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A la vue des progrès des Français, Kaim, craignant d'être assailli dans cette place, fit sortir toutes les troupes qui s'y trouvaient, et ordonna une attaque de front sur San-Massimo , pendant qu'il cherchait à déborder les républicains par les ailes. Cette manœuvre ne lui réussit pas, quoique la route de Peschiera sût découverte du côté de Chieva ; car il n'avait pas assez de forces pour agir des deux côtés à la fois. Moreau, qui s'aperçut de son dessein, plaça aussitôt un bataillon en potence sur le flanc gauche de Victor, pour s'opposer aux colonnes qui cherchaient à pénétrer par CroceBianca. A l'extrémité opposée, les Impériaux n'eurent pas plus de succès. La 21° de ligne et les dragons piémontais allèrent à la rencontre du régiment de Levenehr, qui débouchait de Tomba, et le repoussèrent.

Un général plus résolu que Schérer eût tiré bon parti de ce succès inespéré. Puisque les brigades Gottesheim et Elsnitz étaient en déroute dans la vallée de l'Adige, il suffisait de laisser à Serrurier le soin de couvrir la route de Castel-Novo ; les deux autres divisions de l'aile gauche auraient bien pu entreprendre un passage à Polo, en vue de poursuivre les fuyards, et de tâcher d'entrer pêlemêle avec eux dans Vérone par la rive gauche, tandis que Moreau tenait en échec le corps principal au pied du glacis sur la rive droite. Mais la rupture des ponts, qu'il était facile de réparer en trois ou quatre heures, et une circonspection poussée à l'excès, lui firent perdre l'occasion de signaler l'ouverture de la campagne par une victoire éclatante.

Les Autrichiens , profitant de sa mollesse , renouvelèrent l'après-midi une attaque sur SantaLucia et San-Massimo, qui fut à la vérité repoussée, mais qui consuma un temps précieux. Kaim mit une opiniâtreté inconcevable à se loger à San-Massimo, où il épuisa toutes ses ressources. Ce poste fut pris et repris en deux heures de combat, jusqu'à sept fois, et souvent à la baïonnette. Le général autrichien ne l'abandonna qu'à la nuit après y avoir été blessé. Les troupes de Victor, et la 1" légion helvétique, se couvrirent de gloire dans ces différents chocs, non moins honorables pour les armes autrichiennes.

Pendant que Schérer, victorieux sur sa gauche

et son centre, renonçait à tirer aucun fruit de ses premiers succès; Kray donnait tous ses soins à la conduite d'une entreprise secondaire contre la division Montrichard, dont l'avant-garde canonnait déjà Legnago. La brigade Vigne occupait Anghiari, et se trouvait disséminée pour observer le cours de l'Adige jusqu'à Albaredo. Le général Montrichard attendait avec celle de Gardanne son équipage de pont à San-Pietro, lorsque vers quatre heures après midi, la division Frœlich déboucha de Legnago en trois colonnes, sur San-Pietro, Gallo et Anghiari. La dernière suivait la digue, protégée par le feu de la place et celui de deux batteries. La division Mercantin, placée à une portée de canon de Legnago, sur la rive gauche de l'Adige, servait de réserve à ces colonnes d'attaque, qui employaient sans cela 12 bataillons et 8 escadrons (11,000 hommes). La première hésita quelque temps à s'avancer sur la chaussée enfilée par les feux des Français ; mais lorsque ses tirailleurs furent maîtres des haies et des fossés qui entourent San-Pietro, elle marcha contre la brigade Gardanne, baïonnettes croisées; lui enleva 5 pièces de canon, et la repoussa dans le village. Montrichard concentra alors ses forces derrière un large fossé, et s'y défendit assez longtemps; cependant , la seconde colonne de Frœlich ayant tourné ce nouvel obstacle, pénétra dans le village par le côté opposé. Les Français, forcés de faire face de toutes parts, furent expulsés de ce poste, nonobstant leur valeur, avec perte de 3 pièces de canon. Vigne n'avait pas été plus heureux à Anghiari ; frappé mortellement dès le commencement de l'action, ainsi que son adjudant général Latasche,illaissa sa brigade aux prises avec un ennemi supérieur.Aussi sut-elle culbutée, acculée à un défilé, et poussée dans le plus grand désordre derrière le Menago, par la troisième colonne. La cavalerie française embarrassée dans ce pays coupé, se vit accablé sans pouvoir combattre, une partie de l'artillerie, parquée dans un mauvais terrain,yresta. La nuit mit fin au combat sur toute la ligne. La division Serrurier, maîtresse de Rivoli, poussa des partis sur la Corona ; les troupes du général Delmas campèrent à Polo, gardant les ponts sur la rive gauche de l'Adige; la division Grenier prit poste sur les hauteurs de Pastrengo; les deux divisions du centre s'établirent le long du rideau qui commande le vallon de Vérone ; enfin, la droite, sous Montrichard, passa la nuit derrière Torre, route de Mantoue. Le baron de Kray, de son côté, ayant appris à Legnago l'échec essuyé par sa droite, partit sur-lechamp pour Vérone, avec la division Mercantin qui n'avait pas été engagée. Le général Frœlich, bivouaqué en avant d'Anghiari, eut ordre de repasser l'Adige le lendemain; et Zoph, encore éloigné de trois journées, dut accélérer sa marche pour prendre part aux coups qui allaient se porter. Les trophées et les pertes de cette journée furent inégalement partagés. Les Français avouèrent une perte de 800 hommes tués et de 2,200 blessés; en ajoutant les prisonniers, on peut la porter en tout à 4,000 hommes; ils prirent 2 drapeaux, 12 pièces de canon et 2 ponts sur l'Adige. Les Autrichiens eurent 962 hommes tués, 3,261 blessés, et au delà de 3,000 prisonniers. On voit combien les dispositions du général Schérer avaient été mal calculées. Dans la supposition que les forces principales de l'ennemi fussent à Bussolengo, c'était une faute impardonnable d'envoyer 10,000 hommes sur Legnago; car, dans cette hypothèse, ils y semblaient inutiles, et devaient s'y trouver compromis; mais c'en fut une bien plus grave, lorsqu'après la prise du camp de Pastrengo et des ponts de Polo, il dissémina ses forces à Rivoli, à Bussolengo, devant Vérone et Legnago, au lieu de rassembler sur-le-champ les trois divisions de gauche, pour harceler sans relâche la brigade Elsnitz sur la rive gauche de l'Adige. Le centre aurait dû appuyer ce mouvement, de concert avec la division Montrichard, qu'il eût été convenable de placer à portée de masquer Vérone, au lieu de la compromettre sans utilité sous Legnago. Qui doute qu'avec de telles dispositions, les 5,000 Autrichiens réfugiés à Barona n'eussent été défaits aux portes de Vérone, et n'eussent entraîné sa chute ? Le lendemain, 27 mars au matin, les divisions Kaim et Hohenzollern, qui avaient bivouaqué sur les glacis de Vérone, se trouvant trop exposées au feu des troupes de Moreau, y rentrèrent. On plaça la dernière dans la ville et autour de ses murs. L'autre, qui avait le plus souffert, prit poste au ToME III.

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revers des hauteurs, de manière à couvrir la route de Trente, et à soutenir le général Elsnitz. Kray, renonçant à poursuivre ses succès contre la droite des républicains, accourut lui-même à Vérone avec les divisions Mercantin et Frœlich, plaça la première à Saint-Michel du côté de Caldiéro, et confia toute la défense du bas Adige à 3 bataillons seulement. Cette concentration des forces autrichiennes indiquait assez que le projet du baron de Kray était de déboucher de Vérone. La position de Schérer n'offrait guère de chances de succès ; mais, enfin, puisqu'il se trouvait dans la nécessité d'agir, pourquoi tardait-il à passer l'Adige sur les ponts de Polo, mis en état depuis la veille ? Moreau, convaincu que c'était le seul parti à prendre, lui proposa, le 27 mars au matin, cette opération, et sans attendre sa réponse, se mit en marche vers Bussollengo avec les divisions Hatry et Victor, donnant l'ordre au général Montrichard de venir masquer Vérone avec sa brigade de gauche, et de porter l'autre à Isola-della-Scala, pour éclairer Nogara et le route de Legnago. Schérer, non content d'avoir perdu la soirée du 26 mars, passa encore les deux journées suivantes dans une complète irrésolution. Agité tour à tour par des craintes puériles et des projets impraticables, tout en s'occupant à fortifier les ponts de Polo, il se berçait de l'espoir de tourner Vérone par les montagnes, bien qu'il n'y eût pas de chemin transversal. En effet, toute l'importance de Vérone dans les opérations de Bonaparte était provenue de ce qu'elle ferme précisément les communications directes entre le Tyrol et les États de Venise. Le général en chef ignorait, dit-on, une particularité aussi connue, quoique son état-major fourmillât d'officiers qui avaient fait la campagne de 1796, et que l'arme du génie y fût encore commandée par le général Chasseloup, qui avait acquis dès lors une certaine réputation. Voulant enfin fixer ses irrésolutions, il convoqua un conseil de guerre le 29 mars. Les généraux qui y furent appelés, se récrièrent unanimement sur la négligence avec laquelle on avait laissé perdre les fruits de la journée du 26, et donné à l'ennemi les moyens de réparer ses échecs, ou de prendre l'offensive à son tour. Le vœu général se

prononça pour un prompt passage de l'Adige.Ce 40

fut alors seulement qu'au grand scandale du conscil, le colonel du génie Maubert déclara que le plan dont on s'occupait depuis quatre jours était inexécutable, attendu qu'il n'y avait point de chemin qui pût conduire l'armée dans les plaines au delà de Vérone, sans traverser la ville. Toute illusion s'évanouit ; et il fallut aviser aux moyens d'atteindre l'ennemi sur un point plus accessible. Nous partageons l'opinion que, dans l'état actuel des choses, l'on n'aurait pu suivre sans témérité l'exécution d'un plan qui avait été si mal conduit. On dut regretter alors d'avoir tâtonné de la sorte dans la journée du 26, au moment où Kray débouchait de Legnago; on aurait sans doute réussi à emporter Vérone, car le désordre régnait autant dans la place que dans la division Kaim et la brigade Elsnitz. Mais le seul instant favorable pour exécuter un semblable coup de main était passé, les montagnes escarpées qu'on voulait franchir se trouvaient couronnées d'infanterie, Frœlich et Mercantin, victorieux, campaient à portée, et il n'y avait rien à espérer. Le conseil décida donc qu'on descendrait entre Vérone et Legnago, pour tenter le passage de l'Adige, soit à Ronco, soit à Albaredo. On se rappelait le succès qu'une telle manœuvre avait procuré à Bonaparte à la bataille d'Arcole, mais les circonstances étaient bien différentes, puisqu'alors il possédait Vérone et Legnago. Nous avons déjà dit combien cette opération était dangereuse sur le front d'une armée actuellement maîtresse de ces deux places. Les troupes de Kray massées sous la première, venaient d'être renforcées par la division Zoph, forte d'environ 5,000 hommes, et la brigade Saint-Julien qui s'avançait également par la vallée de Roveredo sur Rivoli, allait aussi entrer en ligne. A cette réunion de forces, Schérer pouvait opposer 40,000 combattants; mais il eût fallu tout le génie d'un grand capitaine pour rétablir l'équilibre des chances. Loin d'en faire preuve, le général français conçut le singulier projet d'exécuter une contre-marche, pour porter deux divisions de son aile gauche à l'extrême droite, en passant derrière le centre, ne calculant ni la perte de temps ni la fatigue que cela occasionnerait aux troupes. Pour faire prendre le change sur cette opération,

il imagina de faire remonter l'Adige à 1,500 hom. mes de la division Victor, qui firent mine de relever les postes de Delmas. Le soin de masquer cette manœuvre fut confié à Moreau; et Serrurier dut en assurer l'exécution, en passant sur la gauche de l'Adige, à Polo, pour attirer de ce côté l'attention de l'ennemi. Il est assez difficile de juger quel intérêt pouvait avoir Schérer à compromettre ainsi une division, pour attirer son adversaire sur le point où il devait craindre qu'il se portât; car en allant se promener à Ronco, tandis que Kray se rapprochait de Bussolengo , c'était lui livrer les communications directes de l'armée avec la ligne du Mincio. Il est vrai qu'on recommanda à Serrurier de ne pas s'engager sérieusement; mais cela pouvait arriver contre son gré; un petit corps jeté au delà d'un fleuve au milieu d'une armée ennemie, ne s'en retire pas toujours comme il le veut : l'événement prouva cette vérité. Conformément à ce projet, l'armée française commença à se mettre en mouvement sur Isoladella-Scala, et un équipage de pont fut envoyé de Peschiera à Castellara. Le 30 mars, pendant que l'aile gauche était en pleine marche pour filer sur le Menago, Serrurier passa seul l'Adige, et s'avança sur la route de Trente à Vérone. La brigade Mayer, précédée d'une avant-garde conduite par l'adjudant général Garreau, marcha sur Pescantina. Bientôt les tirailleurs de celle-ci s'engagèrent avec les avant-postes du général Elsnitz, qu'ils repoussèrent vers Barona. Le gros de la colonne, enflammé par cette apparence de succès, gagna Santa-Maria et Piedimonte sur le flanc droit de cette position, où Elsniz, renforcé de 3 bataillons, se défendit vigoureusement. Au premier avis de la tentative de Serrurier, Kray déboucha de Vérone avec 14 bataillons et 4 escadrons de la division Frœlich ; après avoir joint Elsnitz, il divisa ses forces en trois colonnes, pour mieux embrasser l'attaque des Français. La plus forte qui suivit la chaussée de Trente, culbuta du premier choc le détachement de Garreau, dont la fuite causa la plus vive impression aux troupes de Mayer, au moment où elles se mettaient en mesure de se désendre sur les hauteurs. La lutte, en effet, n'était pas égale, 6,000 Français assaillis par 15,000 Autrichiens, sous la conduite d'un de leurs plus braves généraux, devaient essuyer une défaite certaine. Serrurier ayant donné l'ordre de la retraite, elle s'effectua avec trop de précipitation; les colonnes impériales qui côtoyaient les montagnes n'éprouvant aucune résistance, Kray s'avança avec d'autant plus de chaleur sur la chaussée.Vainement l'artillerie placée à Bussolengo sur la rive droite de l'Adige, rivalisa avec la cavalerie sur l'autre rive, pour ralentir ses progrès. Les bataillons de grenadiers de Weber et Fiquelmont prévinrent les républicains aux ponts, franchirent les abatis, et se fussent rendus maîtres des ponts, si l'on n'avait pris le parti de les couler. Trois eents hommes de la 18° légère, enveloppés par les Autrichiens, se firent jour, et allèrent repasser l'Adige à Rivoli, sur des nacelles. Une colonne de 800 hommes, moins heureuse, fut obligée de mettre bas les armes. Cette échauffourée coûta à la division Serrurier 1,500 hommes tués ou prisonniers. Malgré cet échec, Schérer ne changea rien à son plan, et se contenta d'appeler à lui la division battue, pour la placer derrière son centre vers Bovolone : cependant, si le projet de passer l'Adige vers Albaredo était déjà par lui-même très-dangereux, il devenait téméraire après cet événement. L'armée quittait sans raison les positions avantageuses qu'elle occupait au pied du Montebaldo, pour s'enfoncer entre le Pô et l'Adige, dans une contrée marécageuse et dépourvue de grandes communications vers le but où l'on prétendait arriver. Le général français, loin de diminuer ses embarras, crut faire merveille en intervertissant son ordre de bataille ; la division Hatry, destinée à former l'extrême gauche à Olmo, s'égara, et après avoir marché 15 heures, revint heureusement peut-être à Azzano (1). Montrichard passa Magnano, Victor fut d'abord porté à Mazzagato, Delmas et Grenier allèrent prendre l'extrême droite vers Sanguinetto et Isola-Porcarizza ;les troupes se promenèrent sur toute la ligne sans rime ni raison, pour opérer un changement de front contraire à toutes les règles

(1) La carte de Dalbe indique deux Olmo, l'un près de Ronco, l'autre vers Magnano , ce qui causa sans doute ce 1malentendu,

de la tactique, puisqu'on tournait en quelque sorte le dos à l'ennemi. Ces mouvements parurent d'autant plus extraordinaires, qu'on ne pouvait ignorer le rassemblement des forces impériales autour de Vérone. D'ailleurs, ces marches s'opérant sur des chemins vicinaux dégradés par les pluies, les divisions s'égarèrent et se croisèrent plusieurs fois ; en sorte que Kray aurait eu le temps de se préparer à bien recevoir son adversaire, lors même qu'il n'eût pas intercepté l'ordre adressé au commandant de Peschiera, de faire filer l'équipage de pont par la Molinella sur Castellaro. Kray ne s'en laissa pas imposer par ces puériles manœuvres; il était trop habile pour ne pas apprécier l'avantage que lui donnait son adversaire, en laissant la gauche et les communications de l'armée républicaine en prise aux efforts qu'il dirigerait contre elle à la faveur de Vérone. Il avait d'ailleurs reçu de l'Empereur l'injonction d'attaquer l'ennemi sans délai, et jamais meilleure occasion ne pouvait se présenter. Au lieu de suivre Schérer sur le bas Adige, il se contenta donc de porter 3 bataillons à Albaredo, et poussa , au contraire , le comte de Hohenzollern à Sonna, tandis que Saint-Julien, descendant par le Montebaldo sur Castel-Novo, rouvrirait la communication directe avec l'armée de Bellegarde et le Tyrol ; le général Wukassowich qui faisait partie de cette dernière, dut se diriger sur la Chiese par la rive occidentale du lac de Garda. A l'extrême gauche, la brigade Klénau, détachée sur le bas Pô, jetait des partis jusqu'aux portes de Ferrare. A peine Schérer eut-il abandonné ses positions entre Peschiera et l'Adige, que le comte de Hohenzollern poussa ses avant-gardes sur Villafranca et Castel-Novo , et se mit en communication avec Saint-Julien, qui s'était dirigé sur Camalsino. A l'approche de ces forces, la flottille républicaine qui devait dominer le lac de Garda, ne trouva de refuge que dans Peschiera, et cette place même se vit soudain exposée aux insultes des partis ennemis. Cet état de choses rendait la concentration de l'armée française sur le Tartaro de plus en plus urgente ; car Schérer n'avait déjà plus à opposer aux Impériaux que les deux divisions de sa gauche, quand Kray débouchant, le 2 avril, de Vérone, avec les divisions Kaim Zoph et Mercantin, vint prendre position entre Santa-Lucia et Tomba, attira à lui le corps de Hohenzollern, et plaça ses avant-postes à Villafranca , Alpa et Scudo-Orlando, sur le flanc des divisions Hatry et Montrichard. (Voy. pl. XIII.) Alors seulement, et sur les avis réitérés de Moreau, Schérer se détermine à rapprocher son armée de la gauche. L'ordre est donné au général Victor de prendre la droite des divisions Montrichard et Hatry; en même temps qu'on prescrit à Serrurier de quitter Bovolone, pour reprendre son premier ordre de bataille en marchant à Vigasio; enfin Delmas et Grenier doivent revenir de Sanguinetto et d'Isola-Porcarizza, pour se lier à la position vers Buttapreda. Quoique la distance à parcourir ne fût que de 8 à 10 lieues, les pluies avaient tellement gâté les chemins, que l'aile gauche risquait d'être écrasée avant l'arrivée des trois divisions de la droite. Aussi, Grenier et Delmas forcèrent-ils de marche pour joindre le gros de l'armée : ils seraient néanmoins arrivés trop tard, si Kray avait attaqué, le 4 avril, comme il le pouvait. Dès le 2, il avait réuni 45,000 hommes entre Villafranca et Tomba; s'il en eût aussitôt dirigé 20,000 sur Azzano ou Buttapreda, et 25,000 sur Pozzo et Valèse, c'en était fait de la division Hatry, comme de celle de Montrichard, et Schérer eût été perdu dans les boues du Menago. Trop heureux qu'on le laissât sortir de ce mauvais pas, mais toujours mal informé des mouvements de l'ennemi, Schérer supposant que ses forces étaient à Sonna et à Somma-Campagna, prescrivit à Moreau de se diriger sur ces points, tandis que Serrurier se porterait vers Villafranca, que l'on croyait occupé par un corps de 7 à 8,000 hommes; le général en chefse réservait de donner des ordres ultérieurs à ces trois divisions, lorsqu'elles auraient réussi dans leurs premières tentatives. Delmas devait remplacer à Buttapreda les troupes de Montrichard, et se porter ensuite à Dossobono, pour soutenir l'attaque de Moreau, ou seconder au besoin les divisions Victor et Grenier. Ces deux dernières curent ordre de marcher sur San Giacomo, d'appuyer leur droite à l'Adige et leur gauche à San Massimo : leur objet était d'em

pêcher l'ennemi de déboucher de Vérone, et de couper la retraite à tout ce qui en sortirait. L'attaque fut fixée à six heures du matin. Quarantesept bataillons et 60 escadrons, formant un total de 40,594 combattants, dont 6,750 de cavalerie, devaient y concourir. Comme l'avait annoncé Moreau (1), les Autrichiens marchaient pour attaquer l'armée française au moment où celle-ci s'ébranlait pour les prévenir, de sorte que Schérer, qui voulait combattre au delà du Tartaro, se trouva engagé malgré lui, sur un champ de bataille fortement accidenté, et peu favorable à l'ensemble de ses manœuvres. En effet, Kray ayant entrevu la possibilité de repousser les républicains derrière le Mincio, et peutêtre même de les couper de Mantoue, avait formé son plan, dès le 3 avril, pour l'exécuter le surlendemain. Le général Mercantin, avec 6 bataillons et 6 escadrons, reçut ordre de suivre le chemin de Pozzo, pour prendre ce village à revers, et attaquer l'aile droite des Français. La seconde colonne, conduite par Kaim, composée de 7 bataillons et 2 escadrons, devait déboucher par le chemin de Ca-di-Davi vers Magnano, pour y combattre le centre. Le général Zoph, avec la troisième, forte de 8 bataillons et 2 escadrons, s'acheminant par Dossobono et Castel-d'Azzano, eut l'instruction de se diriger contre l'aile gauche. Enfin, Frœlich, avec 13 bataillons et 6 escadrons, devait suivre la direction de la seconde colonne et former réserve. Le comte de Hohenzollern, avec 12 bataillons et autant d'escadrons, eut la mission de se porter par Villafranca sur Povegliano et Isolata, pour observer la route de Mantoue.A l'extrémité opposée, 4 bataillons de la garnison de Vérone, durent manœuvrer par San-Giovani sur Zevio, pour inquiéter la communication des Français avec leur droite, qu'on supposait encore dans la direction d'Isola-Porcarizza. On détacha en outre 2 bataillons et 200 chevaux à Albaredo, pour inquiéter leur flanc droit, et l'on y établit des batteries de gros calibre. La colonne directrice du général Kaim devait commencer l'attaque. On indiqua à toutes le camp

(1) Moreau avait été instruit des mouvements de Kray, par le chef de bataillon Guilleminot, envoyé en parlementaire à Vérone.

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