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Les tristes résultats de l'expédition de IIoche ne firent qu'ajourner les projets du Directoire sur l'Irlande, et, tandis qu'on se réjouissait en Angleterre du désastre de l'escadre républicaine, l'infatigable Truguet s'occupait des moyens de remettre en mer une flotte plus formidable que la première. Son but était toujours le même : il voulait attaquer la puissance anglaise en Europe comme en Asie, et reconquérir pour les alliés de la république, les importants établissements que la guerre leur avait enlevés. La coopération assurée de l'Espagne et de la Hollande lui promettait de brillants succès; mais il avait besoin, pour frapper de grands coups, que les forces maritimes de l'une et l'autre de ces puissances vinssent se réunir à l'escadre de Brest. Les négociations entamées dans cette vue eurent tout le succès désirable. On vit presqu'en même temps sortir une flotte considérable de Carthagène, et l'amiral Rynties rassembler une escadre hollandaise au Texel. L'Espagne surtout aurait pu mettre un poids décisif dans la balance, si l'organisation et la discipline du personnel de la marine eussent répondu au nombre de ses vaisseaux, et si l'or du Pérou et du Mexique leur eût procuré dans les chantiers une meilleure construction. Ces bâtiments de haut bord, objets de l'orgueil et de la prédilection des marins espagnols, étaient, pour la plupart, mauvais marcheurs, et demandaient,

pour être manœuvrés, des officiers plus habiles et plus brave que ceux qui les montaient. Toutefois, la réunion de tant de moyens dans la Manche, eût menacé sérieusement l'Angleterre ; l'Irlande ne tenait plus à elle que par un fil. Il n'y avait pas un instant à perdre pour détourner un péril si imminent : l'amirauté donna l'ordre à l'amiral Duncan de surveiller le Texel ; lord Bridport alla bloquer la rade de Brest ; Jervis fut chargé d'observer les mouvements de la flotte espagnole. Ce dernier, après l'évacuation de la Corse, en octobre 1796 , alla mouiller à l'embouchure du Tage, où il passa l'hiver dans l'incertitude de la destination de l'armée de Brest, qu'on disait généralement être pour le Portugal. Mais informé des préparatifs qui se faisaient dans les ports de Cadix et de Carthagène, et craignant que les Espagnols ne lui échappassent, l'amiral anglais mit à la voile dans les premiers jours de février, et vint croiser sur les côtes sud-est du Portugal avec dix vaisseaux de ligne. L'armée navale espagnole, forte de 27 vaisseaux et de 10 frégates , venait de quitter Carthagène. Don Joseph de Cordova qui la commandait, instruit de la faiblesse de son adversaire, crut trop facilement à la victoire ; et, au lieu d'entrer à Cadix, se dirigea droit vers le cap Saint-Vincent, où il espérait le rencentrer. L'amiral Jervis, renforcé la veille par 5 vaisseaux que le contre-amiral Parker avait amenés d'Angleterre, lui épargna la moitié du chemin. Le 14 février, au matin, les deux escadres furent en présence à 8 milles environ du cap Saint-Vincent. Jervis forma aussitôt la sienne sur deux lignes, et s'avança à toutes voiles sur les Espagnols qu'il atteignit à onze heures. Ceux-ci négligeant les précautions les plus simples, naviguaient sans ordre. A l'approche du danger, ils tentèrent quelques manœuvres pour se réunir; mais Jervis ne leur en laissa pas le temps : il traversa leur flotte ; et, ayant réussi à séparer 9 vaisseaux, il se jeta sur les plus voisins du centre qu'il écrasa de toutes ses forces, avant que le reste de l'escadre pût les secourir. Nelson , secondant avec une rare vaillance ces heureuses dispositions, se précipita au milieu des Espagnols, et s'engagea avec quatre

bâtiments bien supérieurs aux deux qu'il commandait. Parmi ceux-là se trouvait la Sainte-Trinité, de 136 canons, montée par l'amiral Cordova. Le commodore anglais, secondé par Collingwood et Trowbridge, fixa bientôt la victoire, en enlevant successivement à l'abordage les 2 vaisseaux qui serraient de plus près le sien. D'un autre côté, l'amiral étant du nombre de ceux que les Anglais avaient enveloppés, il n'y eut plus d'ordre, plus de signaux : et chaque capitaine, au lieu de se porter au feu, ne songea qu'à la sûreté du bâtiment qu'il commandait. Les Anglais s'emparèrent de 2 vaisseaux de 1 12 canons, un de 80, et un de 74. La Trinité faillit éprouver le même sort : elle avait déjà arboré le pavillon blanc ; mais elle échappa, parce que le capitaine du Victory prit cette lâcheté pour une ruse de guerre, et ne l'envoya pas amariner.

Les dix-huit vaisseaux qui n'avaient pas été engagés, auraient pu changer la face de l'affaire : mais l'énergie manquait aux capitaines espagnols : réunis en conseil de guerre, tous, à l'exception de deux braves, opinèrent pour la retraite, qui s'effectua aussitôt dans le port de Cadix. Les Anglais n'eurent sur toute leur flotte que 350 hommes hors de combat, dont le quart de l'équipage de Nelson. La perte seule des quatre vaisseaux capturés fut de 500 tués ou blessés. Parmi les morts se trouva le chef d'escadre, don Francisco Vanthuysen, marin d'origine hollandaise, qui avait acquis de la réputation dans la guerre d'Amérique.

Les Anglais remportèrent cette victoire, comme celle d'Ouessant, pour avoir percé la ligne ennemie ; car, nous le répétons, le premier talent d'un général est de paralyser une partie des forces de son adversaire, pour tomber avec toutes les siennes, sur le point qui lui offre de plus grandes chances de succès. Jervis triompha par l'application du principe qui guida Bonaparte à Montenotte et à Castiglione ; sur mer comme sur terre, les

(1) Horace Nelson, fils d'un ministre du Saint-Évangile dn comté de Nordwich , âgé alors de 39 ans , s'était embarqué dès l'âge de 13 ans, malgré la faiblesse de sa complexion. Il avait acquis la réputation d'un vaillant soldat aux siéges de Bastia et de Calvi en Corse, où il perdit un œil. Il fut envoyé aux généraux Devins et Beaulieu pour concerter les opérations dans la rivière de

ToME III.

mêmes résultats sont produits par les mêmes causes. La victoire du cap Saint-Vincent délivra le gouvernement de toute inquiétude du côté de l'Espagne : aussi, répandit-il sa munificence sur tous les officiers qui avaient contribué à lui procurer ce triomphe. L'amiral Jervis reçut le titre de comte de Saint-Vincent; l'intrépide Nelson fut récompensé par l'étoile de l'ordre du Bain, et le grade de contre-amiral (1). Après ce honteux échec, l'escadre espagnole n'osa plus sortir de Cadix, où bientôt ses équipar ges furent dévorés par les maladies. Pour porteun dernier coup au commerce de l'Espagne, Nelson reçut ordre de s'établir avec cinq vaisseaux de ligne auprès de Rota, à l'entrée du golfe de Cadix, qu'il tint étroitement bloqué depuis le 2 avril, en vue de toute la flotte, et il poussa l'audace jusqu'à écrire à l'amiral Cordova, « qu'à dater de ce jour, » il ne sortirait et n'entrerait aucun vaisseau à Ca» dix, sans sa permission, attendu qu'on devait » considérer le golfe comme entièrement bloqué.» Le découragement des Espagnols était si grand, qu'ils ne firent aucun mouvement pour tirer vengeance de cette insolente bravade. Plus tard la chose devint difficile : Jervis, renforcé de cinq à six vaisseaux de premier rang et d'un nombre proportionné de frégates, menaça même de reprendre l'empire de la Méditerranée, nonobstant l'évacuation déjà ordonnée de PortoFerrajo et de l'île d'Elbe. En vain, le cabinet de Madrid envoya Massaredo pour réorganiser la grande flotte : les ressources s'épuisaient, le moral était affecté, et les Anglais mirent le comble à la terreur en faisant les apprêts du bombardement de Cadix, dès les premiers jours de juillet. Alors le danger réveilla un peu la marine espagnole : Massaredo fit avec activité et intelligence les dispositifs de défense. Une nombreuse flottille de canonnières fut opposée avec succès aux bombardes anglaises, et bien qu'elles parvinssent

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à jeter quelques projectiles jusque dans Cadix, elles furent enfin repoussées. Tandis que la flotte du comte de Saint-Vincent maîtrisait ainsi la marine espagnole, lord Bridport et l'amiral Duncan surveillaient Brest et le Texel, où certains mouvements précurseurs faisaient appréhender d'un moment à l'autre de prochaines sorties. Mais quelque étroit que fût le blocus de Brest, il s'en échappait de temps à autre quelques bâtiments légers, dont l'apparition sur les côtes d'Irlande entretenait l'espoir des insurgés et les alarmes du gouvernement anglais. Le 22 février, deux frégates, la Résistance et la Constance, parurent dans la baie de Pembroke, et jetèrent sur la côte 12 à 1,300 hommes. Ce débarquement causa à Londres la plus vive sensation. On commença à ne plus regarder comme chimériques les projets de descente annoncés par le Directoire ; et toutes les relations commerciales demeurèrent suspendues, jusqu'à ce qu'on apprît la faiblesse du corps mis à terre, et son dénûment absolu de munitions et d'artillerie. Ce débarquement, composé de bandits et de quelques compagnies de troupes de ligne, n'était qu'un essai, fait à dessein d'attirer l'attention du ministère anglais vers un point sur lequel on n'avait aucun projet. On en eût bientôt la preuve ; car les deux frégates, après avoir mis à terre les troupes qu'elles portaient, firent voile pour retourner à Brest. Malheureusement pour elles, deux bâtiments anglais supérieurs les rencontrèrent à l'entrée de la rade, et les capturèrent après un combat d'une demi-heure. Cette tentative, malgré son issue, indiquait assez que la victoire de Jervis n'avait point tiré l'An. gleterre de péril: elle encourait même de plus grands que ses adversaires ne pensaient; car l'amirauté, loin de pouvoir renforcer la croisière de Brest comme les circonstances l'exigeaient, en fut empêchée par des événements d'une nature toute particulière qui faillirent porter, sans le concours de la France, le coup le plus funeste à la puissance britannique. L'élévation successive du prix des subsistances, avait obligé le parlement d'augmenter la solde des troupes de terre. Cette disposition dans laquelle la marine n'était pas comprise, causa sur tous les

vaisseaux un mécontentement général. Les têtes commencèrent à s'échauffer, etl'insurrection éclata enfin, dans les premiers jours d'avril. Lord Bridport, qui commandait 16 vaisseaux de ligne dans la rade de Portsmouth, se disposait à mettre à la voile pour aller établir une croisière devant Brest, lorsque les équipages se révoltèrent, s'emparèrent des magasins, désarmèrent les troupes de la marine, et ne voulurent reconnaître l'autorité des officiers, que pour ce qui concernait les détails journaliers du service. Deux députés de chaque vaisseau se rendirent à bord du Royal-Georges; et, après s'être constitués en assemblée générale dans la chambre du conseil, ils signèrent une adresse au parlement pour lui demander une augmentation de paye : « Attendu, disaient-ils, que depuis le rè» gne de Charles II, sous lequel les ordonnances » de la marine avaient été rendues, toutes les cho» ses nécessaires à la vie avaient augmenté d'un » tiers.» Cette adresse fut suivie, le 18 avril, d'une seconde requête à l'amiranté, dans laquelle ils protestèrent de leur soumission aux lois et de leur fidélité au trône. Le Romney, vaisseau de 50 canons, fut chargé de ce message, et reçut l'injonction d'en rapporter aussitôt la réponse. Le premier lord de l'amirauté, le comte Howe, fut envoyé à Portsmouth pour étouffer cette émeute. Il promit aux matelots une gratification d'un mois de solde : après s'être porté garant auprès d'eux, que le gouvernement ferait droit à leurs demandes, tout rentra dans l'ordre. Mais bientôt la sédition, qu'on croyait apaisée, se réveilla avec plus de force quand les équipages s'aperçurent qu'aucune des promesses de lord Howe ne recevait d'exécution. Ils venaient d'être instruits que quatre vaisseaux mouillés à Plymouth, imitant leur exemple, avaient suspendu leurs officiers, et adressé au gouvernement une pétition semblable à la leur. Forts de cette coopération, ils s'insurgèrent de nouveau le 7 mai, au moment où lord Bridport donnait le signal de départ, et nommèrent des députés, qui devaient se réunir à bord du London. Le contreamiral Colpoys qui commandait ce vaisseau, nonseulement refusa de les recevoir, mais fit tirer sur les rebelles. Cet acte de fermeté rendit furieux les chefs de l'insurrection. Le London, entouré par le reste de l'escadre, fut obligé de se rendre aprèsune courte résistance : on le conduisit à Sainte-Hélène, où il fut question de traduire le contre-amiral devant un conseil de guerre composé de matelots. Cette violence imposa aux autres capitaines, qui laissèrent arborer le pavillon insurrectionnel sans résistance. Cependant le roi, inquiet de ces soulèvements, dépêcha, le 11 mai, lord Howe vers la flotte insurgée. Après avoir entendu de nouveau les griefs des matelots, il transigea avec eux. Les équipages des quatre vaisseaux qui étaient à Plymouth, obtinrent les mêmes conditions, et vinrent se joindre à la flotte principale, qui, forte de 21 vaisseaux de ligne, mit enfin à la voile, le 17 mai, pour aller former le blocus de Brest. L'esprit d'insurrection s'était aussi manifesté à cette époque dans la flotte de l'amiral Duncan. A la vérité , sa fermeté imposa aux mutins , et il réussit à la conduire à sa croisière du Texel. Mais le succès avec lequel ces deux émeutes avaient été calmées, ne tira pas le ministère d'embarras; car, presqu'au même moment, la flotte du Nôre, à l'embouchure de la Tamise, s'insurgea avec les symptômes les plus effrayants. Les prétentions de ses équipages surpassaient de beaucoup celles des marins de Portsmouth. Un matelot du Sandwich, nommé Richard Parker, homme doué d'un grand courage et de beaucoup de moyens naturels, se mit à leur tête, sous le titre de Président de la republique flottante, et forma sur-le-champ le blocus de l'embouchure de la Tamise, avec les vaisseaux qu'il commandait.Après avoir coupé ainsi toute communication entre Londres et le golfe de Nôre, il expédia un aviso aux bâtiments de l'amiral Duncan, pour leur apprendre le mouvement qui venait de s'opérer, et les inviter à se joindre à lui ; ce qu'ils firent l'un après l'autre. Quelle que fût la grandeur du péril, le ministère ne montra pas de faiblesse. Convaincu que l'indulgence qu'il avait eue pour l'insurrection de l'escadre de Portsmouth, avait augmenté l'audace des factieux, il se prépara à les punir. Mais, avant d'en venir à des moyens extrêmes, il crut devoir prévenir la flotte du danger où la malveillance l'entraînait, et la somma de rentrer dans le devoir. Cette proclamation n'obtint aucun effet ; les matelots la tournèrent en ridicule, et redoublèrent

leurs préparatifs hostiles. Le gouvernement sentit qu'il n'y avait plus à balancer, et que les mesures énergiques pouvaient seules arrêter ce désordre. L'accès de la terre fut interdit aux équipages, et on ne laissa arriver aucunes provisions à l'escadre. Plus de cent pièces de canon de gros calibre furent mises en batterie tant sur les côtes de Gravesende et de Medway, qu'au fort de Tilbury. La ville de Sheerness, menacée par les rebelles, fut occupée par un corps de 4,000 hommes, sous les ordres du général Gray; une chaîne de chaloupes canonnières ferma l'entrée du port; et l'on fit construire des fourneaux à rougir les boulets, pour chauffer l'escadre insurgée. Les premières nouvelles de cette révolte causèrent d'abord de vives alarmes dans Londres ; mais les mesures vigoureuses du gouvernement ramenèrent bientôt la confiance : tous les armateurs, marins et commerçants de cette grande cité jurèrent de ne point recevoir la loi de matelots révoltés. Le parlement , auquel un message royal donna connaissance de l'insurrection, le 2 juin, déploya la plus grande énergie : les membres de l'opposition furent les premiers à provoquer des mesures de rigueur. « Céderons-nous à des soldats indisci» plinés, dit Shéridan ? Non, sans doute; car un » instant de faiblesse nous coûterait trois siècles » de prospérités. » Un bill défendit d'entretenir aucune communication avec les équipages des vaisseaux révoltés, et déclara les marins rebelles, non-seulement privés de leur solde et gratification, mais aussi déchus des avantages de l'hôpital de Greenvich et de la caisse de Chatham, sans préjudice des peines plus graves qu'ils encouraient par la révolte. Ces résolutions du parlement, loin de décourager les rebelles, portèrent leur exaltation au comble. Le 6 juin, l'escadre se forma devant le port de Sheerness sur une seule ligne, avec les vaisseaux les plus forts sur les ailes. Cependant, le lendemain, les principaux meneurs adressèrent une seconde pétition au roi, dans un style plus mesuré, dont ils exigeaient la réponse dans 54 heures. « Si au bout de ce délai, ajoutaient-ils, on » n'accueillait pas notre réclamation, nous étonne» rons la nation. » Les mutins n'obtinrent pas de cette démarche le succès qu'ils cn espéraient : la mission de l'officier qui en était chargé, aboutit à des pourparlers, dont le ministère profita pour semer sourdement la division parmi les équipages. Il y réussit si bien, que la mésintelligence éclata à bord même du Sandwich, et qu'il fut question de livrer au gouvernement les députés qui s'y trouvaient réunis. Le 9 juin, au soir, deux vaisseaux coupèrent les câbles de leurs ancres, et abandonnèrent la flotte, qui fit sur eux un feu très-vif. Cet exemple fut suivi, quelques heures après, par un autre. Le 13, trois vaisseaux et deux frégates, renonçant encore à la cause des révoltés, furent se mettre sous la protection du canon de Sheerness, sans que le reste de la ligne fît le moindre effort pour les en empêcher. Le lendemain, la défection de plusieurs autres bâtiments qui se retirèrent dans la rivière de Medway, réduisit à cinq le nombre des vaisseaux de ligne qui restaient au Nôre : finalement, le 15, ces derniers baissèrent le pavillon d'insurrection. Richard Parker, dont l'amirauté avait mis la tête à prix, fut saisi à bord du Sandu ich, et condamné à mort avec douze des principaux chefs. Environ vingt autres matelots parvinrent à se soustraire au châtiment qui les attendait, en gagnant le port de Calais. Ainsi finit cette crise, sans amener aucune catastrophe pour l'Angleterre. Des gens qui ont voulu apercevoir dans tous les événements de ce siècle, des effets du système de propagande, ont prétendu que le Directoire ne fut pas étranger à ces insurrections ; d'autres se contentent de les présenter comme l'œuvre naturelle des dogmes démocratiques. Mais on est fondé à croire que les uns et les autres sont également dans l'erreur, et que ces soulèvements n'eurent d'autre cause qu'un mécontentement relatifà la solde. Il est même probable que le Directoire n'en fut instruit qu'après la sédition apaisée : car, avec quelques agents adroits, de l'argent et des promesses, il eût pu facilement attirer à lui des équipages qui devaient tout craindre de la sévérité des lois anglaises. Il est au reste digne de remarque, qu'en moins d'une année, les deux gouvernements les plus puissants de l'Europe furent sur le point d'être frappés au cœur par les instruments mêmes de

leurs triomphes : l'Angleterre par la révolte dc

ses flottes, et la république française par l'insurrection de l'armée d'Italie. Au reste, les ports de la Grande-Bretagne ne furent pas seuls témoins de pareilles scènes. Elles se renouvelèrent dans presque toutes les stations maritimes. Aux Indes orientales, l'équipage de l'Hermione massacra ses officiers, et fut se mettre sous la protection des Espagnols. Un vaisseau de la compagnie des Indes ayant apporté au cap de Bonne-Espérance la nouvelle de la révolte de la flotte du Nôre, celle de l'amiral Pringle manifesta l'intention de l'imiter; et il fallut toute la vigueur de cet officier, pour la contenir dans l'obéissance. Pendant que l'Angleterre échappait ainsi à de si grands dangers, Truguet'et Hoche travaillaient de concert à lui porter des coups plus sûrs. Le premier poussait avec ardeur les réparations de la flotte de Brest, et l'autre, de son quartier général de Cologne, négociait avec les Hollandais, afin d'obtenir les fonds dont le ministre avait besoin pour compléter son armement. Brûlants du désir de renverser la puissance colossale de l'Angleterre, ces deux généraux étaient parvenus à faire passer dans l'âme des directeurs une partie du feu qui les animait. Les Irlandais-unis étaient en mesure de seconder une descente ; et, dès le mois de mai, ils avaient envoyé à Paris un certain Lewines, en qualité de plénipotentiaire de l'union. Mais alors le Directoire était occupé d'une affaire plus importante : méditant dans l'ombre la journée du 18 fructidor, il venait d'arrêter aux environs de Paris une division de l'armée de Sambre-etMeuse, destinée pour l'armée d'Angleterre. Truguet étranger au complot, éclata en plaintes : le gouvernement qui le craignait, lui retira le portefeuille de la marine, pour le confier aux mains débiles de Pléville-le-Peley ; la mort de Hoche, qui suivit de près le 18 fructidor, plongea dans l'oubli un projet qui promettait de si beaux résultats. Afin de mieux persuader à la nation que le conseil des Cinq-Cents avait été le principal obstacle à la paix, le Directoire se hâta d'ordonner le désarmement de la flotte. Cette mesure impolitique fut trop bien exécutée, et tandis que l'escadre batave, parfaitement équipée et déjà chargée des troupes de débarquement, n'attendait plus que le signal du départ, on licenciait avec violence les

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