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Pendant la période qui nous occupe, la perception du droit d'amortissement s'est opérée de deux manières : par acte isolé ou par mesure générale. Nous n'entreprendrons pas de donner ici la nomenclature de toutes les chartes aux termes desquelles une acquisition, nouvellement faite par un établissement ecclésiastique et déclarée par lui ou découverte par quelque bailli, prévôt ou sergent, a obtenu la ratification de nos comtes : ce serait un travail sans intérêt. Mais ce qu'il peut être bon de signaler, ce sont les enquêtes que nos comtesont faitexécuter à certaines époques dans toute l'étendue de leurs Etats pour découvrir les biens qui n'avaient pas, jusque-là, payé de droit d'amortissement, et pour exiger de leurs propriétaires l'acquittement de ce droit.

Nous supposons que la première de ces enquêtes aura eu lieu vers 1222 ou 1223, c'est-à-dire à l'époque où Thibaut IV, majeur, commença à gouverner lui-même. Ce fut alors que ce prince donna aux abbayes de Hautefontaine (1527), de Troisfontaines (1568), de Montier-la-Gelle (1579), d'Igny (1604) et de Cheminon (1610) des lettres par lesquelles il ratifia toutes les acquisitions qu'elles avaient faites pendant sa minorité.

Une seconde enquête de ce genre paraît s'être exécutée pendant les dernières années du règne de Thibaut IV, à partir de l'année 1250. On se rappelle qu'en 1250, Thibaut avait chargé Gilles de Villenauxe et Jacques de Rebais de dresser un état général des fiefs de Champagne (a). On conçoit que le

(a) Voir plus liant, pages 481 et 539.

travail confié à Gilles et à Jacques ait eu pour corollaire la recherche et la constatation des acquisitions que les établissements ecclésiastiques n'avaient pas déclarées. Aussi voyons-nous, en 1250, le prieuré de Macheret (2930), en 1251 l'abbaye de Clairvaux (2975), en 1252 l'abbaye de Saint-Dizier (3035), obtenir la ratification générale de leurs acquisitions passées. En même temps, la rigueur des agents de Thibaut provoque les réclamations du clergé, qui leur dénie le droit de saisir les biens acquis depuis plus de quarante ans, quand même l'amortissement régulier n'en pourrait être prouvé. On sait qu'en droit canonique la prescription s'acquiert par quarante ans. Les évêques de la province de Sens, réunis en concile, adressèrent à Thibaut deux monitions (3066). Nous ignorons quelle suite fut donnée à cette affaire.

La troisième de ces enquêtes fut prescrite par Thibaut V quand, sur le point de partir pour la croisade où il mourut, il cherchait à recueillir les fonds qui lui étaient nécessaires pour subvenir aux frais de celle grande expédition. Quinze établissements ecclésiastiques reçurent alors de lui des chartes d'amortissement (a). Ce travail n'était point encore terminé au départ de notre comte. Nous avons déjà dit

(«) Le chapitre de Saint-Nicolas de Sézanne (3591); les abbayes d'Argensolles (3603), de Saint-Nicolas de Bar-sur-Aube (3577), de Bricot(3606), de Chaumont-la-Piscine(3601). de Clairvaux (3646). d'Essommes (3597), d'Igny (3602), de Montier-en-Der (3621), du Parsclet (3617i, de Notre-Dame-des-Prés (3629), de Notre-Dameaux-Nonnains de Troyes (3638), de Troisfontaines (3639), de SaintSauveur de Vertus (3632), et le prieuré de Voulton (3589).

que Thomas Brunel et Adam des Grès le continuèrent en son absence (a). Ainsi nous comptons trois mesures générales prises par nos comtes pour la perception du droit d'amortissement.

(a) Voir plus haut, p. 540-541; cf. 461 note b.

CHAPITRE IV.

Lettres* — Instruction publique.

Les comtes de Champagne au xm° siècle, comme au xne, n'eurent sur l'instruction publique aucune autorité (a); l'enseignement était alors entre les mains de l'Eglise. Ce fut d'elle, par exemple, et non du pouvoir civil que le chapitre de Notre-Dame de Vitry reçut la direction des écoles de cette ville (b); mais il restait à nos comtes le droit d'encourager les études par des libéralités envers les établissements déjà créés ou par la fondation d'établissements nouveaux,

Thibaut IV avait trop le goût de la poésie légère pour se soucier beaucoup de l'enseignement clérical et classique; mais une des premières libéralités de son fils aîné fut faite en faveur d'un établissement d'instruction.

L'ordre de Cîteaux, créé pour prier et travailler des mains plutôt que pour développer chez les hommes les facultés littéraires et scientifiques, cherchait à se transformer, et un abbé de Clairvaux ve

(a) Voir notre tome III, p. 184.

(6) Bulle de l'année 1223, citée par E de Barthélémy, Diocèse ancien de Châlons, I, 123.

nait d'instituer à Paris, sous le vocable de saint Bernard , un collège pour l'instruction de ses moines. Thibaut V accorda à ce collège dispense de droit d'amortissement jusqu'à concurrence de 40 livres de revenu (3120). Deux ans après, il s'occupait de fonder à Tudéla, en Navarre, ce qu'on nomma plus tard une Université, ou, comme on disait alors, une 8 étude générale (sludium générale) et des chaires » magistrales pour l'utilité et le profit commun de » ceux qui, afin d'étudier, viendraient à Tudéla et y » séjourneraient. » Le pape Alexandre IV accorda aux étudiants de Tudéla le même privilège qu'à ceux de Paris, quant à la jouissance des bénéfices ecclésiastiques, et décida que, pendant leurs études, ils toucheraient leurs revenus comme les bénéficiers résidants (a). Jeanne de Navarre, reine de France, nièce de Thibaut V et son héritière médiate, suivit son exemple en fondant, à Paris, le collège de Navarre, qui, après avoir été si célèbre dans l'ancienne Université, a de nos jours trouvé dans une vie nouvelle une nouvelle illustration, puisque c'est dans ses bâtiments qu'est abritée l'Ecole Polytechnique. Mais ce n'est pas de ce côté que nous devons chercher la principale influence de la cour de Champagne : son action eut surtout pour effet de seconder le grand mouvement qui, se produisant à la fin du xii° siècle et pendant le xme en dehors des écoles dans un public ordinairement étranger aux éludes latines et classiques, développa, à côté de la littérature scholastique, de cette littérature quelquefois si

(o) Bulle du 8 mai 1259, dans Raynaldi, an, 1259, n°s 16 et 17.

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