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CHAPITRE VI.

Servage. - Bourgeoisie. - Institutions communales.

Section fre. – Servage.

Dans notre précédent volume, nous avons dit que presque tous les habitants de la Champagne paraissent avoir été serfs au xie siècle (a). Des savants, dont la bienveillance envers nous égale l'érudition, ont révoqué en doute l'exactitude de cette assertion.

Il peut y avoir eu dans les termes dont nous nous sommes servis quelque chose de trop absolu, et dans notre pensée un peu d'exagération. Cependant une des principales objections qui nous ont été faites tombe si l'on se reporte au titre de notre livre, et si l'on songe que dans cet ouvrage, surtout lorsqu'il s'agit des institutions de nos comtes, le mot de Champagne doit s'entendre des pays soumis à l'autorité de ces princes célèbres et non des trois comtés de Reims, de Châlons-sur-Marne et de Langres. Reims, Châlons-sur-Marne et Langres étaient complètement indépendants des comtes de Champagne et relevaient immédiatement du roi. Ces trois villes

(a) Tome III, p. 215.

et les pays qui en dépendaient politiquement ont été et resteront toujours en dehors de notre sujet. Dans ce chapitre et dans le chapitre correspondant de notre tome III nous ne parlons même que de ce qui se passait dans les domaines des comtes de Champagne, en laissant de côté les actes de leurs vassaux.

Si le servage était au xie siècle moins commun en Champagne que nous ne l'avons dit, il est certain qu'il y existait. Le serf, suivant Beaumanoir, se reconnaît à trois caractères principaux : il ne peut devenir clerc ou religieux sans le consentement du seigneur (a); il est sujet au droit de main-morte et à celui de formariage (6). Nous avons établi qu'au xue siècle, en Champagne, une partie de la population était soumise à cette triple servitude (c).

Au xuu siècle, il est évident qu'un certain nombre d'habitants restait sujet au droit de main-morte, ce signe fondamental du servage. Ainsi, en 1229, Thibaut IV accordant la liberté au domestique et aux héritiers du domestique de son médecin, déclare qu'ils pourront disposer de leurs biens. Donc, avant d'obtenir cette faveur, ce domestique était incapable de faire ni donation ni testament, il était mainmortable (1976). En 1239, Thibaut IV accorda formellement l'exemption du droit de main-morte à un lombard d'Asti, qui était venu s'établir à Provins (2528).

(a) Chapitre xlv, § 28, édit. Beugnot, II, 231. (b) Chapitre xlv, & 31, édit. Beugnot, II, 233. (c) Voir notre tome III, p. 217, 218.

. Ce sont là, dira-t-on, des faits isolés; mais nous avons des documents qui présentent un caractère plus général : en 1222, Thibaut IV autorisa tous les hommes de Château-Thierry à léguer aux deux hôpitaux et à la léproserie du lieu leurs robes, leurs lits et le tiers de leurs meubles (1514). Or, nous dit Beaumanoir, tout gentilhomme et tout rolurier qui n'était pas serf avait, par acte testamentaire, la libre disposition de l'intégralité de ses meubles (a). Donc les habitants de Château-Thierry étaient serfs ; cependant Château-Thierry était un chef-lieu de châtellenie.

Ce n'est pas tout, les habitants de Soulaines n'obtinrent qu'en 1230 la remise de la main-morte (2070). Ce fut seulement en 1259 que ceux de Nogent-le-Roi reçurent la même faveur (3179).

Soulaines et Nogent-le-Roi étaient, comme Château-Thierry, des chefs-lieux de chàlellenie.

A côté des documents qui nous montrent nos comtes adoucissant la rigueur de l'ancien état des personnes, d'autres constatent le maintien du statu quo. En 1220, la mère de Thibaut IV convint de partager, avec l'abbaye de Montiéramey, le produit du droit de main-morte dans la prévôté de Méry-surSeine (1250). En 1213, il avait été décidé que les recettes provenant de l'exercice des droits de mainmorte et de foripariage à la Villeneuve-au-Frêne appartiendraient moitié à cette princesse, moitié à l'abbaye de St-Remy de Reims (b). En 1210, Blan

(a) Chapitre xli, $ 3, édit. Beugnot, I, 180. (b) Ajoutons que les vassaux de l'abbaye de Montierender étaient

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