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En examinant les positions respectives des deux armées à l'ouverture de la campagne, on est forcé de convenir que tous les avantages étaient du côté des Impériaux. Ils couvraient, en effet, toutes leurs possessions d'Italie, par une ligne de 20 lieues au plus, formée par l'Adige, fleuve non guéable et sur lequel ils possédaient deux têtes de pont. Les Français ne pouvaient guère le franchir entre Vérone et Legnago, en prêtant les flancs à un ennemi supérieur. D'ailleurs, après ce passage, il fallait livrer bataille, et, dans la supposition même qu'ils remportassent la victoire, ils n'étaient point en mesure de poursuivre les Impériaux sur la Brenta et la Piave. Ceux-ci y auraient trouvé des réserves considérables et le corps entier de Suwarow; tandis que les vainqueurs affaiblis par leurs propres succès, et par les corps d'observation qu'ils eussent été obligés de laisser vers Roveredo et Venise, n'auraient pas eu plus de 30,000 hommes à leur opposer.

Si les Français, effrayés de ces obtacles, se décidaient à garder la défensive sur le Mincio, ils renonçaient à tous les avantages de l'initiative, et l'ennemi joint incessamment par toutes les troupes qu'il attendait du Frioul, n'eût pas manqué de les en chasser par une double tentative sur leur front et sur leur flanc gauche, facile à déborder par les montagnes de Gavardo.

Cette disproportion de forces et de chances aurait dû rendre le Directoire plus mesuré dans son plan d'opérations, et surtout plus difficile dans le choix du général auquelil en remettait l'exécution: mais qu'attendre d'un corps qui, frappé de cécité et de vertige, regardait la plus vile complaisance comme la première qualité ? L'armée d'Italie avait changé six fois de chef en moins d'un an, lorsqu'après la réduction du Piémont elle perdit Joubert, qui demanda son remplacement par dépit de ne pouvoir conserver pour son chef d'état-major, Suchet, avec lequel il était lié d'amitié. Le Directoire embarrassé, l'engagea à désigner son successeur : vainement proposa-t-il Moreau ; ce général déplaisait au triumvirat. Le ministre Schérer lui fut préféré; sa réputation militaire était encore intacte; les succès qu'il avait obtenus à l'armée de Sambre-et-Meuse, aux Pyrénées-Orientales, et dans les Alpes où il termina d'une manière glo

rieuse la campagne de 1795, l'avaient placé au nombre des généraux distingués de la république. On ne lui reprochait que de l'indécision et de la faiblesse, défauts qui, en effet, obscurcissaient singulièrement ses autres qualités. Mais Schérer sortait du ministère, où il s'était fait une multitude d'ennemis; il n'avait pas paru aux armées dans les célèbres campagnes de 1796 et 1797, et trouva les généraux prévenus contre lui. Tous murmuraient de se voir sous les ordres d'un homme qui, après s'être retiré de la carrière, par défaut de santé, avait perdu l'habitude de la guerre dans les intrigues du Luxembourg et les orgies du Palais-Royal ; tandis que le vainqueur de Biberach, Moreau, qui se trouvait alors sur le théâtre des prochaines hostilités, y remplissait le rôle peu convenable d'inspecteur d'infanterie. Cette fatale prévention, passant des officiers aux soldats, ne fut pas aussi étrangère qu'on l'a pensé aux désastres qui suivirent les premières dispositions du nouveau général en chef, car bientôt l'indiscipline se glisse dans une armée où la confiance n'attache point les troupes à leur chef. Schérer eut beau flatter ses lieutenants, leur marquer de la déférence, appeler auprès de lui Moreau, lui confier le plus beau commandement; il n'en fut pas moins regardé avec dédain. Chacun crut en savoir plus que lui, et ne reçut point d'ordre qu'il ne s'imaginât devoir ou pouvoir enfreindre pour le bien du service. C'était un général battu avant d'entrer en action. D'un autre côté, la mort prématurée du prince Frédéric d'Orange enleva à la cour de Vienne les justes espérances qu'elle fondait sur la capacité et l'énergie de ce jeune capitaine. Aussi connu des soldats par sa valeur que chéri des officiers par son affabilité, il était le digne émule du prince Charles, et eût partagé avec lui l'honneur de relever l'éclat des armes impériales, en prenant le commandement de l'armée d'Italie. L'Empereur lui donna pour successeur le général Mélas, qui jouissait d'une réputation acquise par une longue expérience ; il devait être subordonné au maréchal Suwarow, revêtu du titre de généralissime des ar mées austro-russes. Mélas, vieillard valétudinaire, rejoignit à petites journées l'armée autrichienne, qui resta de cette manière sous les ordres provisoires du général Kray (1). Outre le colonel Zach, il avait pour conseil le même Weyrother qui eut tant de part aux opérations de Wurmser et d'Alvinzy, dans la campagne précédente. Ce fut le 22 mars seulement que Schérer reçut, avec le plan de campagne rapporté au chapitre précédent, la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche et au duc de Toscane. L'armée d'Italie devait opérer par sa gauche. Il lui était prescrit de passer l'Adige près de Vérone, et de pousser les Autrichiens sur la Brenta et la Piave, pendant que le corps détaché en Valteline se porterait d'abord sur Glurns, où l'extrême droite de l'armée d'Helvétie, commandé par Lecourbe, devait la rejoindre, afin de tomber de concert par Brixen et Botzen sur le flanc droit de l'armée impériale. Pour être à même de remplir cette tâche, Schérer rassembla son armée sur le Mincio. Le Ferrarais et le Bolonais ne lui paraissant pas devoir être pour le moment le théâtre des hostilités, à cause des débordements du Pô, il n'y laissa que des garnisons; d'un autre côté, les montagnes du Brescian et du Bergamasc étant encore couvertes de neige, il pensa qu'il suffisait de laisser dans le chef lieu de ces provinces 4 bataillons pour surveiller les débouchés de la Valteline. Ces détachements mêmes étaient superflus, puisque l'armée de Naples couvrait déjà le Bolonais, et Dessolles la Valteline. Pendant qne celui-ci s'établissait de vive force à Tausers, le général Gauthier, chargé d'une expédition plus facile, pénétrait en Toscane sur deux colonnes. La première, commandée par Miollis, marcha par Pistoie et Lucques sur Pise, d'où, après avoir désarmé sa petite garnison, elle se dirigea sur Livourne. Les 2,000 Toscans qui s'y trouvaient furent faits prisonniers, mais l'on renvoya leurs officiers sur parole dans leurs foyers. Gauthier

(1) Le baron de Kray, d'origine hongroise, avait fait ses Premières armes avec distinction dans la guerre des Turcs, sous Laudon. Depuis le brillant succès qu'il remPorta à Marchiennes, en 1793 (chapitre xxI1), son nom se trouve associé aux plus belles actions des armées imPériales.Actif, intrépide, doué d'un grand coup d'œil et d'un sang-froid admirable, il a tenu incontestablement le Premier rang après l'archiduc Charles, parmi les généraux autrichiens de ce siècle.

Mélas, qui vint le remplacer, était âgé de plus de 7o ans,

suivit la grande route de Bologne, et se présenta, le 26 mars, devant Florence qui lui ouvrit ses portes. Cette prise de possession était aussi impolitique qu'odieuse ; car, supposé même qu'on eût le dessein de céder ce pays à l'infant d'Espagne, comme on le fit plus tard, il ne fallait pas attendre pour l'occuper que Schérer eût besoin de toutes ses forces sur l'Adige. D'ailleurs, l'opération se fit dans le plus grand calme, au milieu d'un peuple immense, que dès le matin le grand - duc avait prévenu, en lui recommandant la soumission. Le 28 mars, ce souverain quitta Florence avec sa famille, pour se retirer à Vienne. Une municipalité fut installée, et la Toscane administrée provisoirement au nom de la république française. L'invasion de la belle patrie des Médicis réveilla l'attention du général Kray : son armée se rassem bla alors entre l'Adige, Padoue et Vicence. Les généraux Gottesheim et Elsnitz occupèrent le camp retranché de Pastrengo, avec 8,000 hommes. Les divisions Kaim et Hohenzollern, fortes d'environ 20,000 hommes, vinrent s'établir en avant de Vérone, avec des détachements à Arcole ; celles de Frœlich et Mercantin, à peu près d'égale force, campèrent près de Bévilacqua. Le général Klénau cantonna aux environs d'Acqua en Polésine, avec 4,500 hommes. Les divisions Ott et Zoph, eurent l'ordre de se rapprocher de la Brenta. Jusque-là, Kray n'avait pas encore reçu le plan de campagne du cabinet de Vienne ; le général Chasteler lui en apporta un le 2l mars. Ce serait faire tort à nos lecteurs de ne pas transcrire mot à mot les dispositions singulières qu'il renfermait ; les voici : « L'armée impériale se portera en forces sur » l'Adda, par Brescia et Bergame, afin de prendre » à revers les vallées qui versent dans le Tyrol,les

» Grisons et la Valteline. Le premier pas à faire

et originaire de la Moravie. Entré au service pendant la guerre de sept ans, il avait été ensuite aide de camp du maréchal Daun. Il avait eu peu d'occasions de se faire remarquer dans les campagnes précédentes. L'irrésolution était le trait le plus distinctif de son caractère, quoiqu'il ne manquât pas de fermeté dans le combat. La catastrophe de Marengo, qui termina sa carrière militaire, n'a pas laissé un souvenir bien favorable de son énergie ni de ses talents, dont on avait mieux auguré par ses débuts à Genola et dans ses opérations contre Gênes,

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prompt, et sans engager une guerre de montaM) gne. )) Nous n'aurions pas besoin de grands efforts pour faire sentir à quel point ce plan était mal imaginé. Les premiers mouvements des armées le prouveront mieux que tous les raisonnements pos sibles. Bien que Kray en fût convaincu lui-même, cependant il crut devoir se préparer à l'exécuter : aussitôt après sa réception, il détacha le général Saint-Julien avec 6 bataillons et quelques escadrons dans le val Sabbia, afin de lier le corps du Tyrol à l'armée d'Italie, et d'attaquer, quand il en serait temps, les Français dans la vallée de la Chiese. C'était s'y prendre de bonne heure pour faciliter une opération qu'on n'était point sûr d'exécuter. Schérer, de son côté, vint asseoir son camp, le 25 mars, en sace de l'armée autrichienne, la gauche à Peschiera, la droite vers Sanguinetto, sur la route de Legnago. Dans cette position, il pouvait opter entre trois partis : prendre l'initiative sur les Autrichiens en passant l'Adige au-dessus et au-dessous de Vérone ; les attaquer devant cette ville et les combattre de

(1) Nous transcrivons ceci d'après les propres Mémoires de Chasteler; cependant nous trouvons plus tard le général Saint-Julien à l'attaque du Lucisteig et au SaintGothard; il paraît qu'il passa sous les ordres de Bellegarde, puis sous ceux de Hotze et de Haddick.

manière à y entrer avec eux ; ou enfin, les attendre entre cette rivière et le Mincio pour leur livrer bataille.

Ce dernier parti eût été peut-être le plus convenable, vu l'état de dispersion des Français en Italie, puisqu'il donnait les moyens à Schérer de choisir son champ de bataille; mais il était contraire aux ordres précis du Directoire. D'ailleurs, il eût laissé aux Impériaux les avantages de l'initiative, et le temps d'attendre, sinon le corps russe de Suwarow, du moins les divisions Ott et Zoph, et de porter ainsi leur armée à 80,000 combattants ; circonstance qui n'eût laissé aucun doute sur la perte de l'Italie. Il ne restait donc réellement de choix qu'entre les deux premiers partis.

La ligne de l'Adige est maintenant trop connue, pour qu'il soit nécessaire d'en donner une nouvelle description. Il suffira de rappeler que les châteaux de Vérone sont adossés à des montagnes à pic, qui se rattachent au Mont-Molare, et qu'une armée ne saurait passer du pays vénitien dans le Tyrol et la vallée de l'Adige, sans traverser cette ville ou sans rétrograder par Bassano dans les gorges de la Brenta. Vérone, partagé par l'Adige en deux parties, était à l'abri d'un coup de main, et donnait quatre ponts sur ce fleuve. Legnago, à 10 lieues plus bas, avait également une bonne tête de pont (2).

Cette situation topographique était entièrement à l'avantage des Impériaux ; car, en se plaçant en bataille entre Vérone et Legnago, ils pouvaient, dans 24 heures, déboucherà volonté par leur droite ou par leur gauche. Si le général Schérer voulait passer l'Adige à l'ouest de Vérone, il venait se morfondre dans le cul-de-sac formé par cette ville, à moins qu'un petit corps autrichien sortant de la place à sa rencontre, ne lui offrît l'occasion de l'attaquer avec la masse de ses forces, et d'y entrer pêle-mêle avec lui; autrement il aurait fallu l'emporter de vive force : entreprise trop chanceuse pour qu'on osât y songer, à la vue d'une armée égale en nombre.

(2) Consultez pour l'ensemble la carte générale en 4 feuilles, et pour les détails la carte de marches, n° 23. Déjà surchargée par les mouvements de 1796, il a été impossible d'y tracer ceux de 1799; mais on les snivra facilement.

Une attaque de front sur Vérone par la rive droite dépendait de la position que prendraient les Autrichiens. Elle eût été infructueuse, s'ils avaient appuyé leur ligne, la droite à cette ville et la gauche vers le coude de l'Adige à Sainte-Catherine, en ayant soin de jeter plusieurs ponts à l'extrémité de l'anse de San-Pancrazio, et de couvrir Vérone par une forte avant-garde. La seule chance probable de succès reposait, comme dans la première hypothèse, sur l'emploi fautifdes masses ennemies. Si Kray avait commis la faute de les diviser et de placer une division seule devant Vérone, il y aurait eu moyen de la battre et d'entrer dans la place pêle-mêle avec elle or : cette supposition, pour être dans le cercle des choses possibles, n'en était guère plus probable. Dans le cas où l'armée française eût passé entre Legnago et Vérone vers Albaredo, elle eût butté de front contre une ligne formidable, et laissé ses flancs en prise à l'ennemi, libre de déboucher de ces deux places et de détruire ses ponts. Enfin, en passant entre Legnago et le Pô, le danger devenait plus grand encore ; vu qu'elle se plaçait entre l'armée impériale et la mer Adriatique, où l'on n'eût pas manqué de la culbuter au moindre revers. Le véritable remède à tous ces inconvénients, était donc d'assurer à l'armée française une supériorité marquée au début de la campagne, en concentrant les troupes disséminées si mal à propos dans toute l'Italie. Cette précaution ayant été négligée, Schérer ne sut trop à quelle résolution s'arrêter. Il avait eu d'abordl'intention de rejeter l'ennemi au delà de l'Adige, de passer ce fleuve et de tourner Vérone; mais de faux avis lui ayant donné à croire que le gros des troupes impériales se trouvait campé entre cette place et le lac de Garda, derrière des retranchements dont la renommée exagérait encore la force et l'étendue, il résolut d'attaquer cette positition, sauf ensuite à franchir le fleuve lorsqu'il aurait déposté l'ennemi. Les trois divisions de gauche, aux ordres des généraux Serrurier, Delmas et Grenier, furent des| tinées à cette opération. On avait si peu de notions sur l'emplacement des Autrichiens, qu'on supposait leur gros à Rivoli. En conséquence, la première de ces divisions, côtoyant les bords du lac de Garda jusqu'à Lacise, devait descendre par

la route de Bardolino sur Incassi, pour agir de concert avec la seconde, qui marchait par Compara à Campo-Reggio; la troisième se portant sur Bussolengo, aurait rejoint les deux premières, afin de les aider à pousser les Autrichiens au delà des hauteurs de la Corona. Moreau, avec les divisions Hatry et Victor, devait faire diversion en inquiétant Vérone.A l'extrême droite, Montrichard eut la mission de s'avancer contre Legnago après avoir laissé quelques troupes à Cerea, de masquer cette place et de s'étendre le long de l'Adige vers la gauche, pour observer les mouvements de l'ennemi, communiquer avec Moreau, et jeter un pont sur le fleuve quand il en recevrait l'ordre. Au premier avis des mouvements des Français, Kray s'imagina que leurs principales forces allaient attaquer Vérone. Il se rendit en toute hâte de Padoue à Bevilaqua, pour concerter avec les généraux Frœlich et Mercantin une attaque de Legnago sur le flanc droit des républicains, et il expédia à Klénau l'ordre de remonter l'Adige, pour culbuter la colonne que Schérer détacherait contre ce point même. Ainsi, de part et d'autre, les généraux en chef, opérant sur des rapports inexacts et de faux calculs, couraient comme s'ils eussent voulu s'éviter réciproquement. Schérer cherchait les Autrichiens vers Pastrengo et le lac de Garda, et Kray espérait rencontrer le gros des Français sur le bas Adige. Le général Chasteler qui reçut dans la matinée même sa commission de chef de l'état-major, ne put s'empêcher de blâmer la disposition un peu hasardée, qui faisait engager ainsi l'arméeimpériale endeux grands corps, séparés à ce qu'il croyait par toute la masse de l'armée française ; mais le combat étant engagé, il n'y avait plus moyen de changer ces mesures. Le 26 mars, à trois heures du matin, l'aile gauche des républicains se mit en mouvement. La flottille du lac de Garda avait mis à la voile de Peschiera dans la nuit, pour seconder les opérations de Serrurier. La 18° légère, formant l'avant-garde de sa division, repoussa les Autrichiens de Lacise jusqu'à Bardolino, où, protégés par une douzaine de chaloupes canonnières, ils essayèrent un instant de tenir. Mais la flottille française serrant la côte, donna le signal de chasser et de combattre. Les chaloupes ennemies, écrasées par l'artillerie républicaine, prirent le large.L'infanterie autrichienne abandonnée à elle-même, fut bientôt culbutée ; et, tandis que les retranchements de San-Fermo et les hauteurs d'Incasi étaientemportés au pas de charge par la 18° et les Piémontais, la flottille dirigeant sa course au nord, nettoya la rive orientale du lac de Garda jusqu'à Malsesena, où l'escadrille impériale se réfugia, ainsi que tous les postes qui purent gagner les hauteurs de Camalsino. Serrurier, n'ayant devant lui que les détachements du colonel Leczeny, n'eut, pour ainsi dire, qu'à suivre son avant-garde l'arme au bras, et alla s'établir à Rivoli.

Sur ces entrefaites, le général en chefattaquait avec les divisions Delmas et Grenier, le cordon qui couvrait le camp retranché de Pastrengo. L'avantgarde de la première, commandée par le général Grandjean, se porta sur les hauteurs de ce village. défendues par un triple rang de retranchements garnis d'artillerie, mais non achevés, et les enleva avec une valeur peu commune.La brigade Dalesme éprouva plus de résistance sur les hauteurs de Palazzuolo, où les régiments de Jordis et de Jellachich, renforcés par 3 bataillons venus de Vérone, repoussèrent les Français au fur et à mesure qu'ils couronnaient le plateau. Une mêlée complète s'engagea alors sur ce point. En vain Delmas, furieux de voir la victoire lui échapper, se jeta, quoique blessé, au milieu des combattants, à la tête d'une poignée de braves; il allait succomber quand Grenier, débouchant sur Palazzuolo, changea la face des affaires.

Ce dernier avait exécuté son mouvement sur Bussolengo.Sa première brigade, après avoir chassé les coureurs autrichiens, s'établit sur l'Adige : la seconde marchant sur le flanc gauche de la position retranchée, y arriva au moment où les troupes de Delmas étaient pressées par Elsnitz, et leur facilita ainsi les moyens de reprendre l'offensive. Dès lors, les Autrichiens ne songèrent plus qu'à la retraite ; assaillis de toutes parts, ils furent culbutés dans la vallée de l'Adige, et poursuivis la baïonnette dans les reins, sur les ponts de Polo, qu'ils parvinrent pourtant à couper. Le général Elsnitz ne put les rallier qu'à Barona, à moitié chemin de Vérone.

Cet avantage fut remporté à huit heures du matin.Les Impériaux perdirent sur ce point 12 pièces de canon et 1,500 prisonniers. Au centre, sous Vérone, le combat s'était engagé plus tard. Kaim instruit de l'attaque par la forte canonnade que l'on entendait du côté du lac de Garda, prit une ligne plus resserrée, appuyée à l'Adige. Le général Liptay occupait, comme avantpostes, Tomba et Tombetta, Santa-Lucia, San-Massimo, Croce-Bianca , et Chieva, à une demi-lieue de Vérone, avec 2 compagnies de chasseurs, 3 bataillons, 6 escadrons, et une artillerie nombreuse : une petite réserve de 2 bataillons et 2 escadrons formait un premier échelon sur le glacis de la place; enfin, 6 bataillons et 11 escadrons s'établirent aux portes Neuve et de San-Zeno. L'avant-garde de Victor rejeta les postes de Liptay sur Santa-Lucia, où se trouvait le gros de sa brigade. La légion polonaise qui l'aborda sans hésiter, ébranlée par le feu vif de l'ennemi, lâcha pied; et le 15° régiment de chasseurs qui la soutenait, chargé par les hussards impériaux, fut repoussé avec perte. Ces troupes avaient peine à se rallier, quand la division se déploya à leur gauche. Aussitôt la brigade Pigeon marcha sur Santa-Lucia, baïonnettes croisées. La résistance de Liptay, quoique vigoureuse, ne laissa pas le temps à la faible réserve qu'il avait derrière lui de le secourir, il fut accablé. Ce général lui-même fut blessé, le régiment de Furstemberg presque détruit, et les canonniers tués sur leurs pièces. Le général Minckwitz accouru trop tard avec la réserve postée sur le glacis, éprouva le même sort. En vain sa cavalerie essaya de protéger la retraite; elle fut culbutée sur la porte Neuve par le 15° de chasseurs, qui vengea ainsi l'échec qu'il venait d'essuyer devant Santa-Lucia. Cette attaque fut puissamment secondée par la division Hatry, laquelle, après s'être emparée de Roviga, vint se former sur le prolongement de la division Victor, alors placée le long du rideau en avant de Santa-Lucia, qui commande la plaine de Vérone. Elle n'y demeura pas longtemps inactive, la brigade Chambarlhac, appuyée par celle de Pigeon, se porta bientôt vers San-Massimo et força les avant-postes ennemis, quoique protégés par une artillerie bien servie, à se retirer sur Véronc.

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