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de quarante jours pour prononcer la destitution du maître de l'Hôtel-Dieu de cette ville (2032).

A l'Hôtel-Dieu de Provins c'étaient les religieux et les religieuses qui nommaient le maître; mais, comme dans les autres couvents de l'ordre de SaintAugustin, ils étaient obligés de demander préalablement l'autorisation du comte (a). Nous avons deux lettres par lesquelles ces religieux et ces religieuses prient humblement Blanche de Navarre (1338) et Thibaut IV (2606) de leur accorder la permission de procéder à une élection. Dans la première, ils supplient la comtesse de leur pardonner les torts que, par simplicité et par ignorance du droit, ils ont eu envers elle dans une précédente élection : « Proster» nés à vos pieds, » disent-ils, « avec nos pauvres » et nos malades, nous vous demandons miséricorde » et non jugement. Nous sommes prêts à faire tou» tes les réparations et à vous donner toutes les sa» tisfactions que vous désirerez. » L'irrégularité dont se plaignait Blanche consistait sans doute en ce qu'une élection antérieure avait eu lieu sans autorisation préalable. Le même fait se renouvella en 1241. Les religieux et les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Provins ne trouvant pas dans la communauté un sujet capable d'être élevé aux difficiles fonctions de supérieur, choisirent un étranger auquel ils confièrent l'administration provisoire de l'établissement, et ne considérant pas cet acte comme une élection proprement dite, ils crurent pouvoir se passer de l'autorisation préalable du comte; mais Thibaut se

(a) Voir plus haut, p. 616-617.

montra fort mécontent de cette violation de ses droits. Les religieux et les religieuses lui envoyèrent un député avec une lettre où ils exprimèrent leur chagrin « de voir tourner contre eux cette majesté » royale (a), qui était leur seul refuge et l'ancre » unique de leur espérance. » « Prosternés aux » pieds de Votre Majesté, » ajoutent-ils, « nous » supplions Votre Excellence de nous accorder » grâce et pardon (2579). »

Deux communes à notre connaissance prétendirent nommer le maître de leur léproserie : ce furent celles de Meaux (2353) et de Vertus (3410). A Meaux, il fut décidé que le maître serait élu par les religieux de la léproserie, puis présenté à l'évêque qui serait libre d'accorder ou de refuser l'institution canonique; le comte se réserva le droit d'exiger la révocation (3236). A Vertus, l'abbaye de Notre-Dame avait la juridiction spirituelle sur la léproserie, et prétendait tenir aussi dans sa dépendance le temporel, dont les bourgeois revendiquaient l'administration. Thibaut V donna raison à l'abbaye (3410). Il est probable qu'à Troyes les bourgeois avaient, dès cette époque, la haute-main sur leur léproserie.

Les comptes de l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes devaient être rendus devant une commission composée d'un ou deux chanoines désignés par le chapitre de Saint-Etienne, d'un ou deux bourgeois choisis par le comte de Champagne, de l'aumônier de ce prince et du maître de l'établissement (812). A l'Hôtel-Dieu de Meaux, la commission se composait de l'aumônier

(a) Thibaut était alors roi de Navarre.

du comte et de l'official de l'évêque ; de plus, le comte et l'évêque s'étaient réservé de prendre part eux-mêmes aux délibérations s'ils le jugeaient convenable; ni les bourgeois ni le chapitre n'y étaient représentés, et le maître de l'Hôtel-Dieu n'en faisait point partie, car c'était lui qui tenait les comptes de la maison, et par conséquent il était justiciable de la commission dont il s'agit. La charte à laquelle nous empruntons ces détails nous apprend qu'il devait rendre ses comptes à cette commission quatre fois l'an : le lendemain de la Circoncision (2 janvier), le vendredi de Pâques, à l'octave de la Saint-Jean (1er juillet), et à l'octave de la Saint-Denis (16 octobre). L'official et l'aumônier pouvaient, en cas d'absence, se faire suppléer par un délégué (1755).

Le régime intérieur de ces maisons nous est fort incomplètement connu. Aux termes du règlement de l'année 1213, les hommes et les femmes qui voulaient se consacrer au service des malades à l'HôtelDieu-le-Comte de Troyes devaient commencer par se présenter au comte de Champagne, qui, assisté de son conseil, du doyen de Saint-Etienne et de deux ou trois chanoines de ce chapitre désignés par le doyen, prononçait l'admission ou le rejet. Il fallait qu'on eût été admis par le comte pour recevoir l'habit, et c'était des mains du doyen du chapitre ou de son délégué qu'on prenait l'habit (812). Mais cette intervention de l'autorité séculière était trop contraire au droit habituel des communautés religieuses pour être longtemps maintenue. Le règlement de l'année 1263 ne parle plus du pouvoir exorbitant conféré au comte et au chapitre par le règlement de 1213. « Quiconque, » dit le règlement de 1263, « veut renoncer au siècle et servir les pauvres » commencera par demander le consentement du » prieur et du couvent. On lui exposera la règle : » s'il veut l'observer et s'il le promet, il sera pré» senté par le prieur au couvent réuni dans le cha» pitre, et alors il sera reçu par le prieur et le cou» vent (3307). »

L'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes paraît avoir eu à cette époque quatre religieux prêtres (a). Le nombre des frères lais était fixé à dix, celui des religieuses était le même; tous, sans exception, devaient assister la nuit à matines, le jour au reste de l'office et à la messe. Ils se confessaient au moins quatre fois l'an. Ils faisaient maigre quatre jours par semaine : les lundi, mercredi, vendredi et samedi (3307). La maladrerie de Vertus avait, en fait d'abstinence, le même règlement : de la viande trois jours par semaine, c'est-à-dire de Pâques à l'Ascension chair salée et potage, de l'Ascension à la Saint-Jean mouton et potage, de la Saint-Jean à Noël beuf et potage, de Noël à Carême-Prenant porc et potage; en temps d'abstinence, un jour un quartier de fromage, l'autre jour quatre œufs; en Carême, cuisine à l'huile et un hareng par jour pour chacun (3410).

Dans la même léproserie, chaque religieux et chaque religieuse devait recevoir chaque année pour son vestiaire 40 sous, soit 40 fr. 52 c., au pouvoir de 202 fr. 60.

Tandis que les léproseries étaient des hospices

(a) Guignard, Les anciens statuts de l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, p. 13.

d'incurables., les Hôtels-Dieu avaient deux destinations : d'abord, abriter les pauvres voyageurs; c'est ce que portait en termes formels un des actes relatifs à la fondation de l'Hôtel-Dieu de Chaumont (2328); ensuite, donner un asile et des soins aux personnes atteintes de maladies, ou mortelles, ou que l'on pouvait guérir. « Qu'on ne reçoive pas ici, » dit un règlement de l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, « les lépreux, les mutilés, les estropiés, les man» chots, les aveugles, car leurs infirmités ne consti» tuent point une maladie. Si, cependant, quelque » maladie grave leur survient, on les admettra; mais » une fois guéris de cette maladie, ils sortiront. » Un autre article défend l'admission des enfants trouvés. « Si nous les recevious, il en viendrait une telle » quantité que les biens de la maison n'y suffiraient » pas; ce n'est pas à nous, mais aux églises parois» siales que revient cette charge. » Les femmes en couche étaient accueillies à l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes; on leur donnait des bains trois fois par semaine, et elles ne quittaient pas l'établissement avant leurs relevailles ; mais on évitait autant que possible les accouchements dans la maison, de crainte des cris et des gémissements. Dans cet hôpital les lits des malades étaient garnis de matelas, d'oreillers, de deux couvertures en été, de trois en hiver, enfin de draps qu'on lavait au moins une fois par semaine, et en cas de nécessité tous les jours (3307).

Les comtes de Champagne, successeurs d'Henri ler, ne montrèrent pas moins de libéralité envers les établissements hospitaliers qu'envers les autres établissements religieux. Ils accordèrent des droits de foire aux léproseries de Troyes (335), de Bar-sur

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