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d'une division de l'arrière-garde, composée de deux vaisseaux et de deux frégates, commandés par Villeneuve, qui parvint à gagner le port de Malte. Le capitaine du Timoléon brûla son vaisseau pour ne pas le rendre : les neuf autres tombèrent au pouvoir des Anglais. Cette victoire, qui isolait entièrement l'armée d'Égypte, couvrit de gloire le vainqueur : mais, quelque habile que fût sa manœuvre pour envelopper la droite de l'escadre française, on ne peut disconvenir que les fautes de son adversaire ne l'aient aussi bien servi que ses talents. L'amiral Brueys en commit une très-grande, en recevant le combat sans mettre à la voile : et si, au milieu de la nuit du 1" au 2, son arrière-garde, imitant les Anglais, fût venue les placer entre deux feux, qui pourrait affirmer que ce mouvement n'eût pas fait changer la face des affaires ? Bonaparte supporta ce malheur avec courage ; sa sérénité parvint à écarter tout sentiment d'inquiétude de l'esprit des soldats : toutefois, cette victoire servit à merveille les Anglais, qui déjà travaillaient à rompre l'alliance de la Porte avec la république. Leur ambassadeur, appuyé par celui de Russie, représental'expédition d'Égypte comme une violation du droit des gens. Le chargé d'affaires, Ruffin, sans instructions du Directoire, ne put détourner l'orage : et, lorsque Descorches, ce remplaçant tardif de Talleyrand, se présenta, la Porte refusa de le recevoir. Elle venait d'apprendre la destruction de la flotte française à Aboukir, et négociait un traité d'alliance avec l'Angleterre et la Russie. La déclaration de guerre à la France avait déjà précédé ces mesures; car, dès le 30 août, parut avec le manifeste (1), un firman qui ordonnait le rassemblement d'une armée destinée à reconquérir l'Égypte. Le chargé d'affaires Ruffin fut, comme de coutume, la première victime de ce démêlé politique : on le renferma aux Sept-Tours avec tous les employés de la légation. Le grand-visir Mehéme Pacha, fut déposé et remplacé par Jussuf-Pacha. A quelques jours de là, une escadre russe de 12

(1)Au nombre des griefs contenus dans cette pièce, la Porte reprochait surtout la conduite cauteleuse du minis . tre Talleyrand, qui assurait à l'ambassadeur de la Porte

vaisseaux ou frégates, sortie des ports de la Crimée, passa le détroit des Dardanelles pour entrer dans la Méditerrannée , aux acclamations des Turcs, qui y joignirent aussitôt leurs vaisseaux disponibles. De retour au Caire après son expédition contre Ibrahim, Bonaparte chargea Desaix de chasser Mourad de la haute Égypte. Ce général quitta, le 23 août, la position retranchée qu'il occupait en avant de Giseh, et embarqua sur quelques bâtiments armées en guerre, sa division, forte d'environ 3,000 hommes. Après une navigation de douze jours, il apprit à Abou-Girgeh, qu'un convoi de douze djermes chargées de vivres et de munitions, se trouvait à Richnésé, sous la garde d'un faible corps de mameluks. Il fit aussitôt débarquer un bataillon; et, nonobstant les difficultés que lui présentait l'inondation du pays, il atteignit le convoi au moment où il entrait dans le canal de Joseph. Les Arabes et les mameluks dispersés en un clin d'œil, abandonnèrent sept pièces de canon et tous leurs vivres. Alors la division française remonta le Nil jusqu'à la hauteur de Siout, chassant toujours devant elle la flottille ennemie. Desaix, informé que de forts détachements occupaient les environs, se mit à leur poursuite : mais ils lui échappèrent, et se réunirent à Mourad-Bey, lequel étant parvenu à rassembler 4,000 mameluks et 8,000 Arabes près de Fayoum, se disposait à marcher à la rencontre des Français. Peu intimidés par le nombre, ceux-ci, malgré les difficultés de la navigation et les pertes occasionnées par les maladies, lui épargnèrent la moitié du chemin. Le 4 octobre, ils débarquèrent près de Mansourah, nonobstant une fusillade assez vive des mameluks. Desaix, après avoir formé sa division en carrés sur lesbords du canal de Joseph, pour protéger la navigation de la flottille, s'avança, le 6, auprès du village de Sédiman, où Mourad s'était porté. Sa cavalerie couvrait la plaine, et le village était défendu par des retranchements garnis de fellahs. Les troupes, harassées de fatigue, prirent quelques heures de repos; et,

à Paris, que l'expédition, loin de la menacer, était uniquement dirigée contre l'ordre de Malte, le plus ancien de ses ennemis,

le 7, au matin, Desaix marcha dans l'ordre de la veille, si ce n'est qu'il plaça sur les flancs deux petits carrés de 200 hommes pour éloigner les mameluks, ou amortir l'impétuosité de leur première charge. Ceux-ci s'ébranlent, enveloppent les carrés, et en chargent avec furie toutes les faces : mais leur rage est impuissante; l'artillerie et la mousqueterie vomissent la mort dans leurs escadrons ; et les plus braves cavaliers viennent expirer sous les baïonnettes. Le peloton de droite, attaqué avec le plus de fureur, accablé par le nombre, cède et se replie sur sa division, après avoir fait payer cher à l'ennemi ce succès momentané. Mourad-Bey, reconnaissant enfin qu'il ne viendrait pas à bout de cette redoutable infanterie, fait retirer ses mameluks, et démasque quatre pièces de canon, qui commencent un feu d'autant plus meurtrier que les rangs sont épais. Desaix n'a qu'un moyen d'échapper au danger : la charge bat ;il marche sur la batterie : mais, à peine a-t-il fait quelques pas, que les mameluks décrivent un quart de conversion, tombent sur les blessés français, et les massacrent impitoyablement. Ce spectable transporte les troupes de fureur : elles se précipitent sur les batteries, taillent en pièces ceux qui les défendent, et s'emparent de l'artillerie et des bagages. Les mameluks épouvantés, gagnent le désert. Cette victoire dispersa entièrement l'armée de Mourad-Bey; mais elle coûta cher à la division française : 340 soldats y perdirent la vie, et 150 y furent blessés. Ces derniers furent sur - le-champ dirigés sur le Caire, où l'on avait déjà renvoyé 400 hommes atteints d'ophthalmie. Ainsi affaibli, Desaix se décida à ne rien entreprendre qu'il n'eût reçu des renforts. Il commença à organiser administrativement les provinces conquises, y leva des impôts pour acquitter la solde, et forma des magasins de subsistances. Pendant que cette division soumettait la haute Égypte, le reste de l'armée française jouissait dans ses cantonnements d'un repos quin'était interrompu que par des émeutes de villages qu'on réprimait sans peine. On fortifiait les bouches du Nil et les côtes de la Méditerranée ; les savants exploraient le pays, en décrivaient les antiquités ; élevaient ou dirigeaient les établissements qui devaient rendre à l'Égypte sa splendeur première. De son côté,

Bonaparte, instruit déjà des préparatifs hostiles de la Porte, faisait en silence des dispositions pour porter en Syrie le théâtre de la guerre. Ces opérations furent un instant troublées par la rébellion du Caire. Depuis l'entrée des Français, la plus grande tranquillité avait régné dans cette ville immense, où Mourad et Ibrahim avaient conservé des intelligences. Malgré leur expulsion de la basse Égypte, ces deux beys exerçaient encore une grande influence sur l'esprit des habitants des campagnes. Ils s'en servirent pour exciter la révolte de la capitale. Les premiers symptômes d'insurrection se manifestèrent dans la journée du 22 octobre. Le commandant de la place, Dupuis, qui sortit le matin avec une faible escorte pour dissiper les mutins, fut victime de son zèle, et tomba percé de coups, avec tous ceux qui l'accompagnaient. Ce massacre fut le signal de celui de tous les Français isolés. Bonaparte était absent : mais, instruit bientôt de tout ce qui se passait, il rentre au Caire; expédie aux troupes les plus voisines l'ordre de s'y rendre, et fait braquer de l'artillerie sur les places publiques, ainsi qu'à l'entrée des principales rues. Le général Dommartin établit une batterie de quatre pièces de canon sur une hauteur qui domine la grande mosquée, où s'étaient retirés la plupart des rebelles. Les troupes passèrent la nuit sous les armes. Le matin, les Arabes s'étant présentés aux portes, dans l'espoir de prêter la main aux insurgés, le général Vaux les culbuta dans l'inondation. La lutte fut plus longue dans l'intérieur : il fallut enlever chaque rue de vive force, et presque toutes les maisons furent disputées. Les rebelles étant enfin rejetés sur la grande mosquée, les batteries de la citadelle et des hauteurs commencèrent à jouer, et eurent bientôt incendié ce quartier. Au moment d'être passés au fil de l'épée, les insurgés implorèrent la clémence du vainqueur, qui leur accorda une amnistie : et, le 24 , il ne restait d'autres vestiges de cette terrible sédition, que les décombres fumants des édifices qui avaient servi de refuge aux malheureux aveuglés par le fanatisme, ou séduits par les promesses des beys. Quittons maintenant une contrée où règne un calme précurseur degrands événements, et passons

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Affaires maritimes et coloniales. — Tentatives des Français sur les îles Saint-Marcouf, et des Anglais sur Ostende. — Insurrection de l'Irlande. — Débarquement de 1,5oo Français dans cette île. — Lord Cornwalis y est envoyé avec des forces imposantes. — Le général Humbert, après la plus valeureuse résistance, est forcé de capituler. — Une expédition plus nombreuse, partie trop tard de Brest sous les ordres du général Hardy est prise dans la traversée. — Les Anglais voulant assurer leur supériorité dans la Méditerranée, s'emparent de Minorque. — Ils évacuent Saint-Domingue.—État de cette colonie où le Directoire vient d'envoyer le général Hédouville.—Toussaint, qu'on soupçonne d'accord avec les Anglais, le force à se rembarquer.

La formation de l'armée d'Angleterre, à la fin de 1797, sous le commandement de Bonaparte, n'avait été qu'un stratagème pour donner le change sur l'expédition d'Égypte : bien qu'à cette époque le comité de l'union irlandaise sollicitât vivement le Directoire de lui fournir quelques secours, aucun événement digne de remarque ne se passa dans la Manche durant cette campagne. Nous n'en excepterons pas même les deux tentatives sur les îles de Saint-Marcouf, d'où les Anglais gênaient le cabotage entre le Havre et Cherbourg. Le capitaine Muskein, avec une flottille de bateaux plats, fut chargé de cette expédition, qui échoua complétement. Une seconde tentative, dirigée par le contre-amiral Lacrosse, n'ayant pas été plus heureuse, l'on renonça à cette entreprise, qui d'ailleurs n'avait rien d'important.

Cependant les Anglais, inquiets des mouvements maritimes qu'ils observaient dans tous les ports de France, cherchaient à ruiner les flottilles qu'on y réunissait. Déjà ils avaient jeté quelques bombes dans le Havre, lorsqu'ils apprirent qu'une grande quantité de bâtiments de transport, fournis par la république batave, devait gagner Ostende par les canaux de l'intérieur afin d'éviter leurs croisières.

Sir Home Popham partit aussitôt des Dunes avec une flottille de 35 à 40 bâtiments, frégates, canonnières, corvettes ou bombardes, portant environ 2,000 hommes commandés par le général Coote. Les instructions de cet officier étaient de détruire tous les bâtiments réunis dans le port d'Ostende, et de faire sauter l'écluse de Slyckens, qui joint le canal de Bruges à la mer. Le 19 mai, à une heure du matin, la flottille mouilla au large d'Ostende, débarqua sans obstacle les troupes de terre et six pièces de canon ;. et, pendant que la faible garnison de la ville était occupée par le feu continuel des navires, Coote se porta sur l'écluse qu'il détruisit. Instruit qu'on rassemblait de toutes parts des forces pour l'assaillir, il voulut se rembarquer, mais le vent était changé, la mer orageuse, et les canots ne purent approcher du rivage. Forcé alors de différer sa retraite, Coote prit position sur les dunes, et somma le commandant d'Ostende d'ouvrir ses portes. On ne répondit point à cette sommation dérisoire; et, sur ces entrefaites, arriva le commandant de Bruges, avec un bataillon du 46° régiment et quelques centaines de soldats qu'il avait rassemblés sur la route. Attaqués, le 20, avec vigueur, les Anglais perdirent 200 hommes en quelques instants. Leur général, privé de vivres et de munitions, et sentant l'impossibilité d'être secouru par la flottille que le mauvais temps avait obligé de prendre le large, se rendit prisonnier avec 17 à 1,800 hommes. Maltraités sur le continent, les Anglais eurent plus de bonheur en Irlande, où depuis longtemps ils étaient menacés du double danger d'une insurrection et d'une descente. La victoire de Camperduyn, en détruisant le

projet des Irlandais-Unis, n'avait pas anéanti leurs espérances. Le feu couvait sous la cendre, et les chefs de cette redoutable association n'attendaient qu'une occasion favorable de courir aux armes Pendant que leurs agents secrets redoublaient d'efforts pour stimuler l'inconcevable apathie du Di rectoire, le ministère anglais plus sage, sans révo quer en doute la possibilité d'un débarquement, prenait toutes les mesures capables d'en prévenir les suites : les troupes stationnées en Irlande, reçurent des renforts; et l'on adressa les instructions les plus sévères aux commandants des provinces Quelques mouvements insurrectionnels dans le Leinster, dans les comtés de Kildare et de Wiclow, dans ceux du Roi et de la Reine, à Dublin même, servirent de prétexte aux généraux anglais pour employer les voies de rigueur : des colonnes mobiles battirent le pays dans tous les sens, pour désarmer les habitants : des contributions énormes furent frappées; et l'on transforma en casernes les maisons des premiers magistrats et des personnes les plus distinguées. Des expéditions de ce genre relâchèrent singulièrement la discipline ; bientôt, les soldats anglais se portèrent aux derniers excès. Les malheureux Irlandais virent piller et dévaster leurs habitations; leurs femmes et leurs filles, obligées de chercher dans les bois un refuge contre la brutalité d'une soldatesque effrénée, ne l'y trouvaient pas toujours. La licence fut telle, qu'Abercrombie, général en chef de l'armée anglaise, se démit de son commandement au mois de février, en consignant les motifs de sa retraite, dans une proclamation. Les chefs de l'union profitaient de la conduite barbare de leurs ennemis, pour fomenter l'esprit de résistance. Quelques avis reçus de France leur ayant fait espérer de prompts secours, ils se réunirent à Dublin, pour concerter une levée générale de boucliers. Mais le gouvernement, ayant surpris le secret de la conjuration à force d'or et de promesses, éclaira toutes leurs démarches, et dans les journées des 12et 13mars, fit arrêter lord Édouard Fitz-Gerald, le docteur Mac-Tevon, le conseiller Emmet, et 14 autres membres du directoire de l'union. Il jaillit de leurs papiers des lumières trèsvives sur leurs relations avec la France, et les plans qu'ils étaient au moment d'exécuter. Lord Cambden, lieutenant d'Irlande, en proclamant alors la loi martiale, ordonna un désarmement général. Les emprisonnements, les déportations, les exécutions militaires, furent les suites naturelles de ces mesures. Privée de ses chefs qui étaient en fuite ou plongés dans les prisons d'État, l'union choisit un nouveau directoire ; mais le vice-roi ayant été instruit de ses démarches, parvint à les neutraliser. Toutefois le peuple, cédant à sa haine contre les Anglais, n'en prit pas moins les armes dans plusieurs provinces. Un rassemblement considérable

dans le comté de Tiperary, attaqua avec fureur les 1

troupes royales à Hoslicross, et n'abandonna le champ de bataille qu'après une lutte sanglante.Ce combat fit sentir aux insurgés que la valeur et le patriotisme ne pouvaient suppléer au dénûment absolu de munitions; et, dès lors, ils se déterminèrent à faire une guerre de partisans. L'Irlande présenta un instant l'image fidèle de la Vendée : à l'approche des colonnes anglaises, les hommes abandonnaient leurs habitations pour se retirer dans les marais ou des bois inaccessibles. La campagne n'était-elle battue que par de faibles détachements ? Ils sortaient en foule de leurs retraites pour envelopper l'ennemi, qu'ils massacraient sans pitié. Dans les cantons du Sud et du centre, toutes les communications étaient interceptées : les insurgés profitaient des ténèbres de la nuit pour assaillir les cantonnements anglais. On sent quels immenses avantages ce genre de guerre et la parfaite connaissance des localités devaient leur procurer, dans un pays coupé de ravins, de marais, de bois et de montagnes, comme cette île. Le gouvernement, irrité, étendit son système de terreur. L'activité des cours prévôtales devint bientôt si monstrueuse, que les chefs échappés aux poursuites du vice-roi, n'ayant d'autre alternative que la guerre ou l'échafaud, résolurent de ne pas attendre les troupes françaises, pour provoquer une révolte générale. L'explosion fut fixée à la nuit du 23 mai. Le nord ct le midi de l'Irlande devaient prendre les armes; et le château de Dublin, le camp de Lehaunstown, et le parc d'artillerie de Chepellisot, être assaillis et enlevés simultanément. Ce plan futdéjoué en partie, par la surveillance des autorités royales, qui firent saisir, dès le 18, plusieurs chefs des insurgés, et mirent à l'abri de toute insulte les différents points menacés. Les forces anglaises, en Irlande, étaient d'ailleurs plus que suffisantes pour rassurer le gouvernement; car, outre 20,000 hommes de troupes réglées, la milice dévouée au gouvernement s'élevait à près de 40,000. Les arrestations de Dublin n'empêchèrent pas la révolte d'éclater : l'impulsion avait été donnée, et partout, les troupes royales furent attaquées. Le 25, une masse d'insurgés se porta sur un corps de milices qui couvrait Wexford et Enniscorthy,

et le tailla en pièces. Les vainqueurs enlevèrent eette dernière ville de vive force ; et deux jours après, ayant battu le général Faucett, ils entrèrent dans Wexford, où ils trouvèrent plusieurs pièces de canon. La possession de cette ville leur procura un point assuré de communication avec la France. Mais alors le défaut d'ensemble se fit apercevoir : victorieux sur un point, les insurgés furent défaits et battus sur plusieurs autres : pendant qu'ils obtenaient quelques succès dans le comté de Wexford, ils étaient battus à Carlow et à Kildare, par le général Oleff, chargé de rétablir les communications de Dublin ; après avoir soutenu à Kilkullen une lutte glorieuse contre le général Lacke, ils échouèrent devant Newtonbarry. Le fâcheux résultat de toutes ces affaires les ramena au système qu'ils n'auraient point dû quitter. Sentant qu'ils ne pouvaient obtenir d'avantages en rase campagne contre des troupes régulières, ils n'engagèrent plus que des affaires partielles, autant pour s'aguerrir, que pour gagner le temps de se procurer les armes qui leur manquaient. En effet, la plupart n'avaient encore que des piques : la pénurie des munitions était si grande, que l'on convertit en balles les cercueils de plomb trouvés dans les églises. Quoique les troupes anglaises combattissent avec courage, leurs avantages journaliers étaient loin de compenser les pertes, au prix desquelles elles les achetaient. Si les Irlandais n'eussent point dévié de ce système de guerre, la lutte n'aurait pas eu de terme.Un moment de prospérité amena leur ruine. Le 4 juin, ils détruisirent entièrement, près de la montagne de Slicwebuy, un gros détachement commandé par le colonel Walpole, et s'emparèrent de cinq pièces de canon. Enflé par ce succès , Bagnal-Harvey , qui était à la tête des insurgés, vint le lendemain attaquer le général Towstone, campé devant Newross. Les deux partis se battirent avec un égal acharnement, et la ville fut prise et reprise plusieurs fois; enfin, la fortune se déclarapour les Anglais. Les insurgés furent entièrement défaits, et laissèrent sur le champ de bataille, 3,000 morts et 18 pièces de canon. Cette bataille porta un coup mortel au parti de l'union.Les habitants du nordde l'Irlande, effrayés de ce revers, ne firent que de faibles efforts ; ceux

des comtés de Down et d'Antrim, qui avaient généralement pris les armes, furent, après quelques légers succès, battus à Ballynahink, et obligés de se soumettre au général Nugent. L'insurrection, ne conserva de consistance que dans le Sud-Ouest, où elle se concentra dans le comté de Wexford. Les Irlandais, comptant toujours sur le prochain appui de la France, avaient réuni toutes leurs forces auprès d'Enniscorthy, pour couvrir les ports dont ils étaient maîtres. On portait leur nombre à 12,000 hommes, et c'était Bagnal-Harvey qui les commandait. Malgré la force de leur position, le général Lacke, disposant d'environ 10,000 hommes, entreprit de les en chasser ; et, secondé par une escadrille qui croisa devant Wexford pour enlever à l'ennemi tout moyen de secours ou de retraite, il fit attaquer le camp le 21. Les insurgés se défendirent avec le courage du désespoir : finalement, le poste d'Enniscorthy fut enlevé, et ils battirent en retraite sur plusieurs directions, laissant au pouvoir des troupes royales 13 bouches à feu et presque toutes leurs munitions. Le général Moore fut alors dirigé sur Wexford, dont il s'empara sans peine, et où il captura Bagnal-Harvey, qui fut aussitôt livré à une commission militaire et exécuté. Les combats de Kilkonnel, de Clonard , de Longwood et d'Ardée, achevèrent la dispersion des débris échappés à l'affaire du 21 juin. Poursuivis sans relâche par des colonnes mobiles, les Irlandais se virent forcés d'abandonner la campagne, pour se réfugier dans leurs retraites. Le marquis de Cornwallis, investi de pouvoirs illimités, venait de remplacer lord Cambden. Le nouveau vice-roi employa, pour pacifier ces malheureuses contrées, les moyens dont le général Hoche s'était servi dans la Vendée avec tant de succès; il accorda des lettres de grâce à quelques chefs qui se trouvaient encore dans les prisons du gouvernement, sous la seule condition de découvrir les projets et les ressources de l'association ; une amnistie fut promise à ceux qui déposeraient les armes. Ces mesures furent couronnées du plus heureux succès : les insurgés rentrèrent en foule dans leurs foyers : les principaux d'entre eux obtinrent la faculté de se retirer dans les pays qui n'étaient pas en guerre avec l'Angleterre; en sorte

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