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La publication prochaine de l'ouvrage de notre savant confrère, M. Bourquelot, sur les foires de Champagne et de Brie, la haute distinction que cet ouvrage a obtenue et la connaissance personnelle que nous avons du mérite du livre comme de l'auteur, sont des raisons décisives pour nous imposer, dans ce chapitre, une très-grande brièveté. Si les deux volumes in-quarto que va faire paraître M. Bourquelot avaient déjà vu le jour, nous pourrions essayer d'en donner ici un résumé qui formerait comme un tableau complet de l'histoire commerciale et industrielle du comté de Champagne au moyen-âge. Etant, quant à présent, dans l'impossibilité d'entreprendre cette analyse, nous nous bornerons à signaler en quelques mots la part que nos comtes ont prise au développement industriel et commercial du pays, ou les mesures par lesquelles ils l'ont contrarié dans la période qui fait l'objet de ce volume.

La principale industrie de Provins était la draperie (a). Les ouvriers drapiers de cette ville crai

(a) Une des industries accessoires de la draperie était la teinture. Voir notre t. III, p. 241, et Catalogue, no 3781. Nous ne parlons pas des petites industries comme la fabrication des lanternes (1842).

gnaient la concurrence des ouvriers étrangers : sur leur demande, Thibaut IV décida que pour exercer le métier de drapier à Provins, il faudrait ou être domicilié à Provins, ou être homme du comte de Champagne, 1223 (1602). Une ordonnance aussi peu libérale ne peut être considérée que comme un acte de faiblesse; nous en dirons autant de celle qui, sous Henri III, substitua à la taille un impôt indirect sur la fabrication des draps, 1273. A cette époque, les drapiers de Provins constituaient une corporation, à la tête de laquelle étaient placés huit maîtres électifs (3781). C'était une puissance. Il fallait compter avec elle. Nous avons déjà raconté comment l'ordonnance de 1273 fut le point de départ des difficultés qui provoquèrent, sept ans plus tard, une révolte et la mort tragique du maire Guillaume Pentecôte, si rigoureusement vengé par Jean d'Acre (u).

Tandis qu'à Provins nos comtes entouraient d'entraves la pratique d'une industrie établie depuis longtemps, ils travaillaient à l'introduire à Troyes. On ne comptait, paraît-il, que deux drapiers à Troyes en 1222, encore était-ce deux étrangers : Alerme de Bray, sans doute de Bray-sur-Seine, ville qui à cette époque avait des drapiers (1538), et Guillaume le Normand, dont le surnom fait connaître la patrie. Thibaut accorda l'exemption de la taille pendant dix ans à Nicolas Winemaut et à sa femme, venus de Sens à Troyes pour y exercer la même profession (1518). La draperie de Troyes est mentionnée en 1225 (1672).

(a) Voir plus haut, p. 450-451.

Une des industries de Troyes était la tannerie (a), qui tirait de la forêt d'Othe les écorces nécessaires à la préparation des cuirs (484, 488, 489). Constant de Montgueux, tanneur à Troyes, était homme de Huede Luyères; il acheta sa liberté 8 livres, soit 161 fr. 11 c., au pouvoir de 805 fr. 55 (2755), et prit pour seigneur Thibaut IV, auquel il promit de payer, sous la foi du serment, une rente annuelle de 10 sous, soit 10 fr. 13 c., au pouvoir de 50 fr. 65 c. (2906).

Un corroyeur de Troyes est du nombre des vassaux fidèles dont, en 1233, une donation de Thibaut IV récompensa les services (2253).

L'art de l'orfèvrerie était aussi pratiqué à Troyes. Nous avons déjà nommé deux orfèvres établis dans cette ville au mure siècle (6). Au xine siècle nous y trouvons l'orfèvre Jean (1672). Mais l'orfèvrerie de Champagne n'obtint pas de nos comtes le plus grand encouragement que les arts puissent recevoir d'un souverain; ce ne fut pas à un orfèvre champenois, mais à un limousin, que Thibaut V commanda le tombeau de son père (3437).

Nous avons, dans notre précédent volume, parlé des encouragements accordés au contraire par Henri II aux établissements métallurgiques créés par l'ordre de Câteaux (c). Thibaut IV posséda luimême un moulin à fer à Nogent-sur-Seine, puis il donna ce moulin à Jean de Pampelune, en lui défen

(a) Voir t. III, p. 241.
(6) Voir notre t. III, p. 240.
(c) Voir notre t. III, p. 240-241.

dant d'établir à la place un moulin à blé, et en stipulant le droit de retour pour le cas où, soit Jean, soit les héritiers de Jean, cesseraient d'habiter les domaines du comte de Champagne (2896).

Au point de vue commercial, nous avons à signaler l'établissement de plusieurs foires nouvelles de second ordre, la création de nouvelles halles ou la conservation des anciennes dans plusieurs localités commercialement peu importantes, l'augmentation de la durée des célèbres foires de Champagne, la protection que nos comtes ne cessèrent de leur donner.

Les foires nouvelles créées par nos comtes furent par exemple celles de la léproserie de Troyes (335), de la léproserie de Vertus (688) et de la léproserie de Bar-sur-Aube (1849).

Ces foires durent leur fondation : la première, à Marie de France; la seconde, à Blanche de Navarre; la troisième, à Thibaut IV. Les deux premières devaient durer un jour, la dernière deux, et le produit de chacune des trois devait appartenir à l'établissement dont elle portait le nom. Peut-être devons-nous mentionner aussi la foire que les moines de Vauluisant prièrent Thibaut V de leur accorder, et qui, si leur requête fut accueillie, dut se tenir chaque année à Serilly le jour de la Saint-Laurent (3342) (a).

(a) Les principales foires de second ordre en Champagne au XIIIe siècle étaient celles de Saint-Martin de Provins, de SaintLaurent de Nogent-sur-Seine, de Saint-Crépin de Neuilly-SaintFront, de l'Ascension de Saint-Florentin, de l'Ascension de Château-Thierry, du châtelain de Vitry, de Saint-Jean de SommeEn même temps que nos comtes établissaient de nouveaux centres commerciaux, ils facilitaient les progrès du commerce dans les localités où il avait une existence traditionnelle. Thibaut IV créait des halles nouvelles à Sézanne (2322), à Châtillon-surMarne (2433), probablement à Château-Thierry ( 2161 ). Blanche de Navarre dépensait 35 livres 5 sous 4 deniers, soit 714 fr. 63 c., au pouvoir de 3,573 fr. pour la réparation des halles de Nogentsur-Seine (a), et Thibaut IV y transférait la foire de Saint-Laurent, qui jusque-là s'était tenue en plein air à côté de l'église (2339). Bray-sur-Seine (1538), Epernay (2400), Pont-sur-Seine (2730, 3722), Villeneuve-au-Chemin (3784), possédaient alors des halles, et l'évêque de Meaux, avec le consentement de Thibaut V, en faisait construire une dans sa ville épiscopale (3346).

Le xie siècle en Champagne est en grand progrès sur le xiro au point de vue commercial. Ce qui le prouve, c'est surtout l'histoire des six fameuses foires de Troyes, de Provins, de Bar-sur-Aube et de Lagny. Nous n'entendons point, comme nous l'avons dit, l'entreprendre ici, mais nous signalerons deux faits d'où résulte d'une manière évidente l'augmentation du nombre des transactions.

Tourbe, de Mandres. Nous citerons aussi les marchés de Troyes, de Saint-Florentin, de Bar-sur-Seine, de Provins, de Montereau, ceux qui se tenaient le jeudi à Chaource, le lundi à Isle-Aumont, le mercredi et le vendredi à Coulommiers, etc. A. Le Fèvre, les Finances de la Champagne, p. 39.

(a) Bourquelot, Fragments de comptes du xine siècle dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 5e série, t. IV, p. 63.

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