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une paix dont le colonel Reding communiqua les conditions à la dernière assemblée populaire qui se tint à Schwitz. Ces montagnards hésitèrent longtemps à les accepter. Quelques-uns d'entre eux proposèrent de n'entrer en négociation que lorsque les de ux tiers de la population auraient succombé : et l'on allait adopter cette résolution dés| espérée, lorsqu'un ecclésiastique, qui était loin de partager l'exaltation de ses confrères, essaya de ramener l'assemblée à des sentiments plus modérés. Son éloquence et la grande confiance que le peuple avait en lui, radoucit les plus furieux ; et l'on signa, le 4 mai, une convention, où l'on s'engageait à reconnaître la nouvelle constitution. Les Français, de leur côté, devaient laisser aux habitants des petits cantons, leurs armes et le li' bre exercice de leur culte, n'exiger aucune contribution, et s'éloigner de leurs frontières. Les cantons d'Uri et d'Unterwalden déposèrent leurs armes aux mêmes conditions. Les colonnes qui venaient de les forcer à la paix, furent dirigées par le général Schawembourg sur Appenzel, Saint-Gal et Sargans, où la division des habitants faisait craindre de nouveaux troubles. Les dissidents étaient assez nombreux; mais l'arrivée des troupes les fit rentrer dans l'ordre : les trois autres cantons furent entièrement soumis , et envoyèrent leurs députés à Arau. Berne, Soleure, Fribourg, ainsi que les petits États démocratiques, avaient donc été réduits par la force. L'Argovie, Bâle et le pays de Vaud avaient accepté volontairement la nouvelle constitution : mais nulle part elle n'avait été accueillie avec autant d'enthousiasme que dans le Valais : et cependant, cette contrée ne fut pas exempte de troubles. L'influence des moines et des prêtres parvint, sur la fin du mois d'avril, à changer la direction de l'opinion, non dans le bas Valais, attaché par sa langue et ses mœurs au parti Vaudois, mais dans les hautes vallées où les paysans allemands tenaient beaucoup à l'ancien ordre de choses. Les premiers symptômes d'insurrection se manifestèrent dans le dixain de Raron. On s'occupait de l'organisation des autorités constitutionnelles, et déjà les députés à l'assemblée générale d'Arau étaient sur le point de se rendre à leur poste, lorsque les habitants du dixain de Conches se réunirent à ceux

de Leuck et aux mécontents de Raron , et formèrent ainsi un rassemblement de 4 à 5,000 hommes, qui se dirigea sur Sion. Le résident français Mangourit, et la régence provisoire, n'ayant aucune force à leur opposer, furent contraints d'abandonner cette ville, et de se retirer à Saint-Maurice, en attendant les secours qu'ils demandèrent au canton du Léman. Le général de brigade Lorges se mit aussitôt à la tête de 700 Vaudois et d'autant de Français qui se rendaient en Italie par Lausanne, et marcha avec six pièces de canon sur le Valais. A son arrivée dans cette province, un renfort de patriotes ayant porté sa colonne à 2,000 hommes , il se dirigea sur Sion dont les rebelles s'étaient rendus maîtres. Le 7 mai, il se trouva en présence de l'ennemi, qui s'était retranché derrière le pont de la Morge. Le général fit aussitôt entrer dans l'eau une partie de ses troupes pour tourner la position; mais deux fois l'opiniâtre résistance des Valaisans fit échouer cette tentative. Le fanatisme qui les animait, était si grand que les crétins eux-mêmes, ces êtres stupides et disgraciés, qui ne tiennent à l'espèce humaine que par les besoins physiques de la vie , semblèrent avoir recouvré toute leur intelligence. Il n'y eut pas un poste qui ne fût défendu avec intrépidité. Enfin, la tactique et la discipline l'emportèrent sur le nombre : les insurgés furent délogés, et culbutés en désordre sur Sion. Lorges les suivit de près, et se disposait à les attaquer de nouveau, lorsqu'ils arborèrent le drapeau blanc. Il fit avancer quelques troupes pour prendre possession de la ville; mais, au moment où cette avant-garde paraissait sous les murs, un malentendu provoqua de nouvelles hostilités, et les batteries venant à faire feu, lui causèrent quelque perte. Les soldats auxquels on présenta cet incident comme une trahison, transportés de fureur, demandèrent l'assaut à grands cris : en un clin d'œil les murailles furent escaladées; et le peu d'insurgés qui se trouvaient encore dans la place avec les armes à la main, furent passés au fil de l'épée ; la ville eut à souffrir du pillage inévitable dans les combats. De Sion, le général Lorges se porta par Brieg sur Conches , où l'on avait arboré d'abord l'éten

dard de la révolte; mais il ne trouva plus d'ennemis à combattre : découragés par leur défaite, les paysans se soumirent, et acceptèrent la constitution. Les bailliages italiens venaient enfin de se déclarer pour l'Helvétie. Ainsi, à la fin de mai, le plan du gouvernement français avait reçu son exécution; car à l'exception des Grisons qui hésitaient encore, de Genève et de Mulhausen réunis à la France, tous les cantons de la Suisse, leurs alliés ou sujets, étaient définitivement constitués en république helvétique, une et indivisible. Mais quoique délivré des calamités de la guerre, ce pays était loin du terme de ses malheurs : indépendamment de l'entretien de l'armée française et des contributions énormes déjà levées, la Suisse se vit bientôt frappée d'une foule de réquisitions arbitraires qui achevèrent de ruiner ses dernières ressources. L'agent diplomatique Mengaud, ayant été remplacé par Rapinat, celui-ci inonda le pays d'une foule de commissaires subalternes, qui, fidèles à leurs instructions, le dévastèrent autant pour leur propre compte, que pour celui du gouvernement français. Le directoire helvétique réclama en vain contre ce système : les déprédateurs ne s'arrêtèrent que lorsqu'il n'y eut plus rien à enlever. Une conduite aussi impolitique amena quelques soulèvements; mais ces efforts décousus ne pouvaient changer les choses de face; et la présence de quelques colonnes mobiles fit facilement rentrer les mécontents dans l'obéissance. Leurs principaux chefs se retirèrent dans les villes forestières et en Souabe, où, secrètement accueillis par l'Autriche, ils attirèrent nombre d'individus de tout rang, dont la cour de Londres ne tarda pas à former un corps à sa solde. Dans ces entrefaites, une négociation d'un intérêt majeur venait de s'ouvrir entre la France et l'Autriche. Le Directoire avait à réclamer des satisfactions pour l'affront fait à Bernadotte ; et l'Autriche ne se croyait pas moins fondée à demander au gouvernement français des explications sur sa conduite. Le cabinet de Vienne proposa donc des conférences, qui eurent effectivement lieu à Selz près Weissembourg, entre l'ex-directeur François de Neufchâteau et le comte de Cobentzel, auquel le baron de Thugut venait de remettre le portefeuille des relations étrangères.

Le silence qui a été gardé des deux côtés sur la marche de ces conférences, a donné lieu à mille conjectures. On a prétendu qu'elles servirent de prétextes pour cacher des négociations d'une toute autre importance, et cela est assez vraisemblable; car il ne fallait pas deux mois de pourparlers pour justifier la cour de Vienne d'un accident tumultueux qu'il lui suffisait de désavouer. D'ailleurs, il paraît que la France avait, de son côté, d'autres satisfactions à donner relativement à l'invasion de la Suisse et de Rome ; événements trop importants pour ne pas amener de graves explications avec l'Empereur. Enfin l'Autriche avait à réclamer l'exécution de l'article du traité de Campo-Formio, qui lui assurait l'Innviertel, qu'on faisait actuellement difficulté de lui céder. Ces négociations mystérieuses qe furent pas, au reste, les seules que le Directoire suivit à cette époque. On sait que le traité d'alliance et de neutralité conclu par les Etats-Unis avec l'Angleterre, lui ayant offert un prétexte spécieux de rupture avec cette première puissance, il le saisit avec empressement et délivra à prix d'argent, sans délibération préalable des lettres de marque pour courir sur des bâtiments américains, dont un grand nombre furent capturés dans les deux parties du monde par les corsaires français. Avant d'user de représailles, le congrès envoya en France trois plénipotentiaires pour terminer à l'amiable les diffé

rends survenus entre les deux républiques. Les

directeurs interprétèrent mal cette démarche, et crurent le congrés frappé d'épouvante : ils refusèrent donc de recevoir les plénipotentiaires, en leur faisant insinuer par des agents subalternes, que si les États-Unis n'étaient pas disposés à prêter 80 millions en espèces, le seul moyen d'obtenir une audience et d'être favorablement écoutés, était de verser entre les mains du ministre des afo faires étrangères une somme de quinze cent mille francs, pour être répartie entre lui et quatre directeurs. Cette proposition révolta les plénipotentiaires américains, qui quittèrent aussitôt Paris, préférant encore la guerre à la honte de marchander l'honneur de leur pays : ils signalèrent cette félonie; et le ministre se justifia en désavouant des agents qui ne furent pourtant point punis. Le Directoire se dédommagea de l'espèce de

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résistance qu'il éprouva de côté, en exerçant le cours de ses spoliations sur les faibles puissances qui l'avoisinaient. L'éloignement des villes anséatiques, leur neutralité si favorable au commerce français, la protection dont la Prusse les couvrait, ne purent les mettre à l'abri de ses exactions. A · chaque instant leurs navires étaient confisqués sur des contraventions imaginaires ; et leur pavillon ne put naviguer et aborder en sûreté dans les ports de France, qu'après avoir payé clandestinement, de plusieurs millions, le droit de s'y montrer. Les opérations financières du gouvernement français n'étaient qu'une diversion à des combimaisons plus vastes; il aspirait à enchaîner plus étroitement les gouvernements qui marchaient dans le même système, ou à bouleverser ceux qui s'en écartaient. Comme il portait particulièrement ses vues sur le Piémont et la Suisse, il s'attacha principalement à s'impatroniser , par des traités d'alliance offensive et défensive, dans la Cisalpine et la Ligurie qui les avoisinaient. La première fut forcée à recevoir garnison dans ses places, à solder un corps français de 22,000 hommes, et à fournir toutes ses propres troupes en cas de guerre : la seconde s'obligea à tenir à sa disposition un corps de 3,000 hommes de toutes armes. Ces traités contraires aux stipulations de CampoFormio qui faisaient de la Cisalpine une république indépendante, mécontentèrent l'Autriche, qui refusa de recevoir Marescalchi en qualité de ministre d'un État réduit à la condition de province eonquise. Les Lombards n'en furent guère moins indignés, car le conseil des Anciens osa refuser sa sanction au pacte qui rivait leurs chaînes. Le Directoire, hors de lui à cette nouvelle, poussa le despotisme jusqu'à ordonner l'arrestation de 21 membres de ce conseil, et à frapper une contribution de plusieurs millions à titre de punition; mais Berthier, de retour à Milan, parvint à détourner les foudres directoriales, en décidant les conseils à ratifier le traité. L'existence du royaume de Sardaigne entre quatre républiques démocratiques, offusquait les regards du Directoire, qui ne voulait pas se persuader qu'un roi, prêt à lui donner jusqu'à son dernier soldat, serait un allié plus utile qu'une république démagogique, sans cesse déchirée par la guerre ci

vile. Il prétendait ne voir dans ses voisins, que des États républicains formés sur son modèle, et ne cessait d'abreuver Charles-Emmanuel IV d'humiliations et de chagrins. C'était peu de soudoyer dans ses États, des propagandistes de doctrines révolutionnaires; d'exciter le peuple au mécontentement, en provoquant des mesures fiscales par une rapacité sans égale : les directeurs, impatients d'arriver plus tôt à leurs fins, lui suscitèrent pour ennemis les Liguriens, en les leurrant de l'espoir de partager avec eux les dépouilles de ce royaume. Ces indignes menées eurent leur plein effet. Les révolutionnaires piémontais, sûrs de l'appui des Français et des Génois, levèrent le masque, et se rassemblèrent dans les vallées du Tanaro et de Bormida, au nombre de 6,000 hommes, attaquèrent un corps envoyé contre eux à Carossio, le battirent, et s'emparèrent de Serravalle, d'où ils se mirent en communication avec les Génois. Loano et Oneille furent aussi le théâtre de quelques engagements; et les révoltés tentèrent même de surprendre Alexandrie. Ces échecs, doublés encore par la peur, jetèrent la cour de Turin dans la plus grande consternation. Le roi ne voyant pas, ou affectant de ne pas voir dans ces événements, la main des Français, implora l'assistance du général Brune, qui commandait alors l'armée d'Italie. Mais celui-ci, feignant de son côté de ne pas croire aux dangers de l'infortuné monarque, et d'avoir tout à craindre de sa duplicité, demanda la citadelle de Turin comme gage de sa bonne foi; ce qui lui fut accordé par un traité du 28 juin. A ce prix, Charles-Emmanuel obtint quelques mois d'un repos trompeur, avant-coureur de la dernière disgrâce d'une tête couronnée. Les propositions qu'on dit avoir été faites à cette époque pour le partage du Piémont, en échange de ce qu'on rendrait à l'Autriche sur l'Adda ou l'Oglio, expliqueraient peut-être cette singulière prise de possession, dont le temps seul dévoilera la véritable cause. Dans ces entrefaites, le congrès de Rastadt avait cheminé plus promptement qu'on n'aurait pu s'y attendre, vers l'accomplissement de sa tâche. Les débats ouverts, dès le milieu de janvier 1798, sous la présidence du comte de Metternich , avaient roulé quelque temps sur la cession de la rive gauche du Rhin, qui éprouva de légers obstacles : les princes allemands demandaient à connaître les articles secrets convenus entre l'Autriche et la France; communication que le ministre de François II refusait. La députation de l'Empire n'était pas plus heureuse avec la république, à qui elle demandait d'exposer simultanément toutes ses prétentions. Cependant, les députés des cercles n'avaient pas seulement à prononcer sur ces abandons de territoire, il fallait trouver dans les sécularisations, ou dans l'usurpation des villes impériales, les moyens de satisfaire les principales puissances, et d'indemniser la maison d'Orange, travail long, minutieux, et soumis à une foule de difficultés. Malgré cela, la cession de la rive gauche du Rhin était consentie, au moment où l'événement de Bernadotte à Vienne vint jeter du froid entre les deux puissances qui se disputaient le morcellement de l'antique Germanie. La Prusse ayant mis peu après des restrictions à l'abandon de quelques districts du département de la Roër, on aurait pu inférer de sa conduite, que les événements du midi de l'Europe commençaient à lui inspirer des craintes contre le gouvernement français. Le Directoire crut devoir prévenir les suites fâcheuses qu'entraînerait un changement de politique du cabinet de Berlin, en lui envoyant Sieyes, dont la finesse égalait les talents, et qui tenait alors un des premiers rangs parmi les hommes chargés des destins de la France. Ses instructions ne sont pas connues, mais tout porte à croire qu'il devait rassurer le gouvernement prussien sur les événements de Suisse, et sur les indemnités en Allemagne, L'ultimatum des ministres français relativement à la navigation du Rhin, à la démolition de Cassel et de Kehl, fut accepté malgré quelque dissidence : et, les sécularisations ayant été également admises en principes, tout s'acheminait vers l'heureux accomplissement de la paix ; lorsqu'un incident vint troubler ces apparences, et dévoiler à l'Europe l'existence d'une seconde coalition. Avant d'en rendre compte, il est temps de tourner nos regards sur ces nouveaux Argonautes, qui, laissant leur patrie couverte des lauriers qu'ils venaient de cueillir, faisaient voile vers les bouches du Nil,

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L'Asie qui, depuis la paix de Seringapatnam, jouissait d'un calme assez rare dans ces contrées, fut appelée à jouer cette année une scène dans le drame sanglant de la révolution française. Mais, pour rendre les événements qui la motivèrent plus intelligibles à ceux de nos lecteurs qui ne les auraient pas suivis, on ne trouvera pas mauvais que nous reprenions les choses de plus loin. Le prince tartare Aureng-Zeb, contemporain de Louis XIV, étendant les conquêtes de ses prédécesseurs, fonda, au milieu de l'Inde, l'empire Mogol, dont la population ne s'élevait pas à moins de 50,000,000 d'habitants. Riche d'un revenu de 900 millions, et capable de mettre 800,000 hommes sur pied, cet empire était divisé en un grand nombre de provinces gouvernées par des soubabs et des nababs. Ce conquérant mourut en 1707, et telle est la misérable condition de ces dynasties despotiques de l'Orient, que quarante ans étaient à peine révolus, quand ses successeurs, en guerre d'un côté avec leurs vassaux, assaillis de l'autre par les Persans sous le terrible Thamas Kouli Kan, harcelés enfin par les Marattes, furent réduits à implorer l'appui des Européens en leur abandonnant quelques provinces. On ne saurait tracer une esquisse satisfaisante des bouleversements qui se succédèrent dans la presqu'ile du Gange durant les 50 dernières années : ces révolutions, qui portent un cachet tout particulier, semblent plutôt appartenir aux contes des Mille et une nuits, qu'à l'histoire. L'élévation ou la chute d'une foule de petits despotes changeait à chaque instant les limites des États (1); mais à travers ces déchirements, il suffira de sai sir l'ensemble des faits principaux, pour donner un aperçu de la situation de l'Inde à l'époque des premières guerres de la révolution. Ce ne fut qu'au milieu du xvIII° siècle que la compagnie anglaise, s'opposant au système que l'habile Dupleix avait voulu déployer pour la France, prit part, pour la première fois, dans les querelles des princes de ces contrées. Ici, comme en Europe, la politique britannique s'appliqua à diviser pour régner; habile à soutenir tour à tour les princes hindous contre les musulmans et les Tartares de la dynastie mogole, ou à combattre en faveur de ces derniers contre les naturels du pays, dès que ceux-ci se montraient trop puissants, cette société parvint à s'approprier successivement les portions les plus importantes du territoire de ses protégés comme de ses ennemis. A l'époque de la révolution française, cinq États principaux se partageaient l'Inde. Ceux gouvernés par les princes musulmans étaient au sud, le Mysore, obéissant à Tippo-Saheb : au nord, le Mogol, soumis de nom à Schah-Alloun, et de fait à ses grands officiers. Plus loin au nord, ZemanSchah régnait sur les Afgans, habitant le Candahar et le Kaboul. A côté de ce royaume s'étendait celui de Belouchistan, dont les peuples farouches se faisaient redouter. Enfin, au centre de la presqu'ile, on voyait l'empire des Marattes, fondé par Sevaji, prince hindou qui, s'étant maintenu en possession du royaume de Sattarah, parvint ensuite à reprendre la majeure partie des conquêtes des Mogols dans le Décan. Bientôt après sa mort, tous les petits princes tributaires se rendirent indépendants des grands rajahs qui lui succédèrent et dont l'autorité se trouva circonscrite à la forteresse de Sattarah. Tout en feignant de reconnaître les droits de cette famille à la couronne, le Peishwah, son premier ministre, s'empara du pouvoir absolu sur la partie occidentale de la presqu'île, où il fonda le royaume

(1) Nous recommandons à ceux qui désirent s'initier Plus particulièrement dans les affaires de l'Inde, l'His

de Pounah. Madaji-Scindiah en fit autant au nord et à l'est. Cet homme habile, en battant l'armée d'Ismaël-Beg, et secourant Schah-Alloun contre le féroce Golaem-Cadi, parvint à rétablir la prépondérance des Marattes dans les États du Mogol, où il s'empara de toute l'autorité sous le nom de l'empereur, à qui il ne laissa que son palais et un faible revenu, seul héritage de la puissance colossale d'Aureng-Zeb. Madaji-Scindiah avait été secondé dans ses opérations par un corps européen, ou organisé et instruit à l'européenne par les soins d'un officier savoyard nommé de Boigne. Ce chefmaratte mourut en 1794 : et son neveu, Dowlut-Row, sans hériter de ses talents, suivit son système, conserva sa prépondérance sur le Mogol, et parvint même à l'étendre, en 1796, jusque sur les États du Peishwah, en plaçant sur le trône de Pounah, Badje-Row qu'il tenait entièrement sous sa tutelle. Le général Peyron avait succédé à de Boigne dans le commandement de l'armée de Scindiah ; composée de cinq brigades organisées à l'européenne et de 34,000 hommes d'infanterie bien dressée, outre une cavalerie innombrable. Un troisième État maratte, gouverné par le rajah de Berrar, s'étendait au nord du Décan : quoique moins puissant que les deux précédents, c'était un des membres les plus redoutables de la confédération. La famille d'Holkar régnait sur Malwa, et 20 autres petits princes feudataires indépendants de ceux-ci, avaient des diaghirs, espèce de dotations. On voit par là que le peuple maratte formait une confédération nombreuse, semblable à l'empire germanique, dont il ne différait guère que par la force dans les institutions des principaux États qui en faisaient partie, ou par les mutations fréquentes que le régime et les mœurs orientales apportaient dans l'organisation intérieure de chacun d'eux. La confédération hindouse présentait, en effet, le spectacle assez singulier d'un grand rajah héréditaire, possédant de vastes États sans autorité; entouré de deux grands dignitaires, qui, non contents de rendre leurs charges héréditaires,

toire de la chute de Mysore, par Michaud , et la Géographie de Malte-Brun.

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