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mencerons donc par nous occuper de l'atelier de Provins, nous réservant de nous occuper ensuite de l'atelier de Troyes.

§ 1er. – Atelier de Provins.

Plus hardi que ceux de nos devanciers qui ont étudié la numismatique champenoise, nous croyons pouvoir déterminer l'influence qu'exercèrent sur le monnoyage de notre province les comtes de la maison de Vermandois et les comtes de la maison de Blois.

Maison de Vermandois. -- Si nous examinons les plus anciennes monnaies qui portent le nom de Provins, nous sommes obligé de reconnaître l'origine sénonaise de leur type, type qui, sauf quelques légères modifications, persista jusqu'à la fin du treizième siècle.

Sens possédait un atelier, mentionné dans l'édit de Pitres, qui existait officiellement depuis les prémiers rois carolingiens : cet atelier ne pouvait manquer d'exercer une grande influence sur les monnaies frappées dans la circonscription de la IVe Lyonnaise : rien de plus naturel, par conséquent, que de voir les comtes de Champagne, lorsqu'ils avaient un atelier à Provins, imiter les deniers émis à Sens. Jadis ces sortes d'imitations étaient multipliées : les types alors étaient de véritables trompe-l'oeil'; les légendes, presque toujours en désordre, étaient disposées avec calcul, de façon à ce que l'agencement des lettres pût faire confondre la copie avec le prototype. C'est ce que nous constatons à Provins. · Le type de la monnaie provinoise n'a pas varié, sauf quelques légères modifications de détails secondaires depuis son origine, jusqu'au milieu du xuio siècle. Ce type immobilisé a donné lieu à de nombreuses interprétations. Lelewel y vit l'imitation informe d'une tête de face; M. Hiver, un peigne, image du travail de la laine; d'autres, une sorte de rébus signifiant champ paigne ; Duchalais, une dégénérescence du monogramme du roi Eudes; M. Fillon, une dégénérescence du monogramme du roi Raoul (a). Cette dernière opinion paraît incontestable.

Les plus anciennes monnaies féodales de Provins ne portent pas de nom de souverain ou de seigneur (b). La cité de Sens et le castrum de Provins sont simultanément désignés dans les légendes : M. Ph. Salmon altribue au commencement du xie siècle ces pièces qui, si on admet son opinion, auraient été contemporaines du comte Eudes de Champagne. Avant de discuter ce point important du sujet que nous traitons ici, nous allons décrire cette série monétaire, en renvoyant aux planches de l'ouvrage de M. Poey-d'Avant (c).

(a) Lelewel, Num. du moyen-âge, I, 171; Hiver, Rev. Num., 1839, p. 30; Poey d'Avant, Descript. d'une coll. de monn. seigneur. fr., p. 324; Journal des Débats, du 10 avril 1846 ; B. Fillon.

(6) Avant l'époque Séndale, dans la seconde moitié du ixe siècle, il y eut des deniers frappés à Provins, avec le monogramme du roi Louis III; nous devons dire que jusqu'à présent nous avons inutilement cherché les monnaies de Provins au monogramme de Charles le Chauve.

(c) Monnaies féodales de France, par F. Poey d'Avant, t. III, pl. cxxxvi à cxxxIx.

1. 4. PRVINS Casto. Monogramme du roi Raoul.

H. of senoneS civits. Croix. 2. fo PSRIVIAS CATO. Même monogramme altéré.

B. 4. SENOINS civi. Croix. 3. † 101PSIVIS CATO. Même monogramme plus altéré.

§. f SENONS civi. Croix. 4. f PSVINS CATO. Même monogramme.

Ķ. SENONS civi, en légende rétrograde. M. Salmon semble porté à croire que ces monnaies ont commencé à être frappées vers 1015, c'est-àdire vers l'époque à laquelle Rainaud II, comte de Sens, brouillé avec le roi et avec l'archevêque, se réfugia auprès du comte Eudes de Champagne. « Les » vicissitudes de la guerre, dit-il, rendirent parfois » les deux alliés maîtres de la ville. Pour leurs be» soins communs, ils durent nécessairement frapper » monnaie. A cet effet, ils choisirent un type usité » dans la contrée, celui de Château-Landon et » d'Etampes, toutes deux villes du diocèse de Sens, » et qui consistait pour partie en une dérivation du » monogramme de Raoul ou d'Eudes..... Ils inven» tèrent ainsi la double légende de Sens et de Pro» vins (a). » Nous avouons que l'hypothèse proposée par M. Salmon nous paraît être très-contestable, et nous préférons suivre un ordre d'idées basé sur un principe posé par M. Fillon et qui nous a toujours guidé sûrement (6). Ce principe, le voici : fixer l'époque à laquelle un type royal fut immobilisé dans

(a) Rev. num., 1854, p. 217.

(6) Fillon, Considérations hist. et artist. sur les monn. de France, p. 96.

une localité, c'est déterminer la date du passage de cette localité, et par conséquent de la contrée où elle se trouvait, sous le régime féodal; c'est aussi fixer la date de la fondation de certains ateliers monétaires. — Appliquons ce principe à la numismatique provinoise.

Le type de la monnaie de Provins procède du monogramme de Raoul, 923-936, qui lui-même ne faisait guère que copier celui du roi Eudes : Eudes et Raoul frappaient monnaie à Sens; il en résulte que le monnoyage de Provins date de la seconde moitié du xe siècle. -- Or, il nous semble trèsprobable que Herbert II de Vermandois, le premier de son nom qui fut comte en Champagne, 968-993, peut être considéré comme étant le fondateur de la monnaie féodale de Provins; ce fait n'est pas sans importance pour les annales de cette ville, puisqu'il fournit un point de départ certain à une époque où l'histoire de Provins est peu connue.

L'importance de Provins sous les premiers carolingiens est incontestable : nous voyons cette localité chef-lieu d’un pagus en 802 sous Charlemagne, puis castrum royal en 833, lorsque les fils de Louis le Débonnaire y enfermèrent Charles, leur jeune frère ; mais entre celle dernière date et les premières années duxio siècle, les chroniqueurs se taisent sur Provins : c'est la numismatique qui vient poser un jalon dans celte période incertaine et nous apprendre que Herbert de Vermandois en fit, en quelque sorte, sa capitale dans le grand fief dont il ébauchait la formation (a).

(a) F. Bourquelot, Histoire de Provins, t. I, p. 70 et seq.

Nous avons déjà indiqué que le but d'Herbert, atteint par ses successeurs, avait été de créer au nord-ouest de la France un fief d'une importance égale aux grands fiefs voisins qui existaient déjà (a). Nous avons aussi avancé que, dans notre conviction, Provins avait appartenu à ce personnage (b). Qui donc, si ce n'est lui, aurait pu copier à Provins la monnaie royale de Sens? La persistance séculaire du type provinois n'est-elle pas une preuve indirecte qu'il se rattachait traditionnellement à l'origine du pouvoir des comtes de Champagne?

Nous n'hésitons pas, par conséquent, à attribuer à Provins et aux comtes de la maison de Vermandois les monnaies aux noms de Provins et de Sens que nous avons décrites plus haut. Généralement on est porté à voir dans l'établissement d'un atelier monétaire féodal l'arrière-pensée de faire acte de souveraineté. Nous pensons que le seul mobile était le désir de se créer une source de revenus. Le monnoyage avait une raison d'être dans une localité comme Provins, dont les foires avaient déjà une grande notoriété au xe siècle. Entre 996 et 999 nous avons vu le comte Etienne Jer donner à Saint-Ayoulle quart des revenus de la foire (c).

Maison de Blois. — Il y a une série de monnaies provinoises sur lesquelles les noms de Sens et de Provins sont complètement dénaturés, mais dont la date d'émission peut être approximativement établie par

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