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Si la foire de Saint-Jean de Troyes commençait dès cette époque le troisième mardi après la SaintJean, elle s'ouvrait au plus tôt le 9 juillet, et au plus tard le 15, et pour que l'échéance du terme de paiement arrivât aux approches de l'Assomption, il fallait qu'elle eût lieu environ un mois après l'ouverture de la foire. Originairement l'échéance du terme de paiement arrivait plus tôt, parce que sans doute cette foire, comme les autres, durait moins longtemps.

Ce développement du commerce en Champagne était dû en partie à la prospérité générale dont la France jouit au xme siècle, mais il avait aussi pour cause l'active protection dont nos comtes entouraient les commerçants qui se rendaient aux foires de Champagne, et la sécurité qu'ils leur procuraient non-seulement dans leurs Etats, mais même hors de leurs Etats. Nous avons analysé la longue procédure à laquelle donna lieu en Champagne un vol commis près de Plaisance sur des négociants italiens en 1242 (a). Nous avons recueilli des exemples de restitutions exigées par Thibaut IV à la suite de vols dont des marchands allemands avaient été victimes en Bourgogne (2937) et en Lorraine (2957). Le moyen dont se servaient nos comtes pour atteindre les coupables consistait à interdire l'entrée des foires aux sujets du souverain qui refusait d'accorder ce qu'avait décidé la cour de Champagne. Cette peine n'était pas infligée seulement lorsqu'il s'agissait de vol. Sous Thibaut V, les marchands de Cologne se virent ex

(o) Catalogue, n°s 2610, 2638, 2650, 2658, 2727.

dus des foires de Champagne sur la plainte des créanciers de leur archevêque, qui ne crurent pas pouvoir obtenir autrement le paiement de ce qui leur était dû (3211). Sous Thibaut IV, le pape Grégoire IX demanda que les marchands de Toulouse, mis comme hérétiques au ban de catholicité, fussent frappés de la même exclusion (1803).

CHAPITRE VIII.

Administration hospitalière»

Au xme siècle, nous voyons quatre autorités prendre part à la nomination des maîtres, précepteurs, proviseurs ou prieurs placés à la tête des établissements hospitaliers; ce sont : le comte, habituellement représenté par son aumônier, l'évêque diocésain , la communauté de religieux qui dessert l'établissement, enfin lorsqu'il s'agit de certains hôpitaux ou de certaines léproseries, le chapitre ou l'abbaye dont chacun de ces établissements est une dépendance, les habitants des villes qui sont considérées comme fondatrices.

A l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, aux termes d'un règlement de l'année 1213 (812), c'était le comte de Champagne qui nommait et qui révoquait le maître; mais pour prendre l'une ou l'autre de ces mesures, il devait appeler à son conseil le doyen et deux ou trois chanoines du chapitre de Saint-Etienne de Troyes. Le maître de PHôlel-Dieu-le-Comte était alors Herbert, qui, nommé par la xomtesse Marie en 1198 au plus tard, résigna ses fonctions entre les mains de Thibaut IV en 1224 (1581). Herbert avait un canonicat à Saint-Etienne, et dans un acte Thibaut III le qualifie de médecin (490). Thibaut IV récompensa ses services en donnant 10 livres de rente à son neveu (1825). Nous ne lisons nulle part qu'Herbert eût reçu de l'évêque de Troyes l'institution canonique, mais on peut le conclure des termes de la démission adressée par lui à Thibaut IV : il n'y parle que de l'administration temporelle, curam lemporaKum; il n'y dit rien des pouvoirs spirituels que l'évêque lui avait sans doute conférés et qu'il ne pouvait rendre qu'à l'évêque (1581).

Ce droit de l'évêque est formellement énoncé dans un des actes relatifs à la fondation de l'hôpital de Chaumont-en Bassigny. L'évêque de Langres y déclare que le comte aura la nomination du maître, mais il réserve le droit du diocésain, notamment celui de visite et de correction tant sur le maître que sur toute autre personne (2328). Le droit du diocésain doit s'entendre d'abord de l'institution canonique, et la principale sanction du droit de correction était la faculté de retirer au maître les pouvoirs spirituels, ce qui équivalait à une révocation.

Deux pièces relatives à l'hôpital de Meaux nous donnent l'expression la plus catégorique de cette théorie. Dans l'une, Thibaut IV reconnaît que le maître nommé par lui peut être rejeté par l'évêque, si ce dernier croit devoir lui refuser l'institution canonique. Si le maître une fois en fonctions se conduit mal, ajoute le comte, l'évêque me donnera quarante jours pour le révoquer, ou si je ne tiens pas compte de cette invitation, il aura droit de le déposer lui-même, et alors je devrai présenter le successeur (1755). Dans une autre pièce, postérieure de trois ans, l'évêque de Meaux, en exécution des règles qui viennent d'être exposées,donne à Thibaut un délai de quarante jours pour prononcer la destitution du maître de l'Hôtel-Dieu de cette ville (2032).

A l'Hôtel-Dieu de Provins c'étaient les religieux et les religieuses qui nommaient le maître; mais, comme dans les autres couvents de l'ordre de SaintAugustin, ils étaient obligés de demander préalablement l'autorisation du comte (a). Nous avons deux lettres par lesquelles ces religieux et ces religieuses prient humblement Rlanche de Navarre (1338) et Thibaut IV (2606) de leur accorder la permission de procéder à une élection. Dans la première, ils supplient la comtesse de leur pardonner les torts que, par simplicité et par ignorance du droit, ils ont eu envers elle dans une précédente élection : « Proster» nés à vos pieds, » disent-ils, « avec nos pauvres » et nos malades, nous vous demandons miséricorde » et non jugement. Nous sommes prêts à faire tou» tes les réparations et à vous donner toutes les sa» tisfactions que vous désirerez. » L'irrégularité dont se plaignait Blanche consistait sans doute en ce qu'une élection antérieure avait eu lieu sans autorisation préalable. Le même fait se renouvella en 1241. Les religieux et les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Provins ne trouvant pas dans la communauté un sujet capable d'être élevé aux difficiles fonctions de supérieur, choisirent un étranger auquel ils confièrent l'administration provisoire de l'établissement, et ne considérant pas cet acte comme une élection proprement dite, ils crurent pouvoir se passer de l'autorisation préalable du comte; mais Thibaut se

(a) Voir plus haut, p. 616-617.

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