillons et 30 escadrons, était conduite par le prince de Furstemberg; la troisième, de 13 bataillons et d'une forte division de cavalerie, avait pour chef Latour. Une colonne intermédiaire conduite par Meerfeld, devait lier la précédente par Fauerbach avec celle de gauche. Celle-ci, composée de 10 bataillons et 15 escadrons, était conduite par Nauendorf. Les deux premières colonnes devaient se borner a inquiéter l'aile gauche de Moreau, afin de l'empêcher d'en détacher beaucoup de monde; sa position depuis Schliengen jusqu'au Rhin étant trop forte pour qu'on pût espérer de l'aborder avec succès.Les deux autres avaient l'ordre d'attaquer vigoureusement le centre et de tourner l'aile droite s'il y avait possibilité. Le temps était affreux : une pluie orageuse rendait la marche d'autant plus pénible, que le terrain, déjà détrempé par les pluies précédentes, permettait à peine de faire un pas. La cavalerie fut à peu près paralysée. Le corps du prince de Condé, assemblé à Neubourg, se porta sur Steinstadt, dont il délogea les avant postes républicains, et où il se maintint tout le jour, à la faveur d'une forte canonnade qui tint en échec la brigade de gauche de Saint-Cyr, commandée par Nansouty. Le prince de Furstemberg réunit ses troupes à Muhlheim, et les forma sur les hauteurs en avant de Schliengen, au milieu d'un feu d'artillerie trèsanimé auquel elles ripostèrent de leur mieux; mais le général Ambert, repoussa toutes leurs attaques contre ce village. La colonne du général Latour se porta de Vogesheim à Feldberg. Sa droite repoussa les avantpostes de Duhesme dans les vignes qui s'étendent entre Feldberg et Schliengen, pendantque lagauche le chassa d'Eckenheim, passa le ravin et attaqua les hauteurs boisées qui sont au delà. La nature du terrain favorisant la défense, les 21° légère et 31° de ligne, firent acheter cher aux Impériaux la possession de ces points. La droite, après avoir délogé les Français des vignes, les força à se retirer derrière Liel; la gauche, ayant nettoyé la plus grande partie du bois, prit position sur leur flanc droit appuyé à Nieder Eckenheim, et étendit sa gauche jusqu'à Fauerbach. Le corps du général Nauendorf qui avait le plus de chemin à parcourir, se mit en marche, le 23, par Badenweiler pour s'emparer des hauteurs de Bürglen et de Feldberg, afin d'être en mesure d'aborder les républicains le lendemain de très-bonne heure. Un détachement de cette colonne se dirigea sur Sizenkirch; une plus considérable, conduite par Nauendorf en personne, attaqua les hauteurs escarpées, entre le ravin de ce village et celui de Kandern, défendues par la division Férino, et après s'en être emparée, déboucha immédiatement audessus du bourg de Kandern. La 3° d'infanterie légère, les 56° et 89° de ligne, aux ordres des généraux Abatucci et Montrichard, se défendirent avec un grand courage ; mais accablées par le nombre, elles furent obligées de céder le bourg et les premières positions, pour aller s'établir sur les hauteurs qui s'étendent en arrière jusqu'à la droite de Liel, où elles déployèrent une grande fermeté. La colonne de Meerfeld, composée d'infanterie légère et de hussards, balaya les crêtes boisées et difficiles, à droite de Sizenkirchen, et prit possession de tout le terrain entre ce village et Fauerbach ; ce qui permit d'établir une communication avec la gauche du général Latour, à l'instant où les Français furent repoussés de Kandern. Quoique le corps de Nauendorfeût marché toute la nuit, les chemins à travers les montagnes étant presque impraticables, il ne put commencer sa véritable attaque qu'à deux heures après midi, de sorte qu'il n'obtint les avantages dont on vient de parler qu'à la chute du jour. Un brouillard très-épais, suivi d'un gros orage qui dura jusqu'à nuit close, mit fin au combat. Les colonnes autrichiennes passèrent la nuit sous les armes, comme si elles eussent été dans l'intention de renouveler l'attaque le lendemain : un second combat paraissait inévitable; car les Français

étaient toujours à même de défendre leur position principale tant qu'ils tenaient les hauteurs en arrière de Kandern, et le général Nauendorf n'avait pas de moyens suffisants pour pousser vivement ses succès. Cependant, comme Moreau était déterminé à se retirer sur la rive gauche du Rhin, et n'avait reçu la bataille que pour donner le temps aux équipages de passer ce fleuve avant lui, il fit sa retraite dans la nuit, et alla prendre position à Haltingen, d'où il se retira par le pont d'Huningue durant la nuit et le lendemain matin, 26. Ce mouvement se fit avec ordre, sans que les Autrichiens tentassent de l'inquiéter. Ainsi finit cette retraite que d'une part on a trop vantée, et que de l'autre on a sans doute jugée avec trop de rigueur. L'armée du Rhin engagée en Bavière, tomba dans une position défavorable, par la retraite de Jourdan. Cette fausse position où elle s'était volontairement engagée après le départ de l'archiduc, justifie assez le reproche encouru par Moreau, de n'avoir pas suivi la marche de ce prince sur Nuremberg, afin d'agir de concert avec l'armée de Sambre-et-Meuse; et lorsqu'après avoir négligé cette occasion de combattre le prince Charles avec des forces supérieures, la retraite de l'armée de Rhin-et-Moselle devint indispensable, elle n'eut rien de si périlleux, ni de si étonnant qu'on puisse la mettre en parallèle avec celle de Xénophon, comme beaucoup d'écrivains l'ont tenté. Moreau n'avait sur sa droite aucune force ennemie capable de s'opposer à sa marche. Il eut à la vérité, sur ses derrières, de petits corps de partisans, et à la fin une assez forte division ; mais dans un pays où les routes sont si nombreuses, toutes ne sauraient être bien gardées. Le système suivi par les Impériaux dans cette campagne, garantissait d'avance la réussite de cette retraite : ne sachant où frapper un coup décisif, il était présumable qu'ils manœuvreraient sur tous les chemins. Dans le fait, les 60,000 Français, qui se retiraient, ne rencontrèrent sur leurs communications que deux détachements de chevau-légers et le colonel d'Aspre, avec deux bataillons, au col de Neustadt, force incapable de leur disputer le passage. Si l'archiduc, après la victoire de Wurtzbourg et son arrivée sur la Lahn, eût marché droit sur Stuttgart, d'où il était à même de se diriger, selon les circonstances, sur Hechingen ou sur Ulm, et d'attirer, vers la fin de septembre, les corps de Nauendorf et de Petrasch, c'eût été tout différent : alors il eût pu disputer avec succès et à forces égales le passage des montagnes ou celui du Danube. D'un autre côté, si Latour avait gagné la hauteur du flanc gauche de Moreau, en vue de prendre une part plus directe aux opérations de l'armée principale, et que Frœlich, au contraire, eût appuyé aux débouchés du Voralberg et du Tyrol, en se bornant à faire harceler l'armée française en queue par quelques escadrons ; il est incontestable qne Moreau aurait été très-embarrassé, et que le Directoire eût payé cher la faute de former deux armées indépendantes sur une même frontière. N'oublions cependant pas, qu'il eût été bien difficile à l'armée autrichienne, affaiblie par de nombreuses garnisons, par le départ du contingent saxon et la paix séparée de la Souabe et de la Bavière, de garder en même temps, les routes du Tyrol, celle d'Huningue, de Brisach, de Kehl, de Fort-Vauban et même de Dusseldorf. Il n'y eût, pour consommer la ruine de l'armée républicaine, qu'un seul instant propice, et comment le saisir, avec des forces répandues depuis la Lahn jusqu'au lac de Constance ? L'armée française recueillit une trop juste gloire des combats multipliés, qu'elle livra ou soutint, sans avoir besoin d'exagérer le merveilleux d'une campagne, où l'un de ses généraux fit briller quelques étincelles d'un génie, qui ne se développa que trois ou quatre ans plus tard. En jugeant la retraite d'après ce qu'elle pouvait avoir de désastreux, la France dut se féliciter de voir revenir intacte, une armée qui s'était enfournée en Bavière, au moment où celle qu'elle devait soutenir était ramenée sur le Rhin. Mais les militaires qui jugeront cette opération sur la situation effective des forces opposées, et sur les obstacles réels qu'elle rencontra, trouveront qu'elle n'offrit rien d'extraordinaire, à l'exception de la bataille de Biberach, dont toutes les combinaisons sont dignes d'éloges. Le but que nous nous sommes proposé, nous a forcé de présenter ces opérations sous le rapport de l'art; nos sentiments pour les qualités personnelles du général Moreau sont assez connus pour qu'on ne puisse nous accuser de partialité.

Aussitôt que Desaix eut passé le Rhin à Brisach, il porta une partie de ses divisions sur la Queich, afin de repousser les postes que les troupes du général Hotze avaient conservés vers Schweigenheim ; Spire fut réoccupé et la tête de pont de Manheim même un instant menacée. Enfin, on rétablit, à la fin d'octobre, la communication avec l'armée de Sambre-et-Meuse, qui, ayant reçu des renforts considérables de celle du Nord, se trouvait en état de former des entreprises majeures.

Beurnonville prit le commandement de cette armée, le 24 septembre, en remplacement de Jourdan qui, abreuvé de dégoûts, avait donné sa démission. Le nouveau général en chef n'était pas dans le cas de suggérer au Directoire des vues capables de rétablir les affaires. Avec moins d'habitude de la guerre et de coup d'œil que son prédécesseur, il joignait une irrésolution et une timidité désespérantes. Quoiqu'il ne tardât pas à réunir plus de 70,000 combattants, tous animés du désir de relever la gloire de l'armée de Sambre-et-Meuse, un peu ternie par la retraite de Wurtzbourg, il se contenta de promettre merveilles dans ses proclamations. D'abord, il feignit d'avoir trouvé l'armée dans un grand désordre, afin de prolonger le temps de sa réorganisation et d'en rehausser le mérite ; puis, il prétexta le défaut de chaussure, d'habillement, d'approvisionnements. Enfin, lorsque le Directoire lui eut tout accordé à souhait, il l'entretint durant trois mois entiers de ses craintes puériles, de ses projets chimériques.

Le général Werneck, resté devant lui sur la rive droite du Rhin, avec 35,000 hommes, pour couvrir la ligne depuis le Necker jusqu'à la Sieg, encouragé par sa léthargie, ne craignit pas même de former des entreprises offensives. Les Français ayant profité de la marche victorieuse de leur armée, pour mettre le pont de Neuwied à l'abri d'insulte, les Autrichiens avaient le plus grand intérêt à ne pas leur laisser achever les travaux , et Kray les fit attaquer, les 20 et 21 octobre, pendant que des détachements débarqués par la flottille de Williams, sur la rive gauche du Rhin, au-dessous de Bacharach, devaient inquiéter Coblentz et détruire les ponts de la Moselle. Ces tentatives échouèrent

par leur peu d'ensemble; les Français étaient d'ailleurs en mesure de repousser les attaques avec des forces infiniment supérieures. Vers la même époque, les divisions Bernadotte et Championnet se rassemblèrent sur la Nahe, et attaquèrent, le 27 octobre, les brigades Simbschen et Rosenberg qui la défendaient. Le passage de cette rivière fut forcé à Graulsheim, et les Autritrichiens, battus sur leur gauche, furent contraints à se replier sous Mayence. L'armée de Sambre-etMeuse profita de ce succès pour s'étendre par sa droite du côté de Kayserslautern, afin de seconder la défensive pénible de l'armée du Rhin; la division Dumuy vint, à cet effet, prendre position dans les gorges d'Anveiler. Le meilleur moyen de la favoriser eût été, ou de se réunir à elle, ou d'opérer une diversion en sa faveur, en effectuant un nouveau passage du Rhin à Neuwied et à Dusseldorf. Le général Werneck, dans l'état actuel de dispersion de ses forces, n'était pas en mesure de tenir sur la Lahn, et l'armée de Sambre-et-Meuse serait arrivée sans obstacles sur le Mein, et peut-être jusqu'au Necker, pour peu que l'archiduc tardât à marcher lui-même contre elle, ou du moins à faire des détachements considérables pour renforcer son lieutenant. Cette résolution vigoureuse fut négligée par Beurnonville; il consuma un temps précieux en tâtonnements : Kehl et Huningue succombèrent, et le calme le plus profond succéda, durant quelques mois sur les bords du Rhin, à une campagne aussi active que pénible, où les deux partis éprouvèrent alternativement toutes les vicissitudes de la fortune.

[ocr errors][merged small][merged small]

qu'elles fussent, n'avaient point été assez fortes pour la mettre hors d'état de tenir la campagne devant une armée affaiblie par ses propres succès. D'ailleurs, le Tyrol et l'Illyrie offraient au cabinet de Vienne des ressources incalculables. La première de ces provinces, surtout, n'était pas seulement importante par ses positions, qui facilitent, à chaque pas, à une armée inférieure en nombre, les moyens de tenir en échec un adversaire victorieux. L'esprit militaire de ses habitants ; l'attachement qu'ils ont pour leurs foyers; leur dévouement à la maison d'Autriche, qui leur a laissé de grands priviléges, étaient autant de motifs qui les portaient à prendre les armes pour la soutenir : et ces dispositions, jointes à la facilité de lever les milices illyriennes, assuraient aux armées impériales les moyens de se maintenir aux portes de l'Italie, en attendant qu'elles pussent reprendre l'offensive. A la suite des combats du Montebaldo, Wurmser avait eu d'abord l'intention de tenir à Alla; mais il ne s'y crut pas longtemps en sûreté : les attaques de Saint-Hilaire contre la brigade du prince de Reuss, et l'enlèvement des postes dé la Rocca d'Anfo et de Lodrone, sur la rive occidentale du lac de Garda, lui faisant craindre que l'intention des Français ne fût de se porter à Trente, il abandonna sa position avec 40,000 hommes, de peur d'être tourné par quelques bataillons. L'armée impériale partit donc, le 13 août, pour s'établir autour de la capitale du Tyrol italien, dont elle couvrit toutes les avenues par des corps détachés : l'un, du côté de la Valteline et du Tonal; l'autre , sur la Sarca ; un troisième, à Levico ; l'avant-garde vers Roveredo : enfin, une brigade dut garder les passages de Reitty du côté de la Souabe, où les progrès de l'armée de Rhin-etMoselle menaçaient le Vorarlberg. L'armée impériale conserva ces positions jusqu'au 18 août, que Davidowich se porta de nouveau sur Roveredo, et Wukassowich sur San-Marco. Les milices tyroliennes, dont la force s'élevait à 7 ou 8,000 hommes, concoururent à l'occupation et à la défense de ces postes. Il serait inutile de démontrer que ces mesures défensives, reposant sur le sytème de cordon, au- .

raient exposé l'armée autrichienne à une défaite inévitable : aussi, furent-elles bientôt remplacées par un projet offensif, qui, à la vérité, ne fut ni mieux conçu, ni plus heureusement exécuté que le premier. Le cabinet de Vienne, attachant la plus grande importance à la conservation de Mantoue, et ne sachant à quoi attribuer les revers de ses armées, avait cru les réparer en nomment le général du génie Lauer à l'emploi de chef d'état-major de Wurmser, et en le chargeant de nouvelles instructions pour délivrer cette place. D'après ce nouveau plan, sur lequel reposait toutes les espérances de la cour, Davidowich devait rester en Tyrol, non-seulement avec toutes les milices du pays, mais aussi avec 20,000 hommes, répartis en quatre divisions, trop bizarrement placées pour qu'on n'indique pas leurs positions. Le général Graeffer couvrait le haut Tyrol du côté du Vorarlberg, avec 3,500, hommes ; Laudon, avec près de 3,000, se chargea d'observer les débouchés de la Valteline ; la division du prince de Reuss, forte de 5,500 s'établit au nord du lac de Garda ; enfin, les brigades Wukassowich et Sporck, réunies dans la vallée de Roveredo, formaient le corps de bataille d'environ 8,600 homIIlCS. A la vérité, ce corps considérable n'était pas condamné à une défensive absolue, puisqu'il devait seconder les entreprises du maréchal dans la plaine; mais sa coopération, comme on ne tardera pas à le voir, était telle, que ce dernier ne pouvait guère compter sur elle. De son côté, Wurmser, avec les divisions Sebottendorf, Quasdanowich et Mezaros, fortes d'environ 26,000 hommes, devait descendre par les vallées de Sugana et de la Brenta à Bassano; s'emparer ensuite des ponts de Legnago, pour s'avancer de là sur Mantoue ; tandis que Davidowich, en descendant l'Adige, déboucherait du Tyrol sur les derrières des républicains, dans le cas où ils porteraient leurs forces contre la gauche de l'armée impériale. On espérait, par ces manœuvres, les forcer à quitter la contrée entre l'Adige et le Mincio , et rétablir les communications avec Mantoue sans risquer de bataille. Ce projet, comme on le voit, était à peu près semblable à celui que le maréchal avait formé un mois auparavant; il en avait

tous les inconvénients, sans offrir autant d'avantages : aussi, n'aurait-il pas mieux réussi, quand bien même les Français n'eussent pas arrêté son exécution dès le premier pas. Bonaparte, instruit des progrès de Moreau, et ne pouvant connaître encore les revers essuyés depuis peu de jours par Jourdan , cherchait tous les moyens d'amener le dénoûment de la lutte avec Wurmser. Son imagination ardente, encore enflammée par le Directoire, se transportant alternativement des bouches de l'Isonzo au sommet des Alpes tyroliennes, lui suggéra l'idée bizarre d'une incursion sur Trieste, il eût été jaloux de se lier aux armées du Rhin et de porter un coup sensible au commerce de l'Autriche, en ruinant le seul port qu'elle possédât; mais quel moyen de courir au fond de l'Adriatique, quand Wurmser et le gros de son armée, rassemblés autour de Trente, pourraient sans obstacle déboucher sur Mantoue ? Pour faire cadrer de tels projets avec les instructions du Directoire, il n'y avait qu'un bon parti : favoriser à la droite de l'armée du Rhin la prise de la capitale du Tyrol; décider les Autrichiens à évacuer ce pays, en les menaçant de les enfermer dans ses profondes vallées, puis se rabattre sur le Frioul, pour jeter un corps sur Trieste si les événements le permettaient : tel fut, en effet, le système du général français. Dans ces entrefaites, la position de l'armée d'Italie se compliquait de plus en plus par les démonstrations hostiles des Napolitains. Ferdinand IV était parti pour Ponte-Corvo et Sora, d'où 20,000 hommes menaçaient d'entrer dans les États romains, se flattant d'une alliance offensive avec le pape, que celui-ci ne désavouait pas. L'Angleterre entretenait cette ardeur de tout son pouvoir, et n'était pas plus avare d'argent que de promesses d'agrandissement : Windham, l'un de ses plus habiles diplomates, partait de Florence pour aller offrir à Naples les subsides précédemment alloués au cabinet de Turin. Bonaparte, assez occupé de repousser Wurmser, ne pouvait contenir la cour des Deux-Siciles que par des menaces : il ne balança pas à lui signifier qu'il se dirigerait lui-même sur Naples avec 10,000 hommes, si les troupes du roi n'évacuaient à l'instant les États romains. On le crut sur parole, dans un moment où il n'avait

« VorigeDoorgaan »