Pagina-afbeeldingen
PDF

gauche; le général Kospoth, avec 6,000, occupait à la droite Schafflangen, éclairant Oggelshausen et Seekirch ; enfin une petite réserve de 2,200 hommes, sous les ordres de Latour, campait sur les hauteurs de Groth. Le général Frœlich avec le tiers de l'armée, établi à Rawensbourg, poussait des partis sur Wolfsegg; Nauendorf était, comme on l'a vu, seul vers Tubingen. L'armée du Rhin dont la position n'avait pas été jusque-là aussi difficile qu'on l'a prétendu, commença seulement alors à se trouver pressée; il lui restait néanmoins les moyens de se tirer d'affaire, pourvu qu'elle ne perdît pas de temps. Menacée par plusieurs corps éloignés et sans communication directe entre eux, mais plus forte que chacun d'eux en particulier, elle tenait une position centrale qui laissait l'initiative à sa disposition; cependant, pour en profiter, il fallait qu'elle attaquât, avant qu'ils pussent combiner contre elle une action si, multanée sur un même champ de bataille. Moreau songea d'abord à se débarrasser de Latour qui le serrait de plus près. Ce projet était fort bien conçu ; car, indépendamment de la grande dispersion des forces autrichiennes, il est facile de reconnaître, en jetant les yeux sur le plan de cette affaire, que le corps de Latour était très-mal placé : adossé au ravin de la Ryss, il n'avait qu'un seul bon débouché par la ville de Biberach, et de plus ses trois divisions se trouvaient encore séparées par des obstacles qui ne leur permettaient pas de se prêter un mutuel secours, en sorte que le moindre échec essuyé par l'une d'elles, entraînait la perte des deux autres. En conformité des dispositions arrêtées par son général en chef, l'armée française se mit en mouvement , le 2 octobre , au matin : Férino devait laisser un détachement devant l'Argen pour contenir Frœlich, et marcher par Waldsée sur le village d'Essendorf, afin d'attaquer vivement la gauche de l'ennemi et de le prévenir sur ses communications; cette manœuvre bien combinée ne fut malheureusement pas exécutée. Saint-Cyr avec le centre et la réserve, était chargé de déposter le corps de bataille de Latour des positions de Steinhausen et Holzreuthe, et de le pousser jusqu'à Biberach, pendant que Desaix attaquerait sa droite de l'autre côté du lac, par la route de Riedlingen, et tâche

rait de le devancer sur les hauteurs qui s'élèvent entre Buhren et Warthausen. Ces dispositions paraissent un peu décousues, c'était beaucoup exiger d'attendre de l'ensemble dans l'action de colonnes partant de points aussi éloignés que Waldsée et Riedlingen; elles étaient néanmoins excusables à cause de la grande infériorité de l'ennemi, circonstance qui fut la véritable cause de leur réussite. Indépendamment du grand éloignement des points de départ des ailes, l'attaque centrale se divisa en trois colonnes; la brigade du général Gérard, dit Vieux, se porta par Oggelshausen ; Saint-Cyr dirigea la brigade Lecourbe et la réserve par la route qui conduit de Reichenbach à Biberach; Duhesme, avec une brigade de sa division, marcha à travers les bois entre Schussenried et Holzreuth contre Mercantin, pendant que l'autre, conduite par le général Laboissière, contenait l'ennemi à droite de Schussenried. Les attaques de Saint-Cyr commencèrent vers sept heures et demie; les 100° et 106° demi-brigades forcèrent l'infanterie autrichienne dans les bois au-dessus de Steinhausen. Vainement la cavalerie impériale exécuta, pour la soutenir, une belle charge jusque dans ce village : les grenadiers de la 106°, aidés du 9° de hussards, la repoussèrent, et le corps de Baillet se retira sur Groth, où il se réunit à Latour : Mercantin et Condé suivirent ce mouvement sur Winterstetten. Tout allait à merveille jusque-là; malheureusement Saint-Cyr, au lieu de continuer à pousser l'ennemi sur la vallée de la Ryss, se déploya entre Muttensweiler et Watenweiler; un faux rapport annonçant qu'une colonne ennemie débouchait par Michelswand, inquiéta sa droite et ralentit sa marche, de sorte que Baillet en fut quitte pour une canonnade qui se prolongea à Groth jusqu'à cinq heures du soir. Cependant, Desaix qui voulait, en débouchant par la route de Riedlingen, arriver sur le flanc droit des Autrichiens au moment où la colonne du centre attaquerait leur ligne de front, rencontra au débouché de Mittel-Biberach le corps de Kospoth, qui, replié de Schasslangen, occupait la belle position du Galgenberg. Le combat s'engagea bientôt; les 10° légère, 10° et 103° de ligne attaquèrent les Autrichiens de front, tandis que le général Desaix, favorisé par sa grande supériorité numérique, manœuvrait pour les tourner par les ailes. Sa gauche se porta par Birkenhardt sur le Lindeberg et Biberach, dont elle s'empara; sa droite marcha par Oberndorf sur Mittel-Biberach. Kospoth, culbuté dans le ravin par l'attaque de front, se vit forcé de défiler en colonne entre les deux divisions de Desaix; la tête parvint à se faire jour, mais cinq bataillons entiers furent pris après des efforts inutiles de valeur. Latour avant d'être instruit de cet échec, agité par le pressentiment du danger auquel il s'exposait en engageant une affaire dans une si mauvaise position, avait déjà fait filer tous ses parcs et sa réserve d'infanterie de Groth sur Umendorf, prescrit à Mercantin de se retirer sur Eberhardszell, à Condé de prendre position vers Schweinhausen, et à Baillet et Kospoth, de se replier par Biberach, derrière la Ryss. Il n'était déjà plus temps : Saint-Cyr rassuré sur son flanc droit, et instruit probablement des premiers succès de l'aile gauche, venait d'ordonner aux 84° et 106° demi-brigades, soutenues de quelques escadrons, d'attaquer Groth , tandis que la brigade Gérard le tournerait par Reute. Latour traversa en combattant les bois de Rindemoos, puis essaya de se reformer vers Gretschweiler : suivi en queue par Saint-Cyr, et trouvant Desaix déjà maître de Biberach, il ne fut plus question de tenir tête au premier, mais bien de se faire jour à travers les masses du second ; la moitié de sa colonne fut assez heureuse pour passer, le reste fut pris ou dispersé dans les bois. D'une autre côté, Mercantin gagna Eberhardzell sans être inquiété ; le corps de Condé, poursuivi par les 19° et 100° demi-brigades jusqu'auprès d'Appendorf, n'y arriva pas sans avoir éprouvé quelque perte. Latour rassembla ses troupes pendant la nuit derrière Ringschneidt, et porta Baillet à Laupheim. Une victoire complète couronna donc les dispositions de Moreau. Les Autrichiens perdirent dans cette journée 4,000 prisonniers , 18 pièces de canon et 2 drapeaux. Sans le contre-temps qui empêcha l'aile droite d'exécuter le mouvement qui lui était prescrit, le corps de Mercantin eût été placé dans la même position que ceux de Latour et Baillet;il ne dut son salut qu'à l'égarement de l'ordonnance qui portait l'ordre du général en chefà Férino.

Ce premier succès ne tirait pas encore l'armée du Rhin d'embarras; car, tandis qu'elle accablait Latour, le corps de Nauendorf avait filé sur Hechingen, où il s'était lié à celui de Petrasch. Si ces deux divisions, fortes d'environ 20,000 hommes, avaient trop de routes et de postes à garder pour arrêter une armée de 60,000 combattants, elles pouvaient néanmoins inquiéter sa marche, et la retarder jusqu'à l'arrivée de l'archiduc sur la Renchen. Le temps était d'autant plus précieux, que déjà ce prince était en pleine marche avec une partie des forces de l'armée du bas Rhin pour se joindre au corps de Latour; il avait même déjà fait passer le Rhin à Manheim à la division Hotze, pour jeter l'alarme dans l'Alsace, et peut-être s'emparer de Landau. Cette incursion , d'ailleurs promptement repoussée par le général du génie Marescot qui se trouvait sur ce point avec une demibrigade, fut une faute. L'archiduc eût beaucoup mieux fait de porter rapidement cette division sur les communications de l'armée française.

Quoi qu'il en soit, l'approche de ce prince décida Moreau à renoncer au projet de se retirer sur Strasbourg par la vallée de la Kintzig, déjà trop bien gardée et trop rapprochée des corps accourus des bords du Mein. Il prit donc la route directe du val d'Enfer, ne laissant devant Latour qu'une forte arrière-garde; le gros de l'armée passa le Danube vers Riedlingen, et se porta ensuite sur Friedingen et Stockach ; son avant-garde s'empara des postes de Villingen et de Rothweil; une demi-brigade escorta les équipages et les parcs de l'armée, qui filèrent sans obstacle sur Huningue par la route des villes forestières. Le centre fut destiné à forcer le passage du val d'Enfer; la droite à tenir tête à Latour vers Tuttlingen ; la gauche à contenir Nauendorf près de Rothweil.

Il arriva ce qu'il était aisé de prévoir; les Autrichiens, qui voulaient envelopper l'armée française d'un rideau de petits corps, ne se trouvèrent en mesure nulle part ; l'avant-garde de Saint-Cyr, conduite par le général Gérard, dit Vieux, ne rencontra à Neustadt et au val d'Enfer que deux bataillons aux ordres du colonel d'Aspres, qu'elle rejeta sur Emmendingen avec perte de 2 à 300 hommes. Le 12 octobre, à midi, Saint-Cyr entra à Fribourg sans résistance ; les jours suivants, le reste de l'armée passa la gorge ; les brigades Tarreau et Paillard couvrirent la marche des équipages, et soutinrent quelques combats d'arrière-garde contre les troupes légères de Frœlich. Les Impériaux ne mirent aucun autre obstacle à cette retraite; Latour, devenu plus circonspect par la leçon de Biberach, et ne voyant plus de possibilité d'empêcher le passage des défilés, résolut sagement de se porter par sa droite sur Hornberg pour s'y lier à l'archiduc. Nauendorf, de son côté, gardant plusieurs positions défensives, n'était vraiment pas en état d'attaquer l'armée française avec espoir de succès. A peine Moreau eut-il passé le val d'Enfer, que croyant ses communications établies par la vallée du Rhin, il voulut se rendre à Kehl par la rive droite du fleuve, où il espérait se maintenir encore longtemps à la faveur de ce fort. La gauche de l'armée fut portée dans cette vue à Emmendingen, et le centre dans les montagnes vers Waldkirch, tandis que la droite restait en observation dans la vallée de Saint-Pierre ; Saint-Cyr devait s'emparer d'Eltzach. Des pluies affreuses, le défaut de chanssure, et par-dessus tout cela, les difficultés de déloger l'ennemi des positions formidables qu'il occupait, firent différer, et par conséquent échouer l'entreprise. Elle n'était exécutable qu'au moment

où l'armée débouchait de Fribourg, parce qu'alors .

l'archiduc n'avait pas eu le temps de rassembler ses troupes; mais deux ou trois jours après, son exécution compromettait l'armée, en l'éloignant du pont de Brisach, qu'elle laissait en prise à l'ennemi sans avoir la certitude de percer sur Kehl. Il eût été sans doute plus prudent de passer le Rhin à Brisach, et de se porter en deux marches par Strasbourg sur Kehl, d'où il aurait été facile de déboucher, le 16, contre le corps qui se trouvait dans les environs d'Offenbourg. Moreau, pour n'avoir pas adopté ce parti, fut obligé de livrer deux combats dont les suites auraient pu devenir désastreuses.

L'archiduc avait opéré sajonction avec Petrasch, le 15 octobre, à Ettenheim, et transféré, le 16, son quartier général d'Offenbourg à Mahlberg, en vue de se rapprocher des têtes de colonnes républicaines, et de faciliter la réunion des corps de Nauendorf, Latour et Frœlich. Le premier vint se lier à sa gauche le même jour, en marchant d'Hornberg

sur Eltzach ; le général Latour , débouchant par la vallée de la Kintzig, opéra sa jonction, le 17, au camp de Mahlberg; quant à Frœlich, qui avait suivi son adversaire dans le val d'Enfer, il voulut déboucher, le 18, de Neustadt, mais la droite des Français se maintint à Saint-Pierre; plusieurs combats indécis avaient eu lieu la veille au centre vers Malterdingen. (Pl. XVIII.) Le majeure partie de l'armée autrichienne se trouvant ainsi rassemblée, l'archiduc témoigna l'intention d'attaquer sur-le-champ Moreau, et de le contraindre à repasser le Rhin : la fatigue excessive des troupes que Latour avait amenées, obligea de remettre la bataille au 19. Ce délai n'améliora pas l'état des affaires : il faisait un temps affreux ; les cl mins, naturellement difficiles, étaient défoncés par les longues pluies, et, pour ainsi dire, impraticables. Les troupes parties du camp de Kintzingen n'arrivèrent que très-tard au lieu de rassemblement; elles furent divisées en quatre corps principaux. Celui de droite, conduit par le prince de Furstemberg, composé de 5 bataillons et d'environ 4,500 chevaux, fut destiné à traverser la plaine de Kenzingen, d'où il devait menacer le passage de Riegel et contenir la gauche des Français. Le second, fort de 9 bataillons et 2,200 chevaux, commandé par Latour, eut ordre de marcher en deux colonnes par Heimbach et Malterdingen sur Kondringen. La tâche assignée au corps du centre, sous le comte de Wartensleben, consistait à emporter les hauteurs en avant d'Emmendingen ; il était composé de 13 bataillons et 3,000 chevaux, partagé pour cet effet en trois colonnes : la première, commandée par le général Petrasch, devait marcher par le chemin de Heimbach ; la seconde avait ordre de s'avancer par Landeck contre le front des républicains, tandis que le prince Frédéric d'Orange se dirigerait avec la troisième par les sommités des . montagnes, de manière à tourner leur droite vers Tannebach. Enfin le quatrième corps, composé de la division Nauendorf, renforcée de plusieurs autres troupes, devait tenter un effort décisif pour déboucher sur Waldkirch, et culbuter la droite des Français. Ce dernier corps autrichien occupait le ravin de Simonswaldetcommuniquait avec le prince

de Condé, établi à Saint-Mergen.

Le général Moreau, de son côté, déterminé à accepter le combat, après avoir porté son armée dans les montagnes, avait pris des dispositions à peu près analogues à celles de l'ennemi. La division Delmas fut dirigée sur Riegel et Hecklingen ; Beaupuy garda les hauteurs de Malterdingen et de Kondringen. La première division du centre occupa Emmendingen ; Saint-Cyr, partant de Waldkirch avec l'autre division et la réserve, devait attaquer l'aile gauche des Autrichiens par la vallée de l'Elz, vers Bleibach , la tourner et la forcer ainsi à évacuer toutes ses positions entre les montagnes et le Rhin. Ce plan n'eût rien laissé à désirer, si l'on avait renforcé l'attaque principale des forces agglomérées sur des points où elles n'étaient pas nécessaires, et qu'on eût été en état de donner suite à l'offensive; mais, vu la position des affaires, nous croyons que c'était hasarder beaucoup pour un résultat facile à obtenir par d'autres combinaisons.

Pendant que cette tentative se faisait sur Waldkirch, le général Férinogardait à l'extrême droite les débouchés de la forêt Noire , avec tous les inconvénients attachés à la conservation des postes défensifs; sa division, quoique supérieure en nombre à l'ennemi qui la tenait en échec, était tellement disséminée qu'elle ne se trouvait nulle part en état de lui résister.

On voit que les deux armées allaient s'entrechoquer, sans que les généraux en chef connussent la position de leurs adversaires. Nauendorf formait sa colonne, le 19 octobre, vers neuf heures du matin, lorsqu'il fut prévenu par la division Saint-Cyr, dont le gros s'avança contre lui par la vallée de Bleibach, pendant qu'une petite colonne filait à droite sur les crêtes du Kanderberg, vers Simonswald, dans l'intention de descendre par le ravin de ce village. Le général français, en voulant inquiéter le flanc gauche de son adversaire, laissait le sien entièrement à découvert. Nauendorf, sachant qu'on ne peut manœuvrer en sûreté dans un vallée profonde sans détacher des flanqueurs sur les sommités collatérales, avait, dès la veille, établi quelques bataillons près de Sigelau. Aussitôt qu'il fut informé de l'approche des Français, il leur ordonna de se glisser par le ravin qui débouche sur l'Elz, près de Kolnau, et de garnir de ti

railleurs les bois qui dominent la vallée. Ce mouvement, exécuté à propos, fut d'autant plus décisif que Saint-Cyr n'avait pas fouillé les hauteurs à sa gauche. Le bruit de l'arrivée d'une colonne sur ses derrières, le décida à se retirer versWaldkirch; le détachement qui avait déjà descendu sur Simonswald, se replia sur les sommités du Kanderberg poursuivi par Nauendorf, qui, profitant de sa supériorité, attaqua sur-le-champ le poste de Waldkirch, franchit le défilé et s'empara des hauteurs qui le dominent. Le corps de Saint-Cyr fut ainsi repoussé jusqu'à Langendenzlingen. Dans le temps que ceci se passait, les 2° et 3° colonnes de l'archiduc, cheminant avec peine sur de mauvaises routes de montagnes, arrivèrent, vers midi, en présence de la division Beaupuy, formée sur les hauteurs qui s'étendent entre Kondringen et Malterdingen, où le combat s'engagea avec chaleur. Cependant Moreau, informé que Frœlich s'était enfin rendu maître de Saint-Pierre, malgré les efforts de Férino, sentit qu'il ne pouvait engager une affaire générale, avec l'Elz à dos, et un gros corps ennemi sur son flanc droit ; il expédia donc l'ordre à Beaupuy de se retirer derrière Amwasser; mais ce brave général ayant été tué dès le commencement de l'action, les troupes, qui ignoraient cette disposition, continuèrent à se battre, et ne cédèrent les hauteurs au corps de Latour qu'après les lui avoir fait chèrement acheter. La colonne de Wartensleben ne fut pas aussi heureuse que les ailes. Sa marche éprouva d'abord des difficultés dans les bois de Landeck; l'arrivée de la colonne du prince d'Orange sur le flanc droit des Français, décida enfin l'évacuation d'Emmendingen après un combat très-vif, où Wartensleben fut dangereusement blessé. Les Français se retirèrent, près de Thenningen et Amwasser, derrière l'Elz, en détruisant les ponts. Les Autrichiens firent dans ces affaires 6 à 700 prisonniers, et en perdirent 3 à 400. Le général Desaix établit la division Delmas à Riegel et Endingen; celle de droite gardale débouché de Nimbourg. Saint-Cyr appuya sa gauche à Unter-Reute, sa droite aux montagnes en arrière de Langendenzlingen. Le 20 octobre, au point du jour, le général Nauendorf facilita le rétablissement des ponts de l'Elz. L'avant-garde de l'archiduc aux ordres de Meerfeld, passa cette rivière et se joignit à Nauendorf, près de Langendenzlingen, et les choses en restèrent là. Il serait difficile de dire pourquoi les gros de l'armée impériale ne poussa pas plus vivement Saint-Cyr ; on a prétendu que les ponts furent réparés avec trop de lenteur; cependant, puisquel'archiduc avait passé l'Elz près d'Emmendingen pour se joindre à Nauendorf, il semble que le reste des colonnes aurait pu passer comme lui. Peut-être ce prince voulut-il attendre que Latour eût repoussé Desaix de Nimbourg pour marcher à sa hauteur ; quel que soit, au surplus, le motif de cette perte de temps, c'est une faute que le général en chef, ou un de ses subordonnés, doit se reprocher. Latour, s'étant enfin formé en avant de Then

ningen, poussa son avant-garde sur le ruisseau de

Klotter, en face de Nimbourg où le combat s'engagea vivement. Le pont de ce ruisseau étant rompu, la 50° de ligne, soutenue d'un bataillon de la 62°, s'opposa à sa reconstruction, à la faveur du bois qui couvre ce bourg.

L'armée impériale, rebutée des obstacles que lui présentait Desaix, passa la nuit sur le bord du ruisseau, et poussa son avant-garde du côté de Gundelfingen. Il y a lieu de présumer que si le prince Charles avait porté toute l'armée sur ce point, le corps de Saint-Cyr eût été accablé, et celui de Desaix compromis.

L'issue de ces différents combats décida enfin Moreau à renoncer à un mouvement dont l'avantage ne compensait pas les risques. Il ordonna à Desaix de repasser le Rhin à Brisach avec une partie de ses divisions, ce qui fut exécuté dans la nuit du 20 et la matinée du 21 ; après quoi on leva le pont de bateaux.

L'archiduc, de son côté , poursuivant l'exécution de son projet, mit en marche toutes ses colonnes, le 21 octobre, au matin, en vue de présenter le combat à son adversaire; mais celui-ci, n'eut garde de l'accepter après le grande détachement qu'il venait de faire, et continua son mouvement rétrograde avec le centre. L'avant-garde autrichienne le suivit de près, et se jeta brusquement dans Fribourg, en arrière duquel l'arrièregarde de Saint - Cyr s'était formée et paraissait décidée à l'empêcher de déboucher.

ToME III.

Ce mouvement pouvait devenir dangereux : la droite de l'armée française, sous Férino, qui se retirait de la vallée de Saint-Pierre, étant talonnée par Frœlich et Condé, il fallait tenir au pont de la Treisam, où elle devait opérer sa jonction : si la marche n'eût pas été bien combinée, et qu'un des deux corps français se trouvât devancé par l'ennemi, il aurait été obligé de se faire jour. Tout se passa heureusement pour eux, parce que Meerfeld ne fut pas soutenu d'assez près. A peine leur réunion fut-elle effectuée, que les corps de Frœlich et de Condé, débouchant de la vallée d'Enfer, engagèrent une forte canonnade qui ne les empêcha pas de se retirer en bon ordre par les hauteurs de Pfaffenweiler, sous la protection de leur artillerie et d'une réserve placée à Saint-Georges. Nous ne pouvons guère apprécier le motif qui détermina le général Moreau à s'affaiblir ainsi de toute son aile gauche, et à laisser le reste de l'armée à la merci de l'archiduc, sur la rive gauche du Rhin. Il semble que la garnison de Kehl, renforcée de quelques bataillons, aurait bien pu défendre ce poste jusqu'à l'arrivée de l'armée. Il est vrai que l'excellente position de Schliengen assurait pour un instant la retraite du centre et de la gauche; mais, comme il eût été fort possible d'être entamé le 21 ou le 22 au matin, c'était toujours donner trop au hasard. Si le détachement de Desaix avait pour but d'éviter, comme on l'a dit, l'encombrement sur le pont d'Huningue, il faut convenir que c'était bien une précaution inutile , puisqu'on avait une tête de pont, sous la protection de laquelle on pouvait passer le Rhin sans danger, comme cela eut lieu plus tard après l'affaire de Schliengen. Les divers combats, soutenus sur les bords de l'Elz par l'armée française, prouvaient combien sa position sur la rive droite du Rhin était dangereuse. Le général Moreau se décida donc à repasser ce fleuve. Afin d'assurer le succès de son opération, il établit, le 22 octobre, son armée dans la position de Schliengen, déterminé à accepter encore un combat, pour gagner en toute sécurité la tête de pont d'Huningue. (Pl. XIX.) Cette résolution, qui eût pu amener de grands changements dans l'état des affaires, si toute l'armée française eût été là, n'est excusable que par 4

« VorigeDoorgaan »